Agression en Belgique d’un opposant congolais : un échange d’informations défaillant des services de renseignement.
Le 27 août 2025, le journaliste congolais Claude Pero Luwara a été agressé devant son domicile à Tirlemont en Brabant flamand. Quatre de ses agresseurs ont été condamnés le 8 juin dernier par la 43e chambre correctionnelle de Bruxelles à des peines de prison pour coups et blessures ayant entraîné une incapacité temporaire de quatre mois.
27 août 2025, Claude Pero Luwara, un journaliste congolais reconnu pour ses critiques envers le régime en République démocratique du Congo (RDC), est victime d’une agression devant son domicile à Tirlemont, en Brabant flamand. Il était réfugié en Belgique depuis 2024 avec un visa humanitaire. Plusieurs hommes, d’origine africaine, l’ont attaqué et poursuivi à la sortie de sa voiture.
L’intervention de tierces personnes, dont le bourgmestre de la commune et un voisin, a permis de faire fuir les agresseurs. Immédiatement après l’incident, Luwara et son entourage ont dénoncé le régime de Kinshasa, qui l’avait précédemment accusé d’être lié au mouvement rebelle M23, actif dans l’est du Congo, et avait même promis une récompense pour son arrestation.
Quatre des agresseurs ont été jugés pour coups et blessures ayant entraîné une incapacité temporaire de quatre mois et ont été condamnés le 8 juin dernier, en première instance, par la 43e chambre correctionnelle de Bruxelles. Les peines incluent des peines de prison pour certains et des travaux d’intérêt général pour d’autres.
Dans le jugement que la RTBF a pu obtenir, le tribunal a clairement établi que les coups avaient été portés à Luwara « en raison de ses convictions politiques et des critiques qu’il avait formulées en tant que journaliste à l’encontre du régime congolais ».
### Un rapport sévère du Comité R
À la suite de l’agression d’août 2025, le bourgmestre de Tirlemont, Jonathan Holslag, a contacté le Comité permanent de Contrôle des services de renseignements et de sécurité (Comité R). Il a exprimé son regret de n’avoir pas été informé par les services de la Sûreté de l’État et du SGRS (Service général de Renseignements et de Sécurité) d’une menace potentielle pour l’ordre public dans sa commune.
Cette démarche a conduit le Comité R à ouvrir une enquête, dont les conclusions sont présentées dans un rapport daté du 15 juin.
### « Suffisamment d’éléments concrets d’une menace »
Le Comité R a observé que les services de renseignements avaient la responsabilité d’assurer le suivi des activités éventuelles de services étrangers sur le territoire belge, ainsi que de la « répression transnationale » d’opposants réfugiés. Toutefois, le Comité a également déploré que le « cas Luwara » souligne le besoin d’une répartition claire des compétences de chaque service et de modalités concrètes de coopération.
Le rapport met en avant un manque de clarté dans les responsabilités et une coopération difficile entre les services, aggravée par des cultures professionnelles différentes et l’absence d’outils informatiques communs.
### Le traitement des informations par la Sûreté de l’État en question
Concernant la Sûreté de l’État, le Comité R estime qu’elle avait accès à des informations pertinentes, étant donné la faiblesse des moyens alloués aux services de renseignements congolais en Belgique. Toutefois, le rapport indique que les informations sur l’évolution des activités congolaises ont été négligées. Les menaces n’ayant pas été jugées suffisamment crédibles, la Sûreté n’a pas averti les autorités locales.
Le Comité conclut que la Sûreté disposait de « suffisamment d’éléments concrets » pour signaler une menace pesant sur Luwara, et qu’une notification au bourgmestre aurait été « appropriée » pour permettre à la police d’agir.
### Un problème de circulation des informations au SGRS
Pour le SGRS, le rapport souligne que les ressources « africaines » étaient mobilisées ailleurs, ce qui a entraîné une collecte d’informations limitée et considérée comme peu crédible. Ce manque de circulation d’informations a été aggravé par une absence de suivi approprié et un environnement numérique inadapté. Le Comité R a même dû demander au SGRS de mener ses propres recherches sur le dossier de Luwara.
La conclusion générale met en évidence que « l’absence de gestion centralisée de l’information a empêché le service de construire un point de vue éclairé sur les menaces visant Luwara ».
### Manque de coopération entre services
Le rapport signale également que les canaux d’échange d’informations, comme les « Africa houses », ne fonctionnent pas efficacement. Le SGRS et la VSSE ont admis que leur coopération est compliquée par des cultures professionnelles différentes et un manque d’outils informatiques.
Le Comité R appelle à renforcer cette coopération et à mieux définir les missions de chaque service, tout en insistant sur le fait que les autorités doivent être informées des crimes potentiels.
### « Que fait le gouvernement belge ? », réactions du journaliste et de son conseil
L’avocat de Luwara, Me Alexis Deswaef, réagit à ce rapport qu’il découvre à cette occasion, soulignant les « lacunes » dans les services de renseignements. Il appelle le gouvernement à définir sa position envers le régime congolais, affirmant que ce dernier a mis « une cible dans le dos » de Luwara et que la Belgique adopte une attitude ambivalente en soutenant ce régime tout en accordant le statut de réfugié à ses opposants.
Claude Pero Luwara partage cette préoccupation, affirmant que l’attaque dont il a été victime est une opération orchestrée par les services de Kinshasa. Il dénonce également le manque de mesure de sécurité et l’absence de réaction de la Belgique face aux menaces.
Pour information, Luwara a été victime d’une deuxième attaque le 24 avril à Louvain-la-Neuve, où il a subi quelques contusions et a été contraint de se reposer pendant deux semaines.
