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Abelardo de la Espriella, « El Tigre », avocat millionnaire de la droite colombienne.

Abelardo de la Espriella, surnommé « El Tigre », a été candidat à la présidence colombienne et a obtenu une notoriété en tant qu’avocat pénaliste médiatique avant de se lancer en politique. Selon Mathilde Allain, enseignante-chercheuse spécialiste de la Colombie, son succès s’explique par le mécontentement d’une partie de l’électorat face à la politique de Gustavo Petro, ce qui représente « presque davantage de l’antipétrisme qu’un véritable programme ».


Surnommé « El Tigre » par ses partisans, Abelardo de la Espriella se présente comme un candidat anti-système. Cependant, il ne vient pas de l’extérieur du système politique colombien. Provenant de l’élite économique du pays, il a fait sa carrière dans le domaine judiciaire avant d’entrer en politique.

Mathilde Allain, enseignante-chercheuse spécialisée sur la Colombie, explique que son succès actuel s’explique par le contexte politique. « Ce qui lui permet aujourd’hui de recueillir autant de voix, c’est surtout qu’il est contre la politique menée par Gustavo Petro depuis quatre ans, » analyse-t-elle. « C’est presque davantage de l’antipétrisme qu’un véritable programme. »

D’après la chercheuse, le candidat d’extrême droite profite du mécontentement d’une partie de l’électorat face au premier gouvernement de gauche de l’histoire récente du pays. Les problèmes économiques, les promesses jugées non tenues et la dégradation de la sécurité ont créé un environnement favorable à l’émergence d’une figure qui promet des solutions rapides et radicales.

### Un avocat au parcours controversé

Avant de vouloir accéder à la présidence, Abelardo de la Espriella a acquis une réputation en tant qu’un des avocats pénalistes les plus médiatiques du pays. Sa notoriété s’est forgée à travers la défense de cas sensibles impliquant des narcotrafiquants et d’anciens dirigeants paramilitaires. « Ce qui attire l’attention, ce n’est pas seulement le fait qu’il les ait défendus, puisque toute personne a droit à une défense, » rappelle Mathilde Allain. « C’est aussi la relation qu’il a pu établir avec certains de ses clients. »

L’avocat a également fondé une association visant à faire reconnaître certains acteurs paramilitaires comme des interlocuteurs politiques dans le cadre de négociations de paix. Cette initiative alimente les interrogations sur ses liens avec certains secteurs de la droite la plus radicale du pays.

Une autre spécificité : une grande partie de sa campagne est financée par sa propre fortune. Cela est peu courant lors d’une élection présidentielle en Colombie, où les frais de campagne sont habituellement très élevés.

### La sécurité comme étendard

Le noyau de son discours tourne autour de la lutte contre la criminalité et les groupes armés. Abelardo de la Espriella promet notamment la construction de nouvelles mégaprisons, une réduction significative de la taille de l’État et une fin à la violence affectant le pays. Une promesse que la chercheuse juge largement irréaliste. « Il promet de résoudre en 90 jours ce qui n’a pas été résolu en 60 ans, » souligne-t-elle.

Mathilde Allain s’inquiète d’un possible engagement de la Colombie dans une dynamique de réponse uniquement sécuritaire. « Je crains un déploiement sécuritaire important dans un pays où l’armée est déjà puissante, bien formée et très présente. La Colombie a déjà connu dans le passé des formes d’autodéfense et de sécurité privée dont on connaît aujourd’hui les conséquences en matière de violations des droits humains. »

Elle s’inquiète également pour l’avenir du processus de paix engagé à la suite de l’accord historique signé avec les FARC en 2016. « La Juridiction spéciale pour la paix joue un rôle essentiel dans le travail de mémoire, de réparation et de justice pour les victimes. Sa remise en cause constituerait un signal très inquiétant. »

### Dans le sillage de Donald Trump

À l’instar d’autres figures de la droite radicale à travers l’Amérique, Abelardo de la Espriella revendique sa proximité avec Donald Trump. Cette posture séduit une partie de l’électorat, mais questionne également l’influence croissante de Washington sur la politique colombienne.

Les relations entre les États-Unis et la Colombie ont historiquement été étroites, notamment dans la lutte contre le narcotrafic. Toutefois, selon Mathilde Allain, le soutien affiché par Donald Trump représente une évolution. « Ce qui pose question depuis l’Europe, c’est une ingérence américaine qui ne se cache plus. »

La campagne a également été marquée par plusieurs controverses liées aux déclarations du candidat. Ses attaques contre des journalistes, des propos agressifs à l’égard de certaines femmes politiques ou ses déclarations provocatrices ont contribué à renforcer son image clivante. « On a assisté à une forme de masculinisation de la politique avec des propos particulièrement virulents et parfois misogynes, » estime la chercheuse.

Anciennement inconnu du grand public, Abelardo de la Espriella est devenu l’un des hommes les plus surveillés d’Amérique latine. Son ascension témoigne aussi bien de l’émergence d’une droite radicale affirmée que du profond désenchantement d’une partie des Colombiens face à l’administration sortante. À l’heure du vote, c’est également l’avenir du processus de paix et du modèle politique colombien qui est en jeu.