
Scandale ALRIM : plus de 1 milliard de surfacturation et marchés truqués
Le 25 août, le tribunal de Rouiba, rattaché à la Cour d’Alger, examinera une affaire qui ébranle l’un des leaders du secteur de la construction métallique en Algérie. Le président-directeur général de l’entreprise, connu sous les initiales « T. M », sera jugé aux côtés d’autres accusés dans une affaire complexe impliquant l’entreprise ALRIM. Les charges retenues incluent la dilapidation de fonds publics, l’octroi d’avantages indus lors de l’attribution de contrats, l’abus de fonction, le faux en écritures commerciales et le trafic d’influence, selon les informations rapportées par le média Echourouk.
Cette affaire a été déclenchée par une plainte déposée par l’Algérienne de réalisation d’équipements et ouvrages métalliques, visant « A. A », gérant d’une société privée de bâtiment, ainsi que son entreprise EHA Construction. Cette dernière a des liens avec le groupe public à travers divers contrats de sous-traitance, notamment pour le montage, le démontage, la démolition et la fourniture de matériaux.
L’enquête a révélé que la nouvelle direction de l’entreprise a mis à jour des engagements passés sous l’ancienne direction, soigneusement dissimulés au personnel. Cette opacité visait à masquer des pratiques douteuses, qui, bien que semblant légales, cachaient un système de détournement de fonds. Ce mode opératoire rappelle celui observé dans le dossier de l’ancien maire de Dely Ibrahim, accusé de gérer des marchés publics de manière irrégulière en contournant les commissions d’attribution.
Les investigations ont mis en lumière des contrats signés pour des prestations qui n’ont jamais été réalisées ou qui ont été exécutées en deçà des normes convenues. Des procès-verbaux de réception définitive ont été signés, permettant ainsi le paiement. Certaines factures incluaient des fournitures excessives, comme vingt lustres et soixante spots pour un bureau de 40 mètres carrés.
Les analyses sur le terrain ont révélé une surfacturation totale de 100 770 033 dinars sur l’ensemble des contrats entre les deux sociétés. De nombreux chantiers confiés au sous-traitant affichaient un taux d’avancement inférieur à 30 %, certains n’ayant même jamais été lancés.
Concernant le marché de Gué de Constantine, les enquêteurs ont noté une pratique récurrente. Le prestataire soumettait systématiquement la proposition la plus basse, remportait le marché, puis un avenant était ajouté pour augmenter le coût une fois le chantier en cours. Par exemple, la société a initialement proposé 12 138 091,50 dinars, mais le montant final, après avenant, a atteint 17 214 363,29 dinars, soit une augmentation de près de 30 %. Cette inflation rappelle des cas similaires, comme celui du barrage de Medjez B’gar.
Les irrégularités procédurales sont nombreuses dans ce dossier. Le sous-traitant n’a jamais été inscrit sur la liste noire malgré ses manquements, et son agrément était absent des documents. De plus, il semblerait que le marché lui ait été attribué six mois avant l’ouverture officielle des plis, une violation flagrante des règles de transparence.
Le point le plus marquant de l’affaire concerne un paiement de 150 millions de dinars encaissé par la société privée pour l’approvisionnement d’un programme de 5 000 hangars destiné à l’ANADE. Cependant, aucune convention n’a été trouvée pour justifier ce montant. En interne, les procédures exigent qu’aucune action ne commence sans contrat valide et ordre de service, et aucune validation de travaux ne peut se faire sans l’approbation préalable du maître d’ouvrage. Le contournement de ces règles, associé à des factures non conformes, constitue le cœur de l’accusation.
Les prévenus devront donc se présenter le 25 août pour répondre des accusations qui les visent, dans le cadre d’une affaire qui soulève des questions sur la transformation d’un acteur clé du secteur public en source de profits privés.
