Algérie

Émirats – Afrique : le Financial Times documente les dénonciations d’Alger sur ports, or et mercenaires.

En avril 2023, le Soudan est plongé dans un conflit armé alors que les Forces de soutien rapide (FSR) s’opposent à l’armée nationale. Cette période de violence est marquée par le pillage de la raffinerie d’or publique et de la Banque centrale, entraînant la disparition d’au moins 1,5 tonne de lingots d’or, d’une valeur estimée à environ cent millions de dollars, ainsi que de bijoux entreposés dans des banques commerciales. Une enquête du Financial Times révèle que cet or a été transporté à travers les frontières du Tchad et du Sud-Soudan avant d’être chargé dans des avions affrétés par les Émirats arabes unis à l’aéroport de Juba. Les FSR ont formellement nié ces allégations.

L’or africain joue un rôle crucial dans le renforcement de la puissance financière des Émirats arabes unis. Selon un témoin cité par le Financial Times, corroboré par trois autres sources, des avions civils et militaires ont été observés en train de récupérer cette précieuse marchandise. En réponse, les autorités d’Abou Dhabi ont mis en avant des réglementations strictes et des contrôles rigoureux à chaque point d’entrée. Un responsable émirati a souligné que l’or soudanais transitant par leur pays a généré un chiffre d’affaires de plus d’un milliard de dollars en 2025, dans un marché national évalué à 300 milliards de dollars.

Les chiffres concernant le commerce de l’or sont impressionnants. L’organisation Swissaid estime que près de 30 milliards de dollars d’or artisanal sont exportés chaque année d’Afrique vers Dubaï sans aucune déclaration. Ces flux non taxés contribuent à alimenter les réserves de change et d’or des Émirats, plaçant la fédération au deuxième rang dans la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

L’ascension des Émirats arabes unis en Afrique a débuté par des investissements dans les infrastructures portuaires. Depuis les années 2000, DP World a acquis des concessions dans des ports à Djibouti, Maputo et Dakar, et aujourd’hui, le groupe dubaïote gère des terminaux et des zones franches dans treize pays africains. Les investissements émiratis sur le continent ont dépassé 168 milliards de dollars depuis 2017, principalement via International Holding Company, dirigée par un proche du chef de l’État. Le portefeuille d’investissements couvre une vaste gamme de secteurs, allant de l’énergie renouvelable à l’exploitation minière.

Le port de Berbera, au Somaliland, illustre la stratégie militaro-commerciale d’Abou Dhabi. Un bail de trente ans accordé à DP World, accompagné d’un investissement de 450 millions de dollars, a permis le développement d’infrastructures modernes, tout en donnant à Abou Dhabi un accès à une base navale et à une ancienne piste d’atterrissage soviétique. Ce modèle de développement soulève des inquiétudes parmi certains pays africains, qui perçoivent une volonté d’Abou Dhabi de contrôler la région.

En revanche, le Soudan représente un point noir dans le bilan des Émirats arabes unis en Afrique. Alors que l’or est exporté vers le nord-est, des armes sont envoyées en sens inverse. Des experts et des ONG ont documenté des lignes d’approvisionnement pour les FSR, qui sont désormais équipées de drones et de blindés sophistiqués. Abou Dhabi a nié toute implication militaire ou financière dans le conflit. Cependant, la guerre a également eu un coût pour les Émirats, avec l’annulation d’un projet portuaire de 6 milliards de dollars par les autorités soudanaises.

Dubaï est devenue une destination prisée pour les élites africaines, attirant à la fois des capitaux et des marchandises. En 2025, plus de 30 000 entreprises africaines étaient enregistrées dans la ville. Entre 2019 et 2025, les investissements africains dans l’immobilier à Dubaï ont atteint 30,6 milliards de dollars, dont un tiers provenait du Nigeria. La fiscalité avantageuse et la discrétion de Dubaï attirent les investisseurs, alors que des pays comme la Turquie et le Qatar cherchent également à s’imposer dans cette dynamique. Une question demeure : comment attirer les capitaux tout en régulant les pratiques pour éviter que les bénéfices ne profitent qu’à quelques intermédiaires.