Algérie

Ayoub Aissiou : les zones d’ombre d’un dossier explosif entre Maroc et Tel-Aviv

Ayoub Aissiou, un homme d’affaires algérien, est actuellement incarcéré dans une prison espagnole depuis juillet dernier. Son avenir judiciaire dépend d’une décision imminente des autorités de Madrid. Condamné par contumace à vingt ans de réclusion par la justice algérienne, il a été arrêté en Espagne alors qu’il revenait du Maroc. Suite à cette interpellation, Alger a émis un mandat d’arrêt international et a formulé une demande d’extradition officielle. En parallèle, une mobilisation en faveur de sa libération se développe en Europe.

L’arrestation d’Aissiou s’est déroulée discrètement sur le sol espagnol, à l’issue de son voyage. Actuellement sous écrou, il attend que les autorités espagnoles se prononcent sur la demande d’extradition émise par l’Algérie. Si cette extradition se concrétise, il risque de purger une peine de vingt ans de prison dans son pays d’origine.

Ce type de conflit judiciaire n’est pas nouveau et a récemment impacté les relations entre Alger et plusieurs capitales européennes. Des affaires similaires, comme celle d’un agent consulaire algérien incarcéré en France, illustrent les tensions actuelles.

En réponse à la situation d’Aissiou, une lettre ouverte a été adressée aux gouvernements espagnol et français, appelant à sa libération immédiate. Cette initiative, orchestrée par le philosophe Daniel Salvatore Schiffer et soutenue par des figures comme l’écrivain Marek Halter et l’imam Hassen Chalghoumi, a recueilli le soutien d’une vingtaine de personnalités du monde intellectuel et médiatique français, dont Bernard Kouchner et Éric Naulleau. Cette démarche est perçue à Alger comme une tentative de soustraire Aissiou aux juridictions algériennes.

Les liens d’Aissiou avec le Maroc ne sont pas récents. Bien que ses voyages vers le royaume chérifien soient documentés depuis 2014, leur fréquence a considérablement augmenté après la rupture diplomatique de 2019, devenant presque mensuels. Des rencontres formelles avec des officiers marocains auraient également eu lieu à Paris, posant les bases d’une coopération visant à déstabiliser les institutions algériennes. En 2023, un rapprochement avec le journaliste Mohamed Sifaoui, considéré comme un acteur clé, a été observé, facilitant l’accès d’Aissiou à des cercles de renseignement en France.

La dimension israélienne de cette affaire est particulièrement sensible. Selon des sources, Aissiou aurait effectué un premier voyage en Israël en 2022, suivi d’au moins trois autres visites à Tel-Aviv. Ces révélations surviennent dans un contexte où les affaires mêlant espionnage et ressortissants étrangers se multiplient dans la région, l’Algérie étant mentionnée dans plusieurs dossiers.

La situation d’Aissiou se complique avec l’émergence de deux anciens gardes du corps, qui possèdent des informations cruciales sur ses déplacements. Ces témoins pourraient fournir des détails précis sur ses itinéraires entre le Maroc, l’Europe et Israël, renforçant ainsi le dossier contre lui. La justice algérienne, qui a intensifié sa répression dans les affaires touchant à la sécurité de l’État, attend désormais la décision de Madrid.