Belgique

Surmortalité due à la canicule : les autorités fédérales ont-elles évalué l’urgence ?

Durant la dernière semaine du mois de juin 2026, des températures allant jusqu’à 40°C à l’ombre étaient attendues dans certaines régions de Belgique. Selon le Risk Management Group, 1222 personnes sont décédées en Belgique à la suite de cette vague de chaleur de juin 2026, dont 530 étaient âgées de 85 ans ou plus.


Les experts et l’Institut royal météorologique (IRM) avaient annoncé sans équivoque l’arrivée d’une vague de chaleur qui allait s’installer sur la Belgique et une grande partie de l’Europe de l’Ouest lors de la dernière semaine de juin 2026, avec des températures atteignant 34°C, 36°C, 38°C et même 40°C à l’ombre dans certaines régions.

Le mardi 23 juin, le centre national de crise, regroupant le service public fédéral de la Santé publique, les régions, l’IRM et les cabinets des ministères fédéraux de la Santé et de l’Intérieur, s’est réuni pour faire un point. Aucune décision concrète n’a été adoptée, se limitant à des recommandations basiques : boire de l’eau, porter un chapeau, rester à l’ombre et faire preuve de solidarité. Pas de plan national de crise, ni de collaboration ou de discussion au niveau régional. La chaleur était présente, mais tout le monde semblait penser que cela passerait. L’accent était mis sur les loisirs : piscine, bière et Coupe du Monde.

Trois jours plus tard, la tonalité des services d’urgence, confrontés à une chaleur plus intense que les autres, a commencé à changer.

Le vendredi 26 juin, les premiers signes d’alerte sont apparus. Lara Kotlar, porte-parole de l’Aviq, l’agence wallonne pour une vie de qualité, a déclaré qu’il y avait « des arrivées importantes de personnes dans les différents services d’urgence des hôpitaux en Wallonie, avec une augmentation de 40% des appels au numéro d’urgence 112. Certains services de gériatrie sont déjà occupés à plus de 90%. »

Philippe Devos, directeur général d’Unessa, la fédération des soins de santé du secteur privé, a averti que « le manque de sommeil dû aux chaleurs extrêmes de la nuit a un effet cumulatif. C’est souvent au bout de 5 ou 6 jours de canicule que les ennuis sérieux commencent. Ce n’est pas parce que la situation, ce vendredi, semble maîtrisée que l’on est sorti d’affaire. »

Durant le week-end suivant, le numéro 112, qui traite en moyenne 6 000 appels par jour, en a réceptionné 12 208 le samedi 27 juin et 19 321 le lendemain. Les services d’urgence ont réalisé plus de 8 500 interventions médicales les 27 et 28 juin.

Selon des données encore provisoires du Risk Management Group (RMG), 1 222 personnes sont décédées en Belgique à la suite de cette vague de chaleur de juin 2026. Ces chiffres, qui sont constamment mis à jour par Sciensano, le service public fédéral de la Santé, font état de 530 décès parmi les personnes âgées de 85 ans ou plus, ainsi qu’une surmortalité chez les moins de 65 ans (180 décès). Le RMG note qu’il s’agit du pic le plus élevé du nombre quotidien de décès en Belgique depuis la première vague de Covid en 2020.

Sur le réseau social X, Paul Magnette, président du Parti socialiste, dans l’opposition, a dénoncé « la léthargie » des autorités, accusant ces dernières de laisser des « citoyens littéralement abandonnés à leur sort ».

Ce matin, le Kern, comité ministériel restreint, a pris la mesure de ce bilan tragique. Frank Vandenbroucke, ministre fédéral de la Santé (Vooruit), a affirmé que « l’on sait qu’une canicule a un impact social très inégal. Les plus touchés sont des personnes âgées, fragiles, isolées, qui ont peu de contacts. Il faut donc trouver ces personnes pour les aider. On ne peut pas régler cela par décret, par loi ou par arrêté royal. Est-ce qu’on a suffisamment mobilisé ? Y avait-il d’autres pistes ? Ce sont des questions importantes à évaluer. Mais ce ne sont pas uniquement les ministres de la Santé qui doivent répondre à une telle crise, c’est l’ensemble de la société. »

Jean-Luc Crucke, ministre fédéral du Climat (Les Engagés), a regretté le manque de concertation entre les différents niveaux de pouvoir et a appelé chacun à faire son propre examen de conscience.

Le Risk Management Group doit désormais évaluer la gestion de cette première vague de chaleur par les autorités et formuler des recommandations pour les vagues à venir. Frank Vandenbroucke a également convoqué tous les autres ministres régionaux ou communautaires compétents en matière de santé à une réunion interministérielle prévue pour mercredi prochain, 8 juillet, date à laquelle un nouveau pic de chaleur est anticipé.