International

Guerre en Ukraine : « La Russie change ses salves pour les rendre plus difficilement interceptables »

Au moins trente personnes ont été tuées et près d’une centaine blessées à Kiev lors de la « pire attaque de drones et missiles russes » depuis le début de la guerre en Ukraine. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le pays a été visé par 496 drones et 74 missiles, dont respectivement 476 et 48 ont été interceptés, selon l’armée de l’air ukrainienne.


Le bilan est lourd après ce qui est considéré comme la « pire attaque de drones et missiles russes » depuis le début de la guerre en Ukraine. Au moins trente personnes ont été tuées et près d’une centaine blessées dans la capitale, selon le dernier bilan des secouristes, qui a été révisé à la hausse après la découverte de nouveaux corps dans les décombres.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, le pays a été ciblé par 496 drones et 74 missiles de différents types, parmi lesquels 476 et 48 ont été interceptés, selon l’armée de l’air ukrainienne. À Kiev, l’alerte aérienne a duré plus de onze heures consécutives et le raid a touché trois sites différents. Cela pourrait-il indiquer un affaiblissement de la défense antiaérienne ukrainienne après quatre ans de conflit ? Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux, évoque plutôt un phénomène de « massification » des attaques.

Pourquoi Kiev est-elle si vulnérable aux attaques ? Ce n’est pas une question de vulnérabilité intrinsèque, mais plutôt le résultat de l’évolution des campagnes de frappes. On observe une massification des salves dans les deux camps [russe et ukrainien], accompagnée d’une complexification des schémas d’attaque. Cela se déroule dans un contexte général où les défenses antiaériennes sont mises à rude épreuve.

L’Ukraine est-elle de moins en moins protégée ? Les progrès des moyens de frappe, en particulier des drones et des missiles à bas coût, rendent désormais plus facile la production et l’envoi de salves que leur interception. Intercepter en vol demeure extrêmement complexe : des effecteurs spécialisés, comme des missiles ou des canons guidés rapides, sont nécessaires. Le taux d’interception reste malgré tout élevé : lorsque les Russes lancent mille drones, près de 900 sont détruits. Cela reste une guerre de masse où l’interception est fréquente. Cependant, après quatre ans de conflit, la massification des frappes et l’usure des défenses antiaériennes entraînent des dommages.

Le bilan de l’attaque à Kiev est particulièrement sévère. Comment expliquer cela ? Malgré l’horreur des événements, il est essentiel de garder à l’esprit que ce type de raid comporte une incertitude inhérente. Souvent, les effecteurs russes manquent de précision, et l’impact final dépend souvent du point d’impact, qu’il s’agisse d’un terrain vague ou d’un immeuble plein. Pour la Russie, il y a aussi un enjeu de terreur visant à maintenir les populations ukrainiennes sous pression, nuisant ainsi à l’activité normale et entravant le retour des millions de réfugiés ukrainiens, ce qui pèse également sur l’économie.

Les Russes choisissent donc de tirer massivement, sans certitude quant à la destination des missiles ? La Russie diversifie ses salves pour rendre leur interception plus difficile. Un mélange de missiles balistiques et de croisière, plus précis, est noyé dans une masse de drones et de leurres. La défense antiaérienne ukrainienne doit donc se concentrer sur les missiles, qui visent souvent des cibles de haute valeur, tout en essayant d’intercepter le maximum de drones avec des moyens économiques. Cela crée une situation tendue, que l’on peut observer des deux côtés.

Faut-il réinvestir dans la défense aérienne de l’Ukraine ? C’est un effort continu depuis 2022. Aujourd’hui, l’Ukraine a pratiquement épuisé la majorité de ses anciens stocks de missiles de l’ère soviétique. Elle a aussi reçu plusieurs systèmes antiaériens occidentaux, mais les missiles se font de plus en plus rares et sont conservés pour se défendre contre les missiles balistiques et de croisière. Néanmoins, Kiev a mis en place un écosystème d’interception de drones, incluant un réseau de détection acoustique peu coûteux pour repérer les engins volant à basse altitude.

Le pays collabore également avec d’autres pays européens, comme les Scandinaves, ainsi que l’Otan, pour développer des drones interceptants plus efficaces ou des missiles à bas coût. En 2024, par exemple, la défense antiaérienne ukrainienne a tenu grâce à toutes ces solutions temporairement mises en place, conservant des taux d’interception relativement bons. Il y a une adaptation rapide des deux camps dans cette guerre des drones. La Russie a également déployé un effort colossal pour produire massivement : des salves de 900 à 1 000 drones sont lancées chaque semaine, suivant un cycle de production continue.