Suisse

Accès inégal à l’aide pour les aîné·es migrant·es.

Une étude nationale menée par l’Institut et Haute École de la Santé La Source / senior-lab (HES-SO) entre 2024 et 2026 met en lumière les obstacles rencontrés par les personnes âgées avec un parcours migratoire dans l’accès à l’aide en cas de violences domestiques en Suisse. Le rapport souligne que ce non-recours aux aides est particulièrement marqué chez les seniors ayant un parcours migratoire, révélant un angle mort des dispositifs actuels.

Communiqué de presse
Violences domestiques : un accès inégal à l’aide pour les personnes âgées migrantes en Suisse

Lausanne, le 29 juin 2026 – Une étude nationale réalisée par l’Institut et Haute École de la Santé La Source / senior-lab (HES-SO), en collaboration étroite avec plusieurs organisations de terrain et avec le soutien du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes (BFEG), met en évidence une réalité préoccupante : les personnes âgées issues de la migration sont confrontées à de nombreux obstacles qui compromettent fortement leur accès à l’aide en cas de violences domestiques. Cette situation ne découle pas de différences culturelles marquées, mais résulte plutôt d’un cumul de barrières structurelles, nécessitant une réponse coordonnée et renforcée.

Une recherche ancrée dans la réalité du terrain

Conduite entre 2024 et 2026, cette étude qualitative s’appuie sur un partenariat étroit avec des acteurs nationaux clés réunis au sein d’un groupe de pilotage – Aide aux victimes Suisse, le Centre de compétence national Vieillesse sans violence, l’EPER/Forum Age et Migration et la Prévention suisse de la criminalité – ainsi que sur l’expertise de spécialistes du secteur. Ce dispositif a permis de croiser les perspectives de personnes âgées migrantes et de professionnels des domaines social, santé, migration et violences domestiques, garantissant une analyse solidement fondée sur la pratique.

Un phénomène massif mais largement invisible

En Suisse, entre 300’000 et 500’000 personnes de plus de 60 ans seraient exposées chaque année à diverses formes de violence, principalement dans le cadre domestique. Cependant, ces situations demeurent largement sous-déclarées. Le non-recours aux aides est encore plus marqué chez les seniors issus de la migration, révélant ainsi une lacune dans les dispositifs actuels.

Des obstacles cumulés plutôt que des différences culturelles

L’étude ne met pas en évidence des formes de violence spécifiques liées à l’origine migratoire. En revanche, elle révèle une accumulation de freins : barrières linguistiques, complexité des démarches administratives, dépendances économiques ou sociales, isolement et mauvaise connaissance des ressources disponibles.

À ces difficultés s’ajoutent des normes générationnelles – comme la réticence à demander de l’aide – ainsi que, dans certains cas, des modèles familiaux plus traditionnels, renforçant le silence entourant les violences.

Des relais de proximité essentiels

Face à ces obstacles, l’accès à l’aide repose souvent sur des figures de confiance : membres de la famille proche, médecins traitants, intervenant·es de première ligne (soins à domicile, communes, associations de quartier, organisations d’entraide, etc.). En revanche, le groupe de la communauté d’origine et la famille élargie sont rarement sollicités comme ressources, principalement par crainte du jugement ou par souci de préserver la sphère privée.

La question du sentiment de légitimité à demander de l’aide est également centrale, notamment pour certaines personnes âgées issues de la migration.

Agir concrètement : des recommandations ciblées

Sur la base de ces constats, le rapport propose des recommandations concrètes :

  • Diffuser une information claire, accessible et multilingue dans les lieux fréquentés par les seniors
  • Mobiliser l’entourage proche et les professionnel·les de proximité comme relais essentiels d’information et de sensibilisation
  • Renforcer la formation des intervenant·es, généralistes et spécialisé·es, pour le repérage et l’orientation
  • Encourager les contacts sociaux et la collaboration interinstitutionnelle pour réduire l’isolement et améliorer la coordination

Le rapport souligne l’importance d’une communication fondée sur des faits, nuancée et non stigmatisante.

Une contribution à un programme national

Les partenaires du projet insistent sur la nécessité de renforcer les synergies entre les domaines de la vieillesse, des violences domestiques et de la migration, afin d’assurer un accès équitable aux dispositifs d’aide. Les résultats de cette étude s’inscrivent dans cette dynamique et contribuent au Programme d’impulsion pour prévenir la violence à l’égard des personnes âgées, approuvé en mars 2026 par le Conseil fédéral. Ils rappellent enfin que les parcours migratoires des personnes âgées sont variés, nécessitant des réponses flexibles, adaptées et ancrées dans les réalités de terrain, loin des stéréotypes.

«Un enjeu d’égalité des droits face aux violences domestiques»

«Ce que montre notre étude, ce n’est pas une différence fondamentale, mais un cumul d’obstacles qui rend l’accès à l’aide en cas de violences domestiques beaucoup plus difficile pour les personnes âgées ayant un parcours migratoire. Cela pose un véritable enjeu d’égalité des chances et d’accès aux droits», déclare la professeure Delphine Roulet Schwab, responsable du projet. «D’où la nécessité d’agir de manière coordonnée, sans stigmatiser.»

Contact médias – français :
Prof. Dr. Delphine Roulet Schwab
Institut et Haute École de la Santé La Source/senior-lab (HES-SO)
E-mail : d.rouletschwab@ecolelasource.ch
Tél. : +41 21 556 43 91

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