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Rencontre inédite des députés avec des spécialistes des ovnis

Lundi, un colloque consacré aux phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN) s’est tenu à l’Assemblée nationale. Sur l’ensemble des dossiers traités, seuls 3,1 % restent classés en catégorie D, c’est‑à‑dire non identifiés après enquête.


Les ovnis sont au cœur des discussions au Palais-Bourbon. Lundi, un colloque sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN) a eu lieu à l’Assemblée nationale, visant à dépasser les fantasmes pour adopter une approche scientifique. Ce sujet, qui divise entre fascination et scepticisme, est abordé par les députés de manière sérieuse.

Dès le début, Arnaud Saint‑Martin met les choses au clair. « Ce sujet suscite des jugements contrastés et ambivalents, on alterne entre stupeur et ricanements. Mais tu y crois, toi ?, m’a-t-on demandé », confie le député, qui a organisé l’événement avec Pierre Henriet. Bien que leurs parcours soient différents, leur objectif est identique : structurer la réflexion.

Sociologue des sciences pour l’un, mathématicien et ancien président de l’OPECST pour l’autre, les deux parlementaires plaident pour une approche rigoureuse. « Il fallait poser ce dossier dans une enceinte de la représentation nationale pour le traiter posément. Comment la puissance publique organise-t-elle la recherche sur les observations qui restent inexpliquées ? », interroge Pierre Henriet.

Le phénomène dépasse largement le cadre national. Aux États-Unis, les PAN sont omniprésents, soutenus par des publications officielles et une forte culture populaire. Donald Trump a également joué un rôle dans la réémergence de l’intérêt pour ces événements. En France, des observations sont également recensées. « Nous sommes hantés par l’approche américaine : 89 % des signalements dans le monde proviennent des États-Unis, mais il existe aussi des cas en France », souligne Arnaud Saint‑Martin. À l’Assemblée, des ingénieurs, pilotes civils et militaires ainsi que des observateurs témoignent de leurs expériences.

Parmi eux, Frédéric Courtade, directeur du GEIPAN, service du CNES dédié à l’analyse de ces phénomènes, rappelle la mission de son service : « articulée autour de l’information auprès de tous, afin de juguler les critiques », notamment par l’ouverture des archives au public. Chaque année, le GEIPAN traite plusieurs dizaines à 200 cas, grâce à une analyse soutenue par une classification précise. Néanmoins, l’interprétation des témoignages reste complexe. « On dispose de témoignages qui dépendent des cinq sens des témoins, mais aussi de leur mémoire, de leur culture et de leur formation, de leurs convictions voire de leurs croyances », explique Gilles Munsch. Il ajoute : « Certains témoignages sont subjectifs donc il faut savoir peser le pour et le contre. Et puis nous avons des données instrumentales comme des photos, des vidéos ou des enregistrements techniques. Mais là aussi, toutes les technologies ont leurs limites ».

En fin de compte, la majorité des phénomènes ont une explication. Parmi tous les dossiers examinés, seuls 3,1 % restent classés en catégorie D, c’est-à-dire non identifiés après enquête. Le reste se divise entre phénomènes identifiés, probablement identifiés ou en raison de données insuffisantes. Ce sont toutefois ces 3 % qui attirent l’attention. Cependant, le GEIPAN ne réalise pas de recherches approfondies sur ces cas. « Nous ne faisons pas de recherche, il n’y a pas d’ufologie au CNES, c’est aux chercheurs et aux universités de le faire », précise Frédéric Courtade.

Certains intervenants estiment qu’il est temps de faire évoluer le débat. Michael Vaillant plaide pour « remettre la science au cœur » de ces études et appelle à établir des standards internationaux pour créer une « nouvelle science » des phénomènes inexpliqués. D’autres avertissent sur les dérives possibles. « Le vrai problème, c’est notre obsession à trouver de l’irrationnel », prévient l’anthropologue Pierre Lagrange, soulignant que « la notion de complotisme s’est mise à gagner l’ensemble de la société, depuis les années 1990, avec une transformation du rapport aux sciences ».