Canicule : Faut-il instaurer une seconde « journée de solidarité » ?
En juillet 2025, François Bayrou, alors Premier ministre, avait formulé l’idée de supprimer deux jours fériés en raison du lourd déficit budgétaire de l’État. En mai dernier, Maëlig Le Bayon, directeur de la CNSA, a déclaré à TF1 que « tous les Ehpad, les soignants que vous avez dans les Ehpad sont financés par les journées de solidarité ».

En juillet 2025, la France souffrait de sa première canicule estivale. À cette période, François Bayrou, Premier ministre, proposait de supprimer deux jours fériés pour les Français, une idée désormais apparemment oubliée. Sa suggestion, liée au lourd déficit budgétaire de l’État, n’avait pas suscité d’enthousiasme.
Cette proposition semblait s’inspirer de la canicule de 2003, qui avait conduit l’Assemblée nationale, où Bayrou était alors jeune député, à adopter une « journée de la solidarité » pour mieux assurer l’équipement des Ehpad et centres pour personnes en situation de grande dépendance face aux canicules, afin d’éviter d’autres drames. Plus de 15 000 personnes avaient perdu la vie à cause de la canicule il y a vingt-trois ans.
« Tous les Ehpad financés par les journées de solidarité »
Concrètement, cela s’était traduit par la suppression du lundi de Pentecôte férié, remplacé par une journée de travail supplémentaire non rémunérée, où les entreprises versaient à l’État une cotisation équivalente à 0,3 % de leur masse salariale brute. En 2023, cette mesure a généré 3,2 milliards d’euros, comparativement à 2,3 milliards d’euros peu après sa mise en place. Les fonds ainsi collectés alimentent la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), un organisme de la Sécurité sociale, dont le budget s’élève à 42,5 milliards d’euros. Alors que la France fait face à une nouvelle canicule, quel bilan peut-on tirer de cette loi ?
« Très concrètement, tous les Ehpad ainsi que les soignants qui y travaillent sont financés par les journées de solidarité. Tous les accompagnements à domicile des personnes en situation de handicap sont également en partie financés par cette journée », a précisé en mai dernier à TF1 Maëlig Le Bayon, directeur de la CNSA. En outre, tous les Ehpad et services hospitaliers disposent au minimum d’une salle climatisée.
Cependant, il semble que tous les fonds récoltés n’ont pas été consacrés à une meilleure prise en charge des personnes fragiles. De manière régulière, en 2009 puis en 2017, la direction de l’association AD-PA (qui représente les directeurs d’établissements pour personnes âgées) a alerté sur des « détournements de crédits », réattribués à d’autres fins, estimant en 2018 que ces détournements atteignaient 6 milliards d’euros.
Une seconde journée envisageable ?
« C’est l’illustration d’un problème général de la politique sociale française qui veut tout faire », observe André Lardeux, rapporteur de cette loi au Sénat vingt-trois ans plus tard. « À l’époque, je disais déjà qu’une journée n’était pas suffisante, d’autant plus qu’elle avait été élargie aux personnes handicapées », ajoute-t-il. La question se pose alors de savoir s’il serait envisageable de créer une seconde « journée de la solidarité ». « L’idée de cette journée avait été largement approuvée au départ, mais plus on s’éloignait de l’événement, moins les gens étaient partants », poursuit André Lardeux.
« Le contexte politique actuel est très défavorable. Avec peu ou pas de majorité, un calendrier électoral en approche [élection présidentielle en 2027, suivie de probables élections législatives] et une Assemblée pleine de tensions. L’ordre du jour ce [vendredi] matin porte sur le débat de la loi « euthanasie », cela pourrait en effet constituer une solution », ironise l’ancien sénateur UMP du Maine-et-Loire, qui a quitté le Parlement en 2011, et qui souligne que « l’un des grands problèmes en France reste que nous ne travaillons pas assez sur une vie, même si cela est désormais facile à dire pour moi. »
