Belgique

Accord-cadre Israël-Liban : mise en œuvre fragile, dépendance à l’Iran

Le Liban a franchi l’étape historique de s’entendre directement avec Israël après avoir été entraîné dans le conflit du Moyen-Orient le 2 mars. L’accord prévoit que l’armée libanaise reprenne progressivement le contrôle du territoire du pays, à commencer par deux « zones pilotes », une fois les « groupes armés non-étatiques » désarmés et leurs infrastructures démantelées.


Le Liban a franchi une étape historique en s’accordant directement avec Israël, un pays avec lequel il reste techniquement en guerre, suite à une escalade des tensions le 2 mars, lorsqu’un groupe chiite armé a tiré sur le sol israélien pour soutenir Téhéran.

Cependant, alors qu’Israël déclare qu’il maintiendra sa présence sur le territoire libanais tant que le Hezbollah n’aura pas été désarmé, plusieurs défis se présentent suite à cet accord.

### Israël se retirera-t-il?

Bien que l’accord-cadre évoque un « redéploiement » d’Israël, son Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a rapidement précisé que ses forces resteraient dans la zone qu’elles occupent au nord de la frontière, qualifiée de « zone de sécurité ». Les civils qui en ont été expulsés ne pourront pas y retourner, a-t-il ajouté. Le ministre de la Défense, Israël Katz, a ordonné à l’armée de se préparer à un « séjour prolongé ».

Imad Salamey, directeur du département des études politiques et internationales à l’Université américaine du Liban, souligne que « l’un des points faibles » de l’accord est qu’il ne garantit pas le retrait total d’Israël des zones occupées ni ne limite significativement ses opérations militaires dans le sud du Liban. Il ajoute que « sans engagements fermes de la part d’Israël, de nombreux habitants du Sud pourraient continuer à faire face à l’insécurité et à des retards dans la reconstruction ».

Samedi, l’armée israélienne a mené de nouvelles frappes dans la région, ciblant d’abord des combattants présumés du Hezbollah, puis s’attaquant à une localité, faisant un mort.

L’accord prévoit que l’armée libanaise reprenne progressivement le contrôle du territoire, en commençant par deux « zones pilotes ». Ces zones seront définies en collaboration avec l’armée israélienne, qui cédera progressivement la place, après le désarmement des « groupes armés non étatiques » et le démantèlement de leurs infrastructures.

### Que fera le Hezbollah?

Le Hezbollah, acteur politique majeur au Liban, a immédiatement rejeté comme un « péché » les négociations directes avec Israël. Son chef, Naïm Qassem, a qualifié l’accord de « grave erreur » qui « légitime » l’occupation israélienne, le considérant comme « nul et non avenu ».

Le député Hassan Fadlallah a averti que la mise en œuvre de l’accord pourrait exposer le pays à une « guerre civile », avec des partisans du mouvement descendu dans les rues de Beyrouth pour exprimer leur opposition à cette entente. Nabih Berri, le président du Parlement libanais et allié du Hezbollah, a également mis en garde contre le risque de « conflits » internes.

Dans le quartier de Hamra à Beyrouth, Ahmad Shamas, un chauffeur de taxi de 48 ans, a déclaré à l’AFP que c’est un « accord humiliant et honteux », « sans précédent dans l’histoire de la République libanaise ». Hussam Beiruti, 43 ans, s’interroge : « Quelle est l’autre solution ? Y a-t-il une solution ? »

Salamey note que, bien que le rejet de l’accord par le Hezbollah ait été anticipé, « la véritable question est de savoir si l’opposition restera politique ou évoluera vers un affrontement direct avec l’armée libanaise, surtout si l’État reçoit un soutien militaire et financier accru des États-Unis et de leurs alliés ».

L’armée libanaise a déclaré qu’elle ne « tolérerait aucune atteinte à la sécurité ni aucune menace pour la paix civile ».

### Et l’Iran?

Les experts considèrent que la mise en œuvre de l’accord dépendra largement de l’Iran, soutien du Hezbollah. Téhéran a fait du Liban un point clé de ses négociations avec les États-Unis, menaçant de se retirer des discussions en raison des attaques israéliennes continues contre le pays.

Si le gouvernement libanais peut désormais « prendre le contrôle du processus », « l’influence iranienne au Liban est toujours bien vivante », souligne Heiko Wimmen, chercheur au sein de l’International Crisis Group.

Salamey conclut que la mise en œuvre de la feuille de route « dépendra principalement des calculs stratégiques » de l’Iran. « Téhéran doit décider si les avantages liés à la poursuite de l’engagement avec Washington et à l’allègement des sanctions l’emportent sur le maintien de son levier militaire au Liban, qui est devenu de plus en plus coûteux. »