La Nasa lance l’opération « Il faut sauver le satellite Swift »
La Nasa s’apprête à envoyer, au plus tôt ce samedi, un petit satellite pour dépanner Swift, un observatoire spatial lancé en 2004. La société Katalyst Space a été chargée en septembre dernier de monter une mission de sauvetage et a reçu 30 millions de dollars pour concevoir et lancer un engin destiné à « booster » Swift.
C’est une mission sans précédent. La Nasa s’apprête à lancer, dès ce samedi, un petit satellite pour aller « dépanner » un engin beaucoup plus gros : Swift, un observatoire spatial crucial pour l’agence spatiale américaine et ses partenaires. Lancé en 2004, le satellite perd progressivement de l’altitude et devrait entrer dans l’atmosphère et s’y désintégrer d’ici la fin de l’année si aucune action n’est entreprise. La Nasa cherche à tout prix à éviter ce scénario et a confié à la société privée Katalyst Space la mission de sauvetage du satellite. Voici tout ce qu’il faut savoir sur ce dépannage orbital très particulier.
Un satellite unique en péril
Lancé en novembre 2004, Swift, dont le nom complet est Neil Gehrels Swift Observatory, est un satellite d’observation conçu pour surveiller divers objets cosmiques, en particulier les sursauts gamma, les explosions les plus puissantes de l’univers. Depuis son activation, l’engin « est devenu un élément clé de la stratégie de la Nasa pour observer les changements soudains et imprévisibles dans le ciel » et « a permis la découverte et la localisation de cibles cosmiques jusqu’alors inconnues », précise la Nasa. Ces découvertes sont ensuite approfondies par différents télescopes spatiaux et centres au sol, faisant de Swift un instrument vital pour « mieux comprendre le fonctionnement de l’univers ».
Initialement prévu pour une mission de deux ans, le satellite est toujours 100 % opérationnel. Cependant, Swift, qui ne dispose pas de propulseurs pour ajuster son orbite, perd de l’altitude à cause de la traînée atmosphérique. Cette chute vers la Terre est accentuée par le pic d’activité solaire récemment observé. Le satellite a ainsi chuté à environ 400 km d’altitude, alors qu’il avait commencé ses opérations à 600 km.
Une course contre la montre pour sauver Swift
La Nasa a calculé que si aucune mesure n’est prise, Swift risque de se désintégrer dans l’atmosphère d’ici la fin de l’année. L’agence spatiale américaine a donc décidé de monter une mission inédite pour sauver son satellite, confiant en septembre dernier cette tâche à l’entreprise américaine Katalyst Space, spécialisée dans le développement de services en orbite. La société a reçu 30 millions de dollars (environ 26 millions d’euros) pour concevoir, construire, tester et lancer un engin destiné à « booster » Swift.
Pour garantir la faisabilité de la mission, la « stratégie scientifique du satellite » a été adaptée : depuis décembre, il ne pointe plus vers toutes les zones du ciel, mais seulement celles qui réduisent son exposition à la traînée atmosphérique. L’objectif est de maintenir Swift au-dessus de 300 km d’altitude le plus longtemps possible, sans quoi la mission deviendrait plus complexe. D’un point de vue financier, cette opération permettra à la Nasa, si tout se passe bien, de prolonger la vie de son satellite pour un coût largement inférieur à celui de la construction d’un nouvel observatoire aux capacités similaires.
Un lancement particulier
L’agence spatiale américaine mise donc sur cette mission, intitulée « Swift Boost », dont le lancement a un aspect un peu inhabituel. Pas de pas de tir ni de lanceur colossal : la « petite » fusée Pegasus XL, transportant le satellite remorqueur Link de Katalyst Space, sera attachée sous un avion, le L-1011 Stargazer de la société Northrop Grumman.

Le décollage se fera depuis l’atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall. Une fois à 12 km d’altitude, l’avion libérera la petite fusée, dont les trois moteurs mettront Link en orbite. Le choix du lieu de lancement n’est pas anodin : il permet de placer le sauveur de Swift directement sur son orbite.
Une mission en orbite risquée
Le placement en orbite du satellite de dépannage Link marquera le début de plusieurs mois de mission. Cet engin de près de 2 m et 400 kg, doté de trois bras robotiques, doit d’abord être complètement testé par les équipes de Katalyst Space avant de se diriger vers Swift.
Si tout est opérationnel, Link s’approchera ensuite du satellite pour l’inspecter et identifier de potentiels points d’accroche. Après avoir capturé Swift, le remorqueur utilisera ses propulseurs pour le ramener à une altitude sécurisée, une opération lente qui devrait durer environ trois mois. Il faudra environ un mois pour que l’observatoire soit réactivé. Swift devrait donc être fonctionnel de nouveau à l’automne.
Une opportunité pour la maintenance orbitale
Cette mission, aussi essentielle soit-elle en raison de l’unicité de Swift, représente également une occasion pour la Nasa de développer la maintenance des satellites en orbite. Si « Swift Boost » réussit, ce sera « la première fois qu’une mission robotique commerciale capture un engin spatial de la Nasa qui n’est pas occupé et qui n’a pas été conçu pour être dépanné dans l’espace », indique l’agence spatiale.
À travers cette opération, la Nasa vise à démontrer sa capacité à réagir rapidement et à promouvoir le développement de technologies de maintenance spatiale. Une initiative de plus en plus nécessaire face à l’accroissement du nombre de satellites en orbite et de débris spatiaux.
