Tunisie : quel montant faut-il pour vivre sans dettes ?
Selon Abdelbasset Essamari, un revenu d’environ 2000 dinars est estimé comme minimum pour une personne seule, tandis qu’il évalue ce revenu à 5300 dinars pour un ménage de cinq personnes. L’expert souligne que l’amélioration du pouvoir d’achat ne peut pas se limiter à une revalorisation des salaires et nécessite des réformes structurelles.
La question du pouvoir d’achat et du revenu minimum pour vivre dignement est de nouveau au cœur des débats en Tunisie, dans un contexte marqué par une augmentation continue des prix et une pression grandissante sur les ménages. Le débat s’articule autour de l’idée d’un “revenu de la dignité”, visant à couvrir les besoins essentiels sans avoir recours à l’endettement.
Dans ce contexte, Abdelbasset Essamari, ingénieur, homme d’affaires et acteur politique et économique tunisien, présente une approche chiffrée de ce concept. Il souligne que les indicateurs de croissance, comme le produit intérieur brut (PIB), ne suffisent pas à évaluer la performance économique d’un pays s’ils ne se traduisent pas par une amélioration tangible des conditions de vie des citoyens.
Il constate que l’augmentation des dépenses liées au logement, au transport, à la santé et à l’éducation a conduit à une dégradation significative du pouvoir d’achat. Cette situation, selon son analyse, rend nécessaire l’établissement d’un cadre de référence national pour définir un niveau de revenu permettant de vivre décemment, même sans épargne.
Essamari avance ainsi des estimations mensuelles qu’il considère comme un minimum pour garantir ce niveau de vie. Il évalue le revenu à environ 2000 dinars pour une personne seule, 3500 dinars pour un foyer de deux personnes, 4100 dinars pour une famille de trois personnes, 4700 dinars pour quatre personnes et 5300 dinars pour un ménage de cinq personnes.
Il précise néanmoins que ces montants ne constituent pas une proposition de salaires imposés par l’État, mais un cadre de référence pour évaluer le niveau de vie et mesurer l’efficacité des politiques économiques et sociales.
L’expert insiste également sur le fait que l’amélioration du pouvoir d’achat ne doit pas se limiter à une revalorisation des salaires. Elle doit s’accompagner de réformes structurelles, notamment en matière de croissance économique durable, de soutien à l’investissement, d’augmentation de la productivité, de maîtrise de l’inflation et de réduction de la pression fiscale sur le travail. Il souligne aussi l’importance d’améliorer les services publics dans les domaines de la santé, de l’éducation et du transport.
Essamari appelle en outre à réformer le système de subventions pour mieux cibler les populations qui en ont réellement besoin, tout en orientant davantage les politiques publiques vers le soutien à la production plutôt qu’à la seule consommation.
Ce débat met en évidence les questions grandissantes sur l’adéquation entre les salaires actuels et le coût de la vie en Tunisie, ainsi que sur la capacité de l’économie nationale à atteindre de tels niveaux de revenus. Il relance aussi la réflexion sur la pertinence de faire du “revenu de la dignité” un indicateur de référence pour l’évaluation des politiques économiques et sociales.
