France

Canicule : Locataires sous les toits ne supportent plus la chaleur

Madeleine, locataire d’un studio de 25m2 au dernier étage d’un immeuble haussmannien à Paris, « espère que les orages prévus samedi et dimanche feront chuter les températures ». La nuit de lundi à mardi a été la plus chaude jamais enregistrée dans l’Hexagone depuis le début des mesures en 1947.


Madeleine* attend avec impatience la fin de la semaine. « Il reste mercredi, jeudi et vendredi », indique cette locataire d’un studio de 25 m² situé au dernier étage d’un immeuble haussmannien à Paris. Son attente prendra fin lorsque l’air de son appartement redeviendra sain. L’Ile-de-France, placée en vigilance rouge canicule depuis dimanche, est confrontée à un pic de chaleur qui devrait se prolonger jusqu’à vendredi. Elle espère que les orages annoncés pour samedi et dimanche permettront de faire baisser les températures.

Dans son appartement, la chaleur atteint entre 34 °C et 35 °C. Pendant la journée, elle est contrainte de télétravailler, notamment pour rafraîchir l’aquarium de son poisson avec des glaçons. Les soirées deviennent « insoutenables » à cause de la chaleur et du manque d’air. « Je sens mon cœur battre plus fort, j’ai des montées d’angoisse de ne pas respirer », confie Madeleine.

### Une douche froide habillée toutes les heures

La jeune femme n’arrive à dormir que quelques heures chaque nuit, généralement autour de 4 heures du matin, après avoir effectué une longue promenade vers minuit pour tenter de se détendre. La nuit de lundi à mardi a été la plus chaude jamais enregistrée en France depuis le début des mesures en 1947. La nuit suivante, de mardi à mercredi, a suivi de près avec 21,5 °C. « Les murs sont chauds car c’est l’ardoise des toitures derrière. C’est intenable. Ça rend zinzin », souligne-t-elle.

L’appartement de Madeleine ne dispose pas de volets, un store est installé sur une fenêtre, et elle a fixé de manière précaire un rideau sur une porte de placard pour couvrir l’autre fenêtre, n’ayant pas l’autorisation de percer les murs. Parmi les astuces qu’elle a essayées, elle a tenté de placer un bac d’eau avec des glaçons devant le ventilateur ou de mouiller des rideaux, sans résultats significatifs. Pour se rafraîchir, elle prend une douche froide habillée toutes les heures : « C’est ce qui me sauve. »

### Des nuits courtes, un manque de concentration

« La situation empire à vue d’œil », déclare Dahlia, habitant sous les toits dans le 11e arrondissement de Paris. Avec des couvertures de survie scotchées aux fenêtres, la température de son appartement atteint 34 °C ou 35 °C le soir. Ce n’est qu’à partir de 22 heures qu’il est possible d’aérer « vaguement » pour que la température redescende un peu, mais elle ne descend jamais en dessous de 30 °C.

« Les nuits sont courtes », confie-t-elle, précisant qu’elle prend des compléments de mélatonine pour trouver le sommeil. « Sinon, ce n’est pas tenable », insiste la psychologue. Le manque de sommeil impacte également sa journée de travail. Mardi, il a été « très difficile en termes d’attention et de concentration », la fatigue s’accumulant.

### Et beaucoup de colère

Face à ces conditions, elle ressent une grande colère. « Les mots de notre président me reviennent en boucle ces jours-ci : ‘Qui aurait pu prédire ?’ Les rapports du Giec préviennent des effets du dérèglement climatique depuis des décennies ! Il y a des choix politiques qui ont été faits, comme arrêter des budgets pour la rénovation énergétique, et on en subit les conséquences », s’indigne-t-elle, vivant dans un logement surchauffé en attente de rénovation.

En septembre 2025, le collectif du Dernier étage a été fondé à Paris afin « de rassembler toutes celles et ceux qui habitent sous un toit et ne peuvent plus accepter, été après été, de cuire sur place », a écrit son cofondateur, Eytan Levi, dans un post visant à sensibiliser sur le sujet.

Notre dossier sur le réchauffement climatique.
Après une période de calme la semaine prochaine, les chaleurs extrêmes pourraient se prolonger jusqu’au 14 juillet, a déclaré Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, sur France Inter mercredi. Une perspective à laquelle Dahlia préfère ne pas penser, affirmant vivre au jour le jour. Madeleine, quant à elle, s’accroche à l’espoir que la canicule ne durera pas.