Belgique

Installer un climatiseur à Bruxelles : bonne décision ou pas ?

Un installateur bruxellois reçoit au moins six appels par jour pour des commandes de climatiseurs, avec environ 20 systèmes installés chaque année. Selon Charles Julian chez Homegrade, un climatiseur consomme pour 35 cents de courant par heure lorsqu’il tourne, estimant qu’il pourrait y avoir un coût minimum de 5 euros par jour si la machine fonctionne en permanence.


Qui dit période de fortes chaleurs dit affluence pour les entreprises spécialisées dans l’installation de climatiseurs. « Je reçois au moins six appels par jour pour des commandes en ce moment », confie un installateur bruxellois. « Nous installons environ 20 systèmes de ce type chaque année, alors que notre spécialité reste le chauffage », ajoute Olivier Lafosse, gérant d’une société de La Hulpe très active en région bruxelloise. « Il y a cinq ans, c’était moins de la moitié. Pour une petite installation, il faut compter un minimum entre 2.000 et 3.000 euros, installation comprise. »

À ce tarif, il est possible de « refroidir simplement » une pièce d’environ 20 m², précise le professionnel. Cependant, il est important de ne pas se précipiter au magasin pour installer une machine soi-même. Sophie Holemans, conseillère énergétique chez Homegrade, explique : « Il faut partir du principe qu’il faut demander une autorisation à sa commune. »

Plus précisément, cela nécessite un permis d’urbanisme. « C’est obligatoire selon les règles établies dans le COBAT, le Code bruxellois de l’aménagement du territoire », confirme le cabinet de la secrétaire d’État bruxelloise en charge de l’urbanisme, Audrey Henry. « La procédure prend plusieurs semaines au minimum auprès de votre commune, et il y a un coût à payer. De plus, la Région effectue des contrôles. »

Olivier Lafosse est cependant clair. « Je n’ai pas le sentiment que ce soit la procédure qui est toujours suivie. Généralement, ça se fait plutôt de manière pragmatique. Si l’unité ne gêne pas, les gens choisissent d’avancer et prennent peut-être le risque d’avoir des problèmes dans le futur. Une demande de permis urbanistique pour le placement d’une clim sur un bâtiment existant, je pense que je n’en ai pratiquement jamais vue », confie-t-il.

Malgré cela, des climatiseurs sur les murs d’immeubles sont visibles régulièrement en région bruxelloise. La commune d’Ixelles confirme qu’elle traite « plusieurs demandes de permis d’urbanisme de ce genre chaque année. Mais cela ne veut pas dire que toutes les installations présentes sur le territoire ont bien fait l’objet d’une demande et sont en règle », ajoute l’échevine de l’urbanisme, Julie de Groot (Les Engagés).

Le placement de ce type de climatiseurs ne nécessite pas de très grandes adaptations techniques. « Si l’installation électrique du logement est conforme, on a juste à se brancher dessus. Il faut bien sûr aussi faire un trou dans le mur, de 6-7 cm de diamètre, pour faire passer le tuyau à l’intérieur. Cela signifie qu’il faut aussi demander l’autorisation de sa copropriété si on vit dans un immeuble, et donc obtenir l’accord de ses voisins pour percer les murs extérieurs. », ajoute Olivier Lafosse de « Heat Me ».

Concernant la consommation électrique, il précise : « On peut considérer qu’un climatiseur consomme pour 35 cents de courant par heure, lorsqu’il est en fonctionnement. » Charles Julian de Homegrade indique que « si la machine tourne en permanence, on peut estimer un minimum de 5 euros de frais par jour, puisque le mécanisme s’arrête une fois que la température de refroidissement demandée a été atteinte dans la pièce. Le climatiseur ne fonctionne donc pas non-stop. Si l’on n’a que quelques jours de canicule par an où on l’active, cela va. Mais sinon, la facture peut vite grimper. Comparativement, laisser un petit ventilateur tourner toute la nuit dans une pièce coûte environ 30 cents. »

Sans oublier deux autres éléments, Sophie Holemans ajoute que « ces climatiseurs font pas mal de bruit, parfois des vibrations, et constituent une pollution visuelle. Cela engendre des nuisances pour les occupants, mais également pour les voisins. En tournant, le moteur va aussi générer de la chaleur à l’extérieur et réchauffer ainsi l’atmosphère. Or, en ville, il est crucial de minimiser la chaleur créée, car l’environnement est déjà très minéral et difficile à refroidir, surtout la nuit. Si on multiplie les climatiseurs, on aggrave le problème des températures. »

Pour Sophie Holemans, le climatiseur peut être utile pour certains, mais doit être le « dernier recours, si les autres mesures ne suffisent pas ou si l’on ne peut pas les mettre en place. La première chose à faire, c’est de protéger les fenêtres exposées au soleil. Cette protection doit être placée du côté extérieur, car si la chaleur traverse le verre, elle crée un effet de serre à l’intérieur et a du mal à sortir. »

Elle recommande également d’isoler la toiture et de couvrir les murs extérieurs. Par exemple, avec des plantes grimpantes qui apporteront de l’ombre et de l’humidité permettant de rafraîchir la zone.

La deuxième étape consiste à évacuer la chaleur accumulée et à rafraîchir l’intérieur en ventilant. Cela doit se faire lorsque la température à l’extérieur est plus fraîche qu’à l’intérieur. On ouvre alors grand les fenêtres.

Un autre aspect crucial est d’adoucir la chaleur aux alentours du logement par des plantations, l’utilisation de couleurs adéquates et en augmentant les surfaces perméables au sol, permettant aux plantes d’avoir plus d’eau pour faire de l’évapotranspiration et créer de la fraîcheur. Cependant, ces politiques doivent être gérées par les municipalités et la Région.

Une alternative pour rafraîchir les intérieurs consiste en des climatiseurs mobiles et déplaçables, beaucoup moins chers (avec des prix commençant autour de 200-300 euros). Ils sont placés à l’intérieur des logements, mais un tuyau doit pouvoir passer à l’extérieur, souvent par une fenêtre, pour évacuer l’air chaud de la pièce. « Ce passage nécessite de laisser la fenêtre entrouverte ou alors l’ouverture n’est pas totalement étanche, et il y a donc de la chaleur qui entre. Ce n’est pas du tout le même niveau d’efficacité. Généralement, ces machines sont aussi beaucoup plus bruyantes et moins confortables », explique Olivier Lafosse. « Tout dépend de l’usage que l’on en a. Si on ne l’allume que pour quelques jours de canicule par an, cela peut convenir. »