France

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau défié par les « piranhas » de LR

Bruno Retailleau a fait valider sa candidature à la présidentielle par les militants Les Républicains en avril dernier (73,8 %). Selon Philippe Gosselin, la campagne n’a pas encore commencé et certains doutent encore de la candidature Retailleau, qui stagne aux alentours de 9 % dans les sondages.


Il avait sans doute imaginé un lancement de campagne présidentielle sous de meilleurs auspices. Après avoir remporté haut la main la direction de la droite en mai 2025 face à Laurent Wauquiez (74,3 %), Bruno Retailleau a obtenu la validation de sa candidature à la présidentielle par les militants des Républicains en avril dernier (73,8 %). Deux résultats impressionnants qui auraient dû lui permettre d’aborder sereinement la course vers l’Élysée. Toutefois, la droite semble se complaire dans les complications.

Le sénateur de Vendée doit faire face à une nouvelle contestation de la part de figures influentes des LR. Ces « piranhas », comme il les appelle en privé, évoquent les poissons prédateurs d’Amérique du Sud qui attaquent en bancs pour se débarrasser de proies plus grandes. Avant son premier grand meeting à Paris, prévu ce samedi, Bruno Retailleau a le défi de démontrer son unité et la légitimité de sa candidature.

Dans une conférence de presse le 9 juin, il a déclaré : « Mes troupes m’ont confirmé en avril comme leur candidat légitime à 74 %. Je ne me laisserai pas prendre en otage par quelques individus. Ces individus ne m’empêcheront pas de creuser mon sillon. » Ce défi commence ce samedi au parc Floral dans le bois de Vincennes, où l’ancien responsable du Puy-du-Fou rassemblera ses soutiens. Marc-Philippe Daubresse, sénateur du Nord et proche de Retailleau, a affirmé : « Les querelles de personnes ne sont pas l’essentiel. La campagne se passe très bien, il faut maintenant dérouler notre programme, un projet qui renverse la table. »

Pour afficher cette unité, l’entourage de Bruno Retailleau met en avant la présence de « poids lourds » de la droite : Gérard Larcher, président du Sénat, Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France, et l’ancien Premier ministre Michel Barnier. François Baroin, toujours discret, et plusieurs parlementaires seront également présents. Philippe Gosselin, député LR de la Manche, résume : « Il y a une volonté de rassembler la famille. Car on ne peut pas rassembler les Français si on ne parvient pas à unifier son camp. Mais comme on dit aussi, on ne peut pas faire boire un cheval qui n’a pas soif. »

Cette dynamique souligne les absences notables de Laurent Wauquiez, président du groupe LR, qui reste attaché à la possibilité d’une primaire, ainsi que d’autres figures comme Xavier Bertrand, maire des Hauts-de-France, Jean-François Copé, maire de Meaux, ou David Lisnard, maire de Cannes, qui est également en lice pour l’Élysée. Julien Aubert, vice-président des LR, balaie d’un revers de main : « Ce meeting met tout le monde face à ses responsabilités. Mais je trouve que le tableau s’est enfin clarifié. Bertrand n’existe que dans sa tête, Copé a fait une sortie pour vendre son bouquin, Wauquiez est isolé, et Lisnard, personne n’en entend plus parler. Le seul candidat de la droite est Bruno Retailleau. »

Cependant, même parmi ceux qui seront présents au meeting, certains émettent des doutes quant à la candidature de Retailleau, qui stagne autour de 9 % dans les sondages. Philippe Gosselin note : « Laissons du temps au temps, la campagne n’a pas encore commencé. Avec la séquence du parc Floral, on espère un effet boost. » Des voix comme celles de Valérie Pécresse, Gérard Larcher ou Michel Barnier plaident encore pour un candidat unique de la droite et du centre, impliquant une alliance avec Gabriel Attal et Édouard Philippe, ce que Retailleau refuse. Il a affirmé cette semaine : « Une saison 3 du macronisme, même par procuration, ce n’est pas possible. » Mais la perspective d’aller au bout de la course reste incertaine. Julien Aubert conclut : « L’unité, l’unité on verra bien… La stratégie, c’est on fonce tout droit. Et si on monte à 15 %, les gens iront à la gamelle. »

Face à la possibilité d’un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella au second tour de la présidentielle, plusieurs élus expriment leurs inquiétudes. Gosselin indique : « La question de l’éparpillement [du bloc central] va un moment se poser, on espère que celui qui cristallisera les votes sera alors Retailleau. » Un autre député LR s’inquiète : « La dynamique doit se faire à l’automne. Mais si on est toujours à 8 ou 9 %, il faudra bien faire son examen de conscience. » Sans aucun doute, les « piranhas » de la droite seront là pour lui rappeler cette réalité.