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Accord États-Unis-Iran : Didier Leroy critique des négociateurs iraniens trompeurs.

L’accord de paix sera officiellement signé ce vendredi 19 juin en Suisse et laissera la place à une période de négociation entre les deux pays. La prochaine étape des discussions portera aussi sur le programme nucléaire iranien.


L’accord de paix sera officiellement signé ce vendredi 19 juin en Suisse, marquant le début d’une période de négociation entre les deux pays. Les principaux axes des discussions porteront sur les sanctions contre l’Iran, le programme nucléaire iranien, la reconstruction et le développement économique du pays, ainsi que sur un mécanisme de suivi des engagements pris.

Du côté américain, le vice-président JD Vance a exprimé un optimisme particulier, affirmant que cet accord pourrait « transformer fondamentalement le Moyen-Orient pour les 50 prochaines années » et entraîner une baisse des prix de l’énergie. En Iran également, le cessez-le-feu est célébré, même si les pertes économiques du pays sont significatives.

Pour de nombreux Iraniens, la cessation des combats est surtout perçue comme un soulagement économique. Depuis plusieurs années, le pays subit une crise profonde, aggravée par les sanctions internationales et le conflit. L’inflation a drastiquement réduit le pouvoir d’achat, suscitant un mécontentement social croissant. « Il y a dix ans, avec 100.000 tomans, vous alliez dans un restaurant de haut standing pour deux personnes. Aujourd’hui, 100.000 tomans, c’est l’équivalent d’un dollar », souligne Caroline Azad.

La pression économique causée par le conflit aurait également poussé les autorités iraniennes à accepter des compromis jugés impensables il y a quelques années. « En ouvrant une négociation avec les États-Unis et en discutant de la levée des sanctions, le régime remet en question ses impératifs idéologiques qui affirment qu’un anti-américanisme pur et dur interdit toute négociation avec Washington. Or, ce n’est pas le cas », analyse-t-elle.

L’éventuelle levée partielle des sanctions représente un enjeu majeur des discussions, permettant potentiellement de débloquer plusieurs milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés. Cependant, Didier Leroy fait remarquer que ces fonds ne suffiront pas à résoudre les problèmes du pays : « Ils devront commencer par repayer les salaires des miliciens irakiens qui patrouillent dans les zones de Téhéran et des autres centres urbains de l’Iran occidental. Est-ce que cela va profiter aux populations civiles, dont le pouvoir d’achat a été détruit ? Non. Donc la grogne sociale va continuer à grandir. »

Selon lui, même après le cessez-le-feu, la pression sur le régime demeurera forte. Ce sentiment est partagé par Caroline Azad : « C’est une inquiétude très forte parce qu’on sait que la répression s’est accentuée de manière absolument invraisemblable depuis le mois de janvier. Mais le régime actuel, dans son état actuel, c’est-à-dire au niveau de sa constitution, au niveau politique et au niveau idéologique à long terme, ne peut pas tenir », estime-t-elle.

La prochaine étape des négociations abordera aussi le programme nucléaire iranien. Didier Leroy estime qu’il est peu probable que les États-Unis obtiennent de réelles concessions de Téhéran : « Mettons-nous deux secondes à la place du régime iranien : est-ce qu’on renoncerait à l’ultime assurance vie après avoir subi 25.000 frappes ? Évidemment que non. Ils vont signer des papiers, mais ils mentiront. » Selon lui, les négociations pourraient rencontrer les mêmes blocages que ceux observés durant la dernière décennie.

Le conflit a mis en lumière l’écart entre les ambitions politiques de Téhéran et sa réalité opérationnelle : « En un mois de guerre ouverte, l’acteur militaire iranien est réduit à des capacités de nuisance. Il n’y a pas de destruction massive qui peut sortir de l’Iran. Il peut causer beaucoup de dégâts à Dubaï, au Koweït ou ailleurs, mais cela reste surtout de la nuisance », souligne-t-il. Cette faiblesse relative pourrait également expliquer la détermination du régime iranien à préserver son programme nucléaire, considéré comme son arme de survie géopolitique. Une arme que même la Chine, partenaire économique majeur de Téhéran, voit comme une ligne rouge, rappelle Caroline Azad : « La Chine ne veut absolument pas d’une République islamique nucléarisée. Personne n’en veut, en fait. »