Tunisie

Sécurité alimentaire : Bâtir une agriculture durable et souveraine urgemment

La Tunisie importe environ 60 % de ses besoins en céréales, pour une consommation nationale estimée à près de 32 millions de quintaux. Face aux bouleversements actuels, l’adoption de stratégies agricoles durables est urgente pour assurer un minimum d’autosuffisance, mais aucune réforme concrète n’a encore été engagée.


La Tunisie est confrontée à de grands défis en matière de sécurité alimentaire. Dépendante des importations, elle subit le stress hydrique et les aléas climatiques, ce qui l’oblige à mettre en œuvre rapidement des réformes structurelles pour assurer une production agricole durable et souveraine. Les experts et les institutions réclament une stratégie globale qui combine modernisation des filières, gestion optimisée de l’eau et soutien aux agriculteurs.

La sécurité alimentaire est un objectif stratégique pour chaque nation. Tandis que certains pays l’ont atteinte ou y travaillent sérieusement, d’autres manquent de stratégie claire pour y parvenir. La Tunisie semblerait se classer parmi ces derniers. Ce concept repose sur l’autosuffisance alimentaire, comprenant la production agricole tant végétale qu’animale, ainsi que sur le niveau de dépendance aux importations de produits essentiels. L’équilibre entre ces deux aspects doit toujours privilégier l’indépendance nationale en matière de consommation alimentaire.

La situation en Tunisie est marquée par une fragilité concernant la sécurité alimentaire, aggravée par des défis structurels tels que la production agricole et la dépendance aux importations, notamment de céréales. Ce constat est dû à l’absence de stratégies efficaces, en particulier dans le secteur céréalier. Faouzi Zayani, expert en politiques agricoles, souligne que la production nationale souffre d’un déficit structurel depuis plusieurs années. Les filières de la viande rouge et du lait rencontrent également des difficultés persistantes.

Le stress hydrique chronique du pays demeure le facteur le plus alarmant. Malgré cette situation grave, accentuée par des conflits mondiaux perturbant les chaînes d’approvisionnement, les gouvernements successifs, surtout depuis 2011, n’ont pas mis en œuvre les réformes nécessaires. Actuellement, la Tunisie importe environ 60 % de ses besoins en céréales, pour une consommation nationale estimée à près de 32 millions de quintaux. En outre, cela inclut les importations d’intrants agricoles et d’énergie. Zayani fait valoir que plusieurs mesures s’imposent pour remédier à cette situation et favoriser l’autosuffisance alimentaire du pays.

Il est d’abord crucial d’instaurer de nouveaux programmes de vulgarisation et d’accompagnement pour les agriculteurs, souvent démunis face aux mutations constantes, particulièrement en raison du changement climatique. Ensuite, un investissement massif dans le secteur agricole, qui contribue entre 7 et 10 % du PIB, est nécessaire. Les budgets restreints destinés à l’investissement expliquent en partie les difficultés actuelles. Le financement reste un obstacle majeur, avec des taux d’intérêt élevés et un accès limité au crédit. Il est donc impératif de faciliter l’accès au financement avec des conditions adaptées aux réalités des agriculteurs.

De plus, la recherche scientifique doit être au centre de toute stratégie agricole, permettant le développement de semences locales résilientes, adaptées aux enjeux climatiques. Cela requiert également une révision de la cartographie agricole face aux évolutions climatiques, notamment en matière de précipitations et de températures. Il est important d’orienter les cultures vers des secteurs stratégiques comme les céréales, l’élevage et les cultures maraîchères, tout en délaissant les cultures très consommatrices en eau destinées à l’exportation. La coopération régionale est également cruciale. Les pays partageant des défis similaires doivent agir ensemble pour instaurer des réformes agricoles respectueuses de l’environnement et des spécificités nationales.

Il est enfin indispensable de promouvoir des modes de production durables comme l’agriculture biologique, raisonnée ou urbaine, ainsi que des techniques novatrices telles que l’aquaponie et l’hydroponie, qui offrent des solutions économes et écologiques. Faouzi Zayani a également signalé que le contexte international actuel est marqué par une incertitude croissante. Les nations sont confrontées à des majeurs défis de sécurité alimentaire et de souveraineté, exacerbés par le dérèglement climatique qui perturbe l’ensemble des filières agricoles avec des sécheresses, des hausses de température, des précipitations irrégulières, et l’émergence de nouvelles maladies et ravageurs.

Ces phénomènes impactent directement la production agricole, comme en témoigne la filière de la figue de barbarie. Les crises sanitaires et les conflits géopolitiques perturbent par ailleurs les marchés mondiaux. Ces chocs affectent l’approvisionnement en énergie et en intrants agricoles, provoquant une augmentation des prix, touchant particulièrement les pays les plus vulnérables, dépendants des importations.

Dans ce contexte, il est urgent d’adopter des stratégies agricoles durables pour garantir un minimum d’autosuffisance, bien qu’aucune réforme concrète n’ait encore été mise en place. En dépit d’une légère amélioration de la situation hydrique, des risques persistent à cause d’une gestion inefficace de l’eau et de l’absence de mesures immédiates, laissant les agriculteurs dans l’incertitude.

Une réforme complète de la gestion de l’eau est indispensable, en tant que fondement d’une politique agricole efficace. Il est crucial de développer des solutions alternatives, telles que le traitement des eaux usées et saumâtres, ainsi que la dessalination, lesquelles pourraient satisfaire jusqu’à 25 % des besoins en irrigation. De plus, l’entretien des infrastructures hydrauliques s’avère essentiel. La dépendance alimentaire fragilise la souveraineté nationale, pesant sur les finances publiques ainsi que la stabilité économique et sociale.

Pour y remédier, il est crucial de renforcer l’autosuffisance à travers les énergies renouvelables, une meilleure gestion de l’eau, le développement d’une industrie hydrique innovante et un soutien accru aux agriculteurs. La sécurité alimentaire repose donc sur une production nationale durable, encore peu valorisée malgré les recommandations des institutions de recherche. Enfin, il est vital de promouvoir une agriculture de proximité, familiale et stratégique, orientée vers les filières essentielles. L’objectif affiché : assurer une production nationale durable et accessible, garantissant au pays une véritable autonomie stratégique alimentaire.