France

Un prof de piano visé par des plaintes pour viols sur mineurs

Olivier B., âgé de 62 ans, est accusé de viols et d’agressions sexuelles par plusieurs anciennes élèves. En 2020, la plainte d’Alice a été classée sans suite car les faits sont prescrits.


« Je t’embrasse comme je t’aime. » C’est par cette formule particulière qu’Olivier B. a pris l’habitude de conclure ses courriels adressés à des adolescentes, parfois très jeunes. Âgé de 62 ans, ce professeur de piano est accusé de viols et d’agressions sexuelles par plusieurs anciennes élèves. Selon 20 Minutes, au moins quatre plaintes ont été recensées, dont trois ont été classées en raison de la prescription des faits. Cependant, une dizaine de femmes, qui se sont rencontrées via la plateforme d’aide aux victimes d’agressions sexuelles Coabuse, se disent victimes de ce pianiste ayant longtemps enseigné au conservatoire de Valenciennes (Nord) avant de s’installer en Normandie.

Alice* avait 17 ans lorsqu’elle a rencontré le professeur de piano pour la première fois. C’était en 2003, lors d’une audition au conservatoire du Havre (Seine-Maritime), où Olivier B. faisait partie du jury. « À la fin de l’audition, il est venu me voir avec ma mère pour me féliciter. Il m’a dit que je jouais très bien et qu’il pouvait m’aider. Il a demandé mon adresse mail pour pouvoir m’envoyer des partitions », raconte-t-elle. Le soir même, il lui envoie des messages. « Au début, c’était normal, mais ensuite, cela devenait de plus en plus ambigu, il y avait des allusions. Il me disait « je t’embrasse, devine où ». Dans ses messages, il me parlait souvent de sa vie privée », poursuit-elle. Il lui a envoyé de très nombreux courriels, mais la « relation » n’était alors qu’épistolaire.

« Il a commencé à me toucher partout »
L’année suivante, elle recroise le pianiste lors d’une audition. Olivier B. lui propose de la raccompagner en voiture. « Ma mère n’était pas là, j’étais toute seule chez moi. Il est monté et il a commencé à me toucher partout, à me déshabiller. Il avait une espèce d’emprise sur moi, j’étais figée. Il m’a pénétrée avec ses doigts. Je voulais juste que ça s’arrête. » Il faudra à Alice des années de thérapie pour comprendre qu’elle a été « manipulée ». Ce n’est qu’en 2017 qu’elle se rend dans un commissariat pour porter plainte. Cette même année, une autre jeune femme dépose plainte contre ce professeur de piano pour des faits similaires datant de 2014.

La plainte d’Alice est finalement classée sans suite en 2020 : les faits, pourtant établis, sont prescrits. L’autre plainte subit le même sort. La procureure de la République de Valenciennes a confirmé l’existence de quatre plaintes, mais a indiqué s’être dessaisie au profit du parquet de Lisieux. Contacté, ce dernier n’a pas donné suite à nos demandes. La procureure du tribunal normand a néanmoins précisé à La Voix du Nord que les deux plaintes classées sans suite allaient faire l’objet d’un désarchivage.

« Tout le monde savait qu’il avait une attirance pour les petites filles », assure une ancienne collègue du conservatoire de Valenciennes. En 1999, Olivier B. a 35 ans. Marié et père de famille, il se vante auprès de ses collègues d’entretenir une relation « amoureuse » avec une de ses élèves, alors âgée de 14 ans. « Il était très à l’aise, sûr de lui donc il en parlait ouvertement. Il ne s’en cachait pas, il disait qu’il était en couple », se souvient son ancienne collègue. Des faits qu’il reconnaît dans des courriels que nous avons pu consulter. « Si j’avais dit avec des mots : « je suis amoureux d’une fille de 14 ans, j’en ai 35 et je suis marié et père de 3 enfants », les gens m’auraient traité de salaud, d’irresponsable… », écrit-il ainsi à Alice, quatre ans plus tard.

Au conservatoire de Valenciennes où il a travaillé jusqu’en 2012, plusieurs jeunes musiciennes ont demandé à changer de professeur. C’est notamment le cas de Léa, qui avait 15 ans en 2005. « Il mettait ses mains sur moi, il me prenait par la taille. Il était très proche, tactile, il se mettait sur moi. Son comportement n’était pas normal, il y avait une forme d’ambiguïté », raconte la jeune femme qui a porté plainte en février. Il s’agit de la seule plainte qui, à notre connaissance, n’a pas été classée sans suite.

Un jour, Léa a brusquement quitté le cours pour se réfugier dans la salle d’à côté. « Ma mère en a parlé au directeur et cela est remonté jusqu’à l’adjoint à la culture de la mairie. Je pense que tout le monde savait. » L’ancienne collègue d’Olivier B. confirme qu’il a été convoqué. « Il nous a menacées de poursuites en diffamation. On en avait parlé à la mairie, on nous a demandé de nous taire. Je suis frustrée de ne pas avoir été plus loin. J’ai une forme de colère, de culpabilité. »

Il est l’organiste de la paroisse
Les témoignages font état de faits qui auraient commencé avant même son embauche au conservatoire. En 1981, Louise a 9 ans. Elle commence les cours de piano chez les parents de l’accusé, qui a alors 18 ans. « Il me faisait des bisous sur la joue, il m’obligeait à lui faire la même chose. Il me prenait sur ses genoux. Il disait que moi je le comprenais, et que je savais qu’il avait besoin d’amour. J’ai fini par piquer une crise auprès de mes parents car je ne voulais pas y retourner. » En 2024, lorsque les souvenirs lui sont revenus, Louise a porté plainte pour abus sexuels sur mineur, mais celle-ci a été classée, les faits étant prescrits.

La dernière plainte date de 2014, mais l’affaire a refait surface suite à plusieurs articles de presse. Ce professeur est toujours en contact avec des mineures. Il exerce comme organiste dans une paroisse et doit intervenir cet été dans un stage de musique. Contactés par 20 Minutes, les responsables de l’association organisatrice du stage n’ont pas donné suite.

En mai, toutefois, la publication de plusieurs articles a poussé l’un de ses employeurs – une association de Trouville – à mettre fin à son contrat après trois années de cours. Mais l’association n’a pas découvert dans la presse le passé de son professeur de piano : plusieurs personnes avaient alerté bien avant. « On l’a recruté en 2023. En 2024, quelqu’un nous a alertés pour nous dire qu’il avait été condamné [ce qui n’est pas le cas]. Quand je l’ai convoqué pour lui en parler, il a nié farouchement. Il m’a dit que ce n’était pas vrai et que les gens manipulaient. Il avait amené les deux plaintes classées sans suite. Il me les a montrées. J’en ai informé la mairie et on l’a gardé à l’œil », précise le directeur d’une autre association qui l’employait.

Contacté, Olivier B. n’a pas souhaité répondre à nos questions.