
Bac : « On prend notre cours en photo, ça génère des quiz » pour les révisions des lycéens avec l’IA
Depuis 2024, le cabinet Heaven se penche sur les usages de l’intelligence artificielle chez les lycéens et étudiants, âgés de 18 à 25 ans, dans l’étude Born AI. En 2025, 61 % des quelque 500 répondants ont déclaré utiliser l’IA pour les études ou le travail.

Gizmo, Flashka, Notebook LLM, Knowunity… Ces applications exploitant l’intelligence artificielle sont bien connues des lycéennes et lycéens, qui les utilisent pour réviser le bac. « On prend notre cours en photo et ça génère des quiz, des questions à trou ou des flashcards [cartes mémoire, avec une question au recto, la réponse au verso]. Ça permet de mémoriser plus facilement et ça m’aide beaucoup », déclare Bintou, 16 ans.
Cette élève de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, montre sur son téléphone portable avec un bracelet rose pâle son dossier « éducation » où se trouvent les applis de révisions Gizmo et Flashka. Elle les utilise cinq minutes par jour pour se préparer aux examens. Son amie, Fouleymata, préfère l’application Gemini. Elle soumet les sujets de maths des années précédentes à l’agent conversationnel de Google : « Je lui demande de me poser des questions, j’y réponds et j’ai directement la correction après », explique-t-elle.
Un usage très répandu
Ces lycéennes ne sont pas des cas isolés. Depuis 2024, le cabinet Heaven enquête sur l’utilisation de l’intelligence artificielle par les lycéens et les étudiants âgés de 18 à 25 ans, dans le cadre de l’étude Born AI. En 2025, 61 % des près de 500 répondants ont affirmé utiliser l’IA pour leurs études ou leur travail, un chiffre en constante progression. « Il y a une généralisation de l’usage de l’IA chez les jeunes au niveau scolaire, souligne Emmanuel Berne, directeur des études chez Heaven. C’est adopté comme le téléphone portable. »
L’IA devient ainsi un allié pour l’entraînement scolaire. « On identifie deux approches, ajoute-t-il : l’une qui consiste à « interroger l’élève pour savoir s’il est au point sur un sujet », l’autre étant « de communiquer avec lui pour s’assurer qu’il comprend ce qu’il doit apprendre ». »
Comme un professeur à domicile
Pour Célia, 17 ans, en terminale générale, c’est l’épreuve de philosophie qu’elle prépare avec ChatGPT. « Je lui demande de résumer des notions, comme la liberté, pour voir les grands auteurs et faire des fiches. Avec mon professeur, on n’a pas beaucoup de cours, alors je cherche un peu en ligne et ensuite, je donne à l’IA. »
En revanche, pour ses spécialités, maths et physique-chimie, elle est moins convaincue par ChatGPT, « qui n’est pas très pratique », et préfère Knowunity. Cette autre application de révisions, qui se présente comme un coach scolaire, dispose de 21 millions d’utilisateurs. Elle propose des résumés de notions, des scans de devoirs pour comprendre ses erreurs, des examens blancs et des quiz. L’IA devient alors presque un professeur à domicile, toujours disponible. « Si je ne comprends pas pourquoi c’est faux, je lui demande. L’IA m’explique et me dit : « Il y a marqué ça dans ton cours, revérifie ». »
En français, Fouleymata a également travaillé le commentaire de texte, comme avec un extrait de Bérénice de Racine, en utilisant Gemini. « Je fais un commentaire, je l’envoie et il corrige les fautes, me dit si on écrit mal des phrases, si on dit des choses fausses ou si on peut ajouter des éléments pertinents. » Parfois, elle se sert de Notebook LLM, qui permet de transformer en podcast ou en vidéo des cours pris en photo. « Quand je n’ai pas le temps de réviser, je fais un podcast, que je peux écouter en chemin », indique-t-elle. C’est sur TikTok qu’elles ont découvert ces applications et leur utilité.
La crainte de ne plus être autonome dans son apprentissage
Les enseignants encadrent-ils vraiment cette explosion de l’usage ? Pas vraiment. « On est à la traîne, c’est arrivé tellement vite », confie une professeure de français. De fait, les lycéennes interrogées ne bénéficient d’aucun accompagnement pour cet usage. Pourquoi ne pas leur apprendre à vérifier systématiquement ce que leur dit l’IA (ce qu’elles reconnaissent ne pas faire) ou à poser les bonnes questions pour optimiser leurs révisions ?
Certaines entreprises de cours particuliers en ligne proposent désormais des séances alternées entre un tuteur humain et du travail autonome guidé par l’IA. Aimery de Vaujuas, cofondateur de la Méthode Aristote, estime que l’IA offre « une illusion de maîtrise : l’élève comprend vite sur le moment, mais ne sait plus restituer seul ». Il alerte sur les difficultés à rédiger une dissertation pendant quatre heures sans assistance.
Scolarisée dans un lycée du 9e arrondissement parisien, Antoinette en première générale suit cette méthode. « Pendant une heure, je réponds aux questions de l’IA, et le prof voit ce que je fais en même temps, explique-t-elle. On fait des pauses, il m’explique. Chez moi, je peux refaire tous les exercices, ce qui me permet de m’entraîner et de bien connaître chaque chapitre. » Elle affirme ne pas trop utiliser l’IA par ailleurs. « J’ai déjà préparé un oral avec ChatGPT, mais ça ne m’a pas apporté grand-chose, parce que je n’ai pas fait la démarche d’écrire le texte et donc d’apprendre. »
