
La Tunisie pourrait perdre 14 % de production pétrolière d’Ashtart.
La Tunisie pourrait perdre environ 14 % de sa production nationale de pétrole avec le déclin programmé du champ d’Ashtart, qui devrait atteindre sa limite économique autour de 2031. La production pétrolière tunisienne est passée de plus de 117 000 barils par jour au début des années 1980 à environ 25 000 barils par jour aujourd’hui, selon les données de Trading Economics.
La Tunisie pourrait voir sa production pétrolière diminuer de manière significative dans les années à venir en raison du déclin programmé du champ d’Ashtart, l’un des gisements les plus importants du pays. Selon une analyse de l’Energy Research Unit, ce champ, situé dans le golfe de Gabès, atteindra sa limite économique vers 2031, entraînant une réduction d’environ 14 % de la production nationale de pétrole.
Cette situation s’inscrit dans un contexte de fragilité structurelle du secteur énergétique tunisien, caractérisée par une baisse continue de la production de pétrole et de gaz depuis plusieurs décennies, ainsi qu’une dépendance croissante aux importations d’hydrocarbures.
### Un champ stratégique pour la production nationale
Le champ d’Ashtart est actuellement l’un des principaux piliers de la production pétrolière tunisienne, avec une production estimée à environ 5 000 barils par jour, représentant près de 14 % de la production nationale totale. Il est exploité par la société SERPT, en partenariat avec l’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières (ETAP) et le groupe Perenco. Sa contribution en fait un actif stratégique pour la sécurité énergétique du pays, bien que sa productivité soit en déclin progressif.
D’après les projections de l’Energy Research Unit, le champ atteindra bientôt un point où les revenus générés ne couvriront plus les coûts d’exploitation, rendant son exploitation économiquement non viable.
### Une production nationale en recul continu
Ce phénomène s’inscrit dans une tendance à long terme. La production pétrolière en Tunisie a chuté de plus de 117 000 barils par jour au début des années 1980 à environ 25 000 barils par jour aujourd’hui, selon les données de Trading Economics. Ce déclin s’explique par l’épuisement progressif des grands gisements découverts au XXe siècle et l’absence de découvertes majeures capables de compenser la baisse naturelle de production.
Au fil des années, la Tunisie a évolué d’un modèle basé sur quelques grands champs productifs à un système plus fragmenté reposant sur de nombreux petits gisements à faible rendement. La baisse de la production du champ d’Ashtart pourrait accentuer la dépendance de la Tunisie aux importations d’hydrocarbures. Les experts estiment que cette situation aurait un impact direct sur la balance commerciale et les finances publiques, notamment à travers les subventions énergétiques.
Le ministère de l’Industrie et de l’Énergie indique déjà que la dépendance énergétique du pays dépasse 60 %, dans un environnement international marqué par une forte volatilité des prix du pétrole et du gaz. Cette vulnérabilité structurelle expose la Tunisie à des pressions budgétaires accrues et à une fragilisation de ses équilibres macroéconomiques.
### Des causes structurelles multiples
L’expert en énergie Hamed Matri souligne que la crise du secteur ne se limite pas à la maturité des anciens champs pétroliers, mais s’explique également par une faiblesse des nouvelles explorations. Selon lui, le rythme des permis d’exploration a considérablement ralenti ces dernières années en raison de contraintes administratives, juridiques et de tensions sociales dans certaines zones de production.
En Tunisie, les accords d’exploration et d’exploitation doivent être validés par le Parlement, un processus jugé long et incertain par de nombreux investisseurs internationaux. Cette situation a contribué à réduire l’attractivité du pays dans un secteur particulièrement concurrentiel.
### Un retrait progressif des grandes compagnies
Historiquement, les principales découvertes pétrolières en Tunisie ont eu lieu entre les années 1960 et 1970 grâce à de grandes compagnies internationales comme Eni, Total et Shell. Ces investissements ont permis l’émergence de champs majeurs tels qu’El Borma, Ashtart, Miskar ou encore Sidi El Itayem. Néanmoins, depuis les années 1990, ces grandes compagnies se sont progressivement retirées, remplacées par des opérateurs de taille moyenne comme OMV ou BG, puis par des sociétés plus petites.
Cette évolution a contribué à la diminution des investissements et à la raréfaction des grandes découvertes. Au cours des quinze dernières années, la tendance à la baisse de la production s’est accentuée. L’absence de nouveaux gisements majeurs a renforcé la dépendance à des champs vieillissants en déclin naturel. Actuellement, la production nationale repose principalement sur une multitude de petits champs, incapables de compenser la baisse des gisements historiques.
Le champ d’Ashtart illustre les limites techniques et économiques des infrastructures pétrolières anciennes, notamment en ce qui concerne la baisse de pression des réservoirs et la profondeur importante des puits, estimée à environ 3 000 mètres.
### Vers une transition énergétique inévitable
Face à ces défis, les autorités tunisiennes souhaitent relancer l’exploration pétrolière et gazière tout en développant les énergies renouvelables afin de réduire leur dépendance aux hydrocarbures importés. Cependant, les experts estiment qu’une réforme profonde du cadre d’investissement, accompagnée d’une stabilité réglementaire et d’une accélération des autorisations, est nécessaire pour inverser cette tendance.
Sans découvertes majeures dans les prochaines années, le déclin du champ d’Ashtart pourrait marquer une nouvelle étape dans la contraction continue du secteur énergétique tunisien, avec des répercussions directes sur les finances publiques et la sécurité énergétique du pays.
