Coupe du monde 2026 : tensions migratoires à Dallas pendant la fête du foot
Dallas, capitale économique du Texas, se prépare à accueillir le Mondial 2026 avec un discours sur la sécurité et l’inclusivité, malgré les préoccupations exprimées par certains habitants. Le tournoi se déroulera principalement à Arlington, où son stade pourra accueillir jusqu’à 90.000 spectateurs pour neuf matchs, dont une demi-finale.
Déjà accueillant le Mondial en 1994, Dallas, la célèbre ville et capitale économique du Texas, retrouve les projecteurs internationaux tout en souhaitant représenter une Amérique dynamique et accueillante.
« Nous sommes mobilisés pour garantir la sécurité et offrir une expérience exceptionnelle à chaque visiteur… Dallas a hâte de vous accueillir ! », exprime avec enthousiasme Jennifer Scripps, présidente de l’organisation Downtown Dallas.
Alors que le centre-ville se prépare à recevoir supporters et touristes, la majorité des matchs se dérouleront à Arlington, situé à environ trente kilomètres. Son stade ultramoderne accueillera neuf affiches, le plus grand nombre de ce tournoi, y compris une demi-finale, avec une capacité qui peut atteindre 90 000 spectateurs.
### Un enthousiasme tempéré chez les habitants
Cependant, tous ne participeront pas à la fête. Le coût des billets exclut une partie de la population locale. Ce n’est pas le seul reproche pour Tasha Tsiaperas, résidente de Dallas : « Je ne vais pas vous mentir… Je ne sais pas si je suis enthousiaste, concède-t-elle. Je pense que si tout se passe bien, ce sera une excellente vitrine pour Dallas, et j’espère que tout ira bien, car je n’aimerais pas que les gens aient une mauvaise image de nous ». Entre fierté et inquiétude, la ville se caractérise par de fortes inégalités.
Dans le quartier latino d’Oak Cliff, un mur peint rend hommage à deux migrants tués en septembre 2025 lors d’une fusillade dans un centre ICE où ils étaient détenus.
### Climat tendu dans les quartiers latino
À Dallas, plus de 40 % de la population est d’origine hispanique et le climat s’est détérioré récemment, notamment suite aux actions de l’ICE, la police fédérale de l’immigration. Dans le quartier d’Oak Cliff, Marta Roque, propriétaire d’un café, déclare : « Cela pourrait être votre père, votre frère, un de vos proches… n’importe qui pourrait être touché ». Selon les ONG, plus de 22 000 arrestations migratoires ont été enregistrées en un peu plus d’un an dans la région, et elles craignent une aggravation de la situation avec l’arrivée du tournoi.
### Craintes des ONG à l’approche du Mondial
« On nous a déjà prévenus que la présence de l’ICE allait être très importante dans les prochains mois. Alors oui… nous avons peur », confie Jenny Sanchez de l’ONG Texas Civil Rights Project, ajoutant : « Ce serait tragique que cet événement unique soit entaché par des détentions et des séparations de familles ». Officiellement, l’ICE ne sera pas présente dans les stades. Cependant, la police locale doit coopérer avec les agents fédéraux de l’immigration, une collaboration récemment renforcée sous la pression des autorités texanes. « Les dirigeants texans ont menacé de retirer des financements à la sécurité publique, y compris en marge du mondial, si la police ne coopérait pas avec l’ICE », précise Jenny Sanchez.
Certains dénoncent une dérive vers une « police d’immigration de proximité », alors que les effectifs policiers ont été augmentés dans le centre-ville.
### Une peur bien réelle dans la population
Pour les autorités, le discours reste rassurant. « Nous ne changerons pas notre manière d’agir, même avec la FIFA », assure Marc Villareal, chef adjoint de la police de Dallas chargé de la sécurité du Mondial. « Notre responsabilité est de protéger les supporters qui viennent dans les fan zones et l’ensemble des citoyens qui participent aux événements FIFA. Notre priorité absolue, c’est la sûreté et la sécurité, pas le statut migratoire ».
Sur le terrain, la méfiance prédomine et de nombreux habitants d’origine étrangère choisissent de rester discrets. Philip (prénom d’emprunt) indique, « Personnellement, je ne compte pas trop aller dans le centre ni dans les environs d’Arlington. Les gens vont avoir peur d’être arrêtés, contrôlés. Vous savez… on n’est pas des animaux ». Michael, habitant d’origine péruvienne, partage cette inquiétude : « Ce serait dommage que des gens n’osent pas assister à un événement comme celui-là pour soutenir leur pays. J’aimerais que ce soit plus simple et accueillant pour tous, surtout dans ces quartiers où les gens sont formidables et sont venus pour travailler et élever leurs enfants ».
### La FIFA reconnaît ses limites
Face à ces préoccupations, la FIFA admet qu’elle ne contrôle pas tous les paramètres. « Notre rôle n’est pas de résoudre des crises de grande ampleur », explique Minal Davis, responsable des droits humains pour le comité d’organisation du Mondial 2026 dans le nord du Texas. Elle ajoute : « Nous devons identifier les risques, les atténuer, et garantir un recours si des atteintes aux droits humains surviennent. Nous avons fait en sorte que cet événement soit culturellement ouvert à tous, et nous espérons que le public répondra présent ».
À Dallas, tout semble prêt pour accueillir la planète football. Néanmoins, derrière les infrastructures et les discours, une grande partie de la population risque de rester éloignée de la grande fête du ballon rond.

