500.000 ménages wallons menacés par inondations : « Réviser le plan de secteur »
Le plan de secteur est un document créé entre 1972 et 1982 qui a découpé le territoire en différentes zones, mais il ne correspond plus à la réalité actuelle. En Wallonie, un tiers des ménages, soit plus de 500.000 ménages, sont exposés à un aléa d’inondation, que ce soit par débordement ou par ruissellement.
Une déconnexion des enjeux climatiques
Le plan de secteur est un document élaboré entre 1972 et 1982, découpant le territoire en différentes zones, chacune ayant une fonction spécifique (construction, industrie, etc.). Cependant, cette cartographie ne reflète plus la réalité actuelle. « À cette époque-là, on ne parlait pas du changement climatique, on ne parlait pas de la perte de biodiversité » souligne Joël Privot. De plus, les risques n’étaient pas aussi bien compris et définis qu’aujourd’hui. Bien que le plan de secteur ait plus de 50 ans, les premières cartes sur les risques d’inondation n’ont été mises en place qu’en 2007. « En 2007, 93 % du stock bâti avait déjà été édifié en Wallonie. On ne peut donc pas vraiment reprocher aux gens d’avoir mal construit, car ils n’avaient pas l’information, celle-ci étant arrivée très tardivement« , explique l’architecte.
C’est ainsi qu’avec cet héritage complexe d’un bâti vulnérable aux inondations, il faut aujourd’hui faire face à la réalité. Le risque est double : d’une part, les inondations par débordement de cours d’eau, et d’autre part, les inondations par ruissellement. En Wallonie, les inondations par ruissellement sont majoritaires et cela n’est pas anodin, rappelle l’urbaniste de l’ULiège : « En Wallonie, un ménage sur trois est exposé à un aléa, qu’il s’agisse de débordement ou de ruissellement. On ne parle donc pas d’une petite marginalité, c’est un ménage sur trois. Cela concerne plus de 500 000 ménages wallons qui sont concernés par ce problème« .
La Flandre a déjà franchi le pas
Suite aux inondations dévastatrices de 2021 dans la vallée de la Vesdre, c’est la Flandre qui a paradoxalement choisi de modifier son plan de secteur, tandis que la Wallonie n’a pas encore engagé cette réforme. Cette révision vise principalement à retirer certaines zones classées « urbanisables » pour les préserver dans leur état naturel. En Flandre, cela a concerné 2000 hectares. Dans le cadre de la Vesdre, l’urbaniste précise que 200 hectares ont été identifiés comme essentiels à préserver et ne doivent pas être urbanisés. Il s’agit par exemple de zones d’habitat situées dans les lits majeur et mineur de la rivière, souvent sujets aux inondations. « Il faut avoir le courage politique de dire : ‘Nous révisons le plan de secteur une fois pour toutes’ car autrement nous continuerons à faire face à divers problèmes« , indique-t-il.
Celui qui a travaillé sur le Schéma stratégique de reconstruction et d’aménagement du bassin de la Vesdre après les inondations de juillet 2021 souligne aussi l’importance de désimperméabiliser les sols. Les autorités publiques peuvent montrer l’exemple dans divers espaces : places de village, cours d’écoles, ou parkings. L’enjeu est de contrer l’urbanisation bétonnée pour permettre à l’eau de s’infiltrer dans les sols.
D’un point de vue pratique, il faut également accepter d’abandonner certaines zones à la nature. Par exemple, le long de la Vesdre, il a été décidé que plusieurs bâtiments seraient régulièrement inondés. « Est-il vraiment judicieux de les maintenir ? Une opération d’acquisition ou d’expropriation est en cours le long de la Vesdre pour redonner de l’espace à l’eau en supprimant des bâtiments. Cela pourrait avoir un impact individuel sur certaines personnes, mais un effet collectif énorme puisqu’il rétablit l’espace pour l’eau sur ce secteur. Je suis convaincu qu’il existe plusieurs mesures réalisables pour atténuer efficacement les impacts du réchauffement climatique » conclut Joël Privot.
► Découvrez également comment le système agricole impacte le ruissellement de l’eau en écoutant la série consacrée à l’enseignement du podcast des Clés ci-dessus ou sur Auvio.

