Affaire Lyhanna : 70.000 plaintes à reprendre d’ici au 14 juillet ?
Gérald Darmanin a réuni les procureurs généraux à la Chancellerie et a fustigé des « dysfonctionnements » de la justice, déclarant : « Il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, il nous a manqué de prioriser des viols sur les mineurs ». Ségolène Marquet a souligné que « cela prend nécessairement du temps » d’avoir une lecture des procédures et d’évaluer les enquêtes concernant les mineurs, rappelant que sur les près de 1.900 procureurs en France, tous ne sont pas affectés à ces contentieux.
Gérald Darmanin reste ferme dans ses déclarations. Après la marche blanche à Fleurance, dans le Gers, en hommage à Lyhanna, 11 ans, le ministre de la Justice a rassemblé les procureurs généraux à la Chancellerie et a de nouveau critiqué des « dysfonctionnements » au sein de la justice. Il a déclaré ce lundi : « Il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, il nous a manqué de prioriser des viols sur les mineurs », tout en rejetant l’idée de démissionner.
Suite à la découverte du corps de la collégienne et à l’arrestation du principal suspect, Jérôme B., visé par des plaintes pour viols sur mineures, la question de la responsabilité est très médiatisée. Gérald Darmanin a appelé à une « mobilisation générale » et a demandé aux magistrats de « reprendre l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70 000 plaintes, avant le 14 juillet. Il a affirmé : « Il n’y a pas un haut magistrat qui ne partira en vacances tant que je n’aurais pas vu un par un les procureurs généraux pour qu’on fasse le bilan de sa cour d’appel ». Mais cette demande est-elle réalisable ?
« Illusoire »
Ségolène Marquet, secrétaire permanente du Syndicat de la magistrature, s’interroge sur la faisabilité d’un tel travail. Elle souligne : « On se demande dans quelle mesure un travail sérieux peut être fait. Cela nous paraît impossible. Faire un recensement, cela signifie avoir une lecture des procédures, évaluer quel témoin doit être encore entendu, quels actes d’enquête doivent être réalisés… Cela prend nécessairement du temps. » Elle rappelle que parmi les près de 1 900 procureurs en France, tous ne s’occupent pas des affaires concernant les mineurs.
Elle ajoute que « avec les effectifs actuels dans les parquets et dans les services d’enquête, puisque ceux-ci vont être sollicités, cela apparaît vraiment illusoire de réaliser cette opération ». Ce constat est d’autant plus amer que le syndicat alerte depuis des années sur la protection insuffisante des enfants et demande une véritable « priorisation » de ces affaires.
La magistrate précise : « Selon nos remontées, il y a six mois dans un commissariat de Lille, il y avait 133 procédures par enquêteur. Cela signifiait que chaque enquêteur pouvait consacrer à chaque procédure 1,5 jour sur une année complète, sans tenir compte des temps de repos. Or, ces enquêtes nécessitent énormément de temps », mettant en évidence un risque de traitement trop expéditif de ces affaires alors que les faits de violences sexuelles sont souvent classés sans suite.
Et après ?
Que se passera-t-il après ce recensement ? Ségolène Marquet craint que cette initiative ne soit qu’un « affichage politique » sans réelle priorisation de la politique publique. Elle déclare : « Il n’y a pas non plus d’annonces sur ce à quoi nous devons renoncer pour pouvoir faire ce recensement, car dans une quotidien très contraint, il faut renoncer à certaines choses pour que cela soit une véritable priorité ».
Lundi, les magistrats du parquet de Bobigny ont dénoncé « l’hypocrisie » de Gérald Darmanin « alors que le ministère de la Justice a publié 64 circulaires et dépêches en 2025 et 53 en 2026, faisant de chaque actualité une nouvelle priorité de politique pénale, sans allouer aux juridictions les moyens pour les mettre en œuvre ».
Ségolène Marquet ajoute : « La priorité du jour efface celle de la veille, mais il ne suffit pas de le dire ». Elle déplore que « actuellement, la politique pénale se concentre sur la délinquance visible : on met des effectifs de police sur des opérations « places nettes », par exemple, ou on se consacre à l’usage de stupéfiants plutôt que des faits complexes et bien plus graves ».

