France

« Tensions autour d’un texte anti-pesticides en Bretagne : « C’est absolument scandaleux » »

Le nouveau schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE) du bassin-versant de la Vilaine, le plus grand de France, a été applaudi par les associations locales et validé par les collectivités impliquées. En Ille-et-Vilaine, seules 3 % des masses d’eau de surface sont jugées comme « en bon état écologique ».


Il a fallu près de quatre années de travail, de réflexion et de réunions pour arriver à ce texte. Applaudi par les associations locales et validé par les collectivités concernées, le nouveau schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE) du bassin-versant de la Vilaine – le plus grand de France – était prêt. Il ne manquait qu’un vote pour qu’il soit adopté. Cependant, le texte, jugé inacceptable par la FNSEA, est mis en pause.

Depuis plusieurs mois, le syndicat agricole majoritaire déploie tous ses efforts pour bloquer le SAGE. Son objectif est d’éviter l’interdiction des pesticides dans certaines zones de captage d’eau potable, où quelques adhérents arrosent leurs champs de maïs d’herbicides.

Après des mois de pression et de manifestations, le syndicat a partiellement atteint ses objectifs. Les préfets de Bretagne et des Pays-de-la-Loire ont demandé « un temps supplémentaire » pour affiner les discussions qu’ils estiment « pas suffisamment abouties ».

Pour se faire entendre, tous les soutiens du texte avaient déjà appelé à se réunir en janvier, rassemblant 3.000 manifestants. Une quarantaine d’associations, ainsi que la Confédération paysanne, organiseront à nouveau un grand rassemblement national pour l’eau ce dimanche 7 juin à midi à Rennes. Cet événement vise à contrer le « moratoire » annoncé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, ainsi que la loi d’urgence agricole récemment adoptée par l’Assemblée nationale.

Le collectif « veut montrer qu’il existe une résistance citoyenne » pour l’eau, « face aux pressions des lobbys au niveau national », déclare Emmanuelle Dereave, agricultrice biologique et membre d’AgroBio35. « Il est absolument scandaleux de continuer à épandre des pesticides là où l’on prélève l’eau », souligne Michel Besnard, du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest.

Au sein des associations, nombreux sont ceux qui accusent les préfets de céder aux pressions du lobby agricole productiviste. Le report de la révision du SAGE Vilaine « constitue une remise en cause de la démocratie locale », juge Michel Demolder, ancien maire communiste de Pont-Réan (Ille-et-Vilaine) et président de la commission locale de l’eau (CLE).

Le texte vise à interdire l’usage de pesticides dans certaines zones de captage d’eau potable, ce qui semble une bonne initiative compte tenu du mauvais état des cours d’eau du bassin de la Vilaine. En Ille-et-Vilaine, seulement 3 % des masses d’eau de surface sont considérées comme « en bon état écologique ». « Dans les rivières, il n’y a plus de vie et cela continue de se dégrader », expliquait à 20 Minutes Jérémy Grandière, président de la Fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine.

L’avenir du bassin-versant de la Vilaine, qui concerne six départements et 1,2 million de personnes, est devenu en quelques mois le symbole des tensions concernant la gestion de la ressource en eau. De nombreux élus locaux, comme la maire de Rennes Nathalie Appéré ou le président de la région Loïg Chesnais-Girard, ont souligné la nécessité d’appliquer le nouveau schéma.

Cependant, au niveau national, la FNSEA bénéficie du soutien de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. Alors qu’une nouvelle réunion de la Commission locale de l’eau est prévue le 25 juin, la ministre évoque un vote « pour la rentrée prochaine, une fois les derniers arbitrages rendus sous l’égide du préfet ». Ce vote sera particulièrement suivi, et pas seulement dans l’Ouest.