Belgique

Bénédicte Linard (Ecolo) : le décret en Fédération Wallonie-Bruxelles est un déni de démocratie

Le décret programme 2 arrive en séance plénière après une nuit de travaux en commission du Budget, dans un climat de forte contestation. Bénédicte Linard, cheffe de groupe Ecolo au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, souligne qu’il y a un « non massif » mobilisant « des milliers et des milliers de personnes » contre ce texte.


Au lendemain d’une nuit de discussion en commission du Budget, le décret programme 2 est présenté en séance plénière, dans un contexte marqué par une forte opposition. Enseignants, directions, parents et étudiants s’organisent contre plusieurs mesures d’économies. Des syndicats ont également appelé à la grève, tandis que certaines écoles annoncent déjà l’annulation des examens de fin d’année. Pour Bénédicte Linard, cheffe de groupe Ecolo au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce mouvement est largement représentatif et dépasse le cadre strict des enseignants. « Ce ne sont pas seulement des enseignantes et des enseignants qui disent non à ce texte. Ce sont des parents, des élèves, tous les acteurs de l’école, ainsi que les étudiantes et étudiants, parce que n’oublions pas que dans ce texte, il y a aussi l’explosion du minerval », indique-t-elle, soulignant un « non massif » qui attire « des milliers et des milliers de personnes ».

### Un débat sur le respect des règles parlementaires

Au-delà des contenus abordés, Bénédicte Linard remet en question la manière dont le texte est soumis au vote. Elle dénonce une violation du règlement parlementaire, qui stipule un délai minimal de 84 heures entre le vote en commission et l’examen en plénière. « Le règlement du Parlement est très clair. Il fallait attendre 84 heures entre la commission et la séance plénière pour pouvoir voter le texte », rappelle-t-elle. Selon elle, le problème dépasse le simple respect des délais. « Le règlement, c’est le texte qui permet de faire respecter la démocratie dans le Parlement, entre une majorité et une minorité, c’est la manière de vivre ensemble », affirme la députée écologiste.

Elle évoque « un vrai déni de démocratie » et demande la démission du président du Parlement, Benoît Dispa (Les Engagés), qu’elle accuse de ne pas avoir fait respecter ces règles. « Le président du Parlement, qui a la mission de faire respecter le règlement, a choisi de ne pas respecter la règle », déclare-t-elle, comparant son rôle à celui d’un arbitre prenant parti dans un match de football.

Interrogée sur le fait que ces 24 heures supplémentaires de délai ne modifieraient pas l’issue du vote, Bénédicte Linard insiste sur l’importance du principe. « La question n’est pas de savoir si on a eu le temps de travailler. Ce qui compte, c’est qu’il y a un règlement. Quand on ne respecte pas les règles, on va au-delà de la démocratie. C’est un passage en force », affirme-t-elle.

Elle souligne le message problématique envoyé au monde scolaire : « Tous les jours, les enseignants apprennent à des élèves à devenir des citoyens et citoyennes, à respecter la démocratie. Comment voulez-vous qu’on respecte la démocratie en dehors si on ne la respecte pas dans un Parlement ? »

### Des critiques sur le fond : vision de l’école et organisation

Concernant le contenu de ce décret programme, Bénédicte Linard se présente comme « l’écho du terrain », plutôt que comme une opposante isolée. Elle signale un profond malaise au sein du milieu éducatif. « Les enseignantes et enseignants nous disent : ‘On est salis, on se sent méprisés' », rapporte-t-elle, pointant des concertations jugées insuffisantes ou purement formelles.

Selon elle, le texte traduit « une vision de l’école où on donne des chances à certains, mais plus à d’autres, particulièrement ceux qui sont en difficulté », une critique partagée par de nombreux acteurs du secteur éducatif.

La députée Ecolo établit également un lien entre cette contestation et l’application du Pacte d’excellence, qui bénéficiait d’un soutien unanime à l’origine. Elle reproche à la majorité actuelle, surtout au MR, d’y avoir apporté des « accrocs » en modifiant certains choix structurants.

Elle estime que la ministre de l’Enseignement n’a pas suffisamment préparé l’intégration du Pacte dans le secondaire, en particulier sur le plan organisationnel au sein des écoles. « Les représentants syndicaux disaient : attention, il faudra peut-être réévaluer certains aspects. Mais il n’y a plus d’écoute, il n’y a plus de vrai travail de collaboration avec le monde de l’école », déclare-t-elle.

Bénédicte Linard met également en avant les difficultés pratiques que pourrait engendrer, selon elle, l’application du décret programme dès la prochaine rentrée, notamment l’augmentation des heures de cours pour certains enseignants dans le secondaire supérieur. « Les écoles ne savent pas organiser ce qui est écrit dans ce texte parce qu’il manque des éléments », souligne-t-elle. Elle précise que le gouvernement élabore déjà un « décret programme 3 » pour corriger certains aspects du texte en cours : « C’est tellement vrai que le gouvernement est en train de travailler en urgence sur un décret programme 3 qui contient des mesures pour corriger le texte qui va être voté aujourd’hui alors qu’il contient des erreurs. C’est complètement fou ce qui est en train de se passer. »

### Le débat budgétaire et les alternatives avancées par Ecolo

La majorité justifie en grande partie le décret programme par la nécessité de réduire le déficit de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Un argument que Bénédicte Linard reconnaît, tout en contestant son utilisation. « Pour Ecolo, c’est important qu’on gère bien l’argent public, évidemment », admet-elle.

Cependant, elle affirme que « l’arrimage budgétaire n’est pas valable » dans ce cas, car d’autres choix politiques impliqueraient également des coûts. Elle mentionne par exemple la décision de ne pas prolonger le tronc commun jusqu’à la fin de la troisième secondaire, ce qui représenterait selon elle « de 40 à 60 millions de plus », ainsi que le maintien d’un taux élevé de redoublement. « Le redoublement, ça coûte 400 millions par an en Fédération Wallonie-Bruxelles. Si on veut faire des économies, travaillons à la lutte contre le redoublement, et là on fait de vraies économies, tout en soutenant tous les élèves vers la réussite », plaide-t-elle.

Au-delà de ce texte, Bénédicte Linard appelle à une réflexion plus profonde sur le financement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, soutenant que le problème réside autant dans les recettes que dans les dépenses. « Les économistes le disent, le plus gros problème, ce sont les recettes qui s’amenuisent au fil des années », soutient-elle, en appelant à un débat sans tabou sur l’organisation institutionnelle francophone et des possibles transferts de compétences, tout en gardant en priorité le maintien des missions essentielles : école, petite enfance, culture.

### Une mobilisation qui pourrait se prolonger

Alors que les syndicats ont appelé à une grève en front commun ce jeudi et que certaines écoles ont déjà annulé des examens, la question de la durée de cette mobilisation se pose. Bénédicte Linard ne pense pas qu’un vote en plénière suffira à la faire disparaître. « Le malaise dans le monde de l’école dépasse de loin un texte », estime-t-elle, décrivant « une mobilisation de cette ampleur-là, venue de la base, qu’on n’avait plus vue depuis plus de 30 ans ». Selon elle, la rentrée s’annonce « chaotique » si rien ne change, en raison de l’état actuel du texte.

Elle comprend les inquiétudes des parents et des élèves concernant les examens et les évaluations, tout en appelant à faire confiance aux équipes éducatives. « Les profs connaissent leurs élèves, il faudrait un peu leur faire confiance. Ils savent quels sont les élèves qui ont besoin d’un coup de pouce sur la fin de l’année et, dans beaucoup d’écoles, ils accompagnent leurs élèves jusqu’au bout, même s’ils font des arrêts de travail et s’ils sont en grève », affirme-t-elle.

En conclusion, Bénédicte Linard espère encore « un sursaut de la majorité » avant le vote, « particulièrement des Engagés », qu’elle accuse de faire « l’inverse de ce qu’ils ont toujours promis ».

Quoi qu’il advienne lors du vote en plénière, elle prévient que la détermination du monde de l’école à s’opposer à la vision portée par ce décret ne s’arrêtera pas avec le vote du jour. Prévue à partir de 14h00, cette séance de vote au Parlement s’annonce électrique, après les tensions vives observées ces derniers jours.