Belgique

Face à la colère scolaire, le défi du MR et des Engagés

Le gouvernement a dérogé au règlement du Parlement pour que les écoles puissent se préparer à la rentrée, mais cela est perçu comme peu crédible par certains acteurs de l’école. Selon le gouvernement, le mouvement social est largement émotionnel et devrait s’épuiser avec l’entrée en vigueur des nouvelles mesures.

Un signal de détermination du gouvernement MR-Engagés

Le gouvernement justifie sa dérogation au règlement du Parlement en arguant que cela permettrait aux écoles de mieux se préparer pour la rentrée. Néanmoins, cette explication semble peu crédible. Les acteurs du secteur éducatif que j’ai contactés hier affirment que quelques jours supplémentaires n’auraient guère changé la situation. L’explication la plus logique semble être que le gouvernement souhaitait démontrer sa volonté de décision face aux grévistes. De plus, la majorité a ainsi voulu répondre à l’opposition qui a fréquemment différé le vote par le biais de renvois au Conseil d’État. Au final, cette situation illustre une rupture, voire une rupture presque totale, des canaux de concertation et de négociation entre le monde scolaire, les directions, les enseignants et les autres pouvoirs organisateurs.

Vers un épuisement de la colère des enseignants ?

Le gouvernement espère que l’adoption du décret apaisera le mouvement de contestation et qu’il deviendra rapidement un mauvais souvenir. Leur raisonnement est simple : l’année scolaire touche bientôt à sa fin. Pour le mois à venir, la mobilisation devrait sans doute rester forte dans les établissements les plus concernés, avant l’arrivée des vacances d’été. Tout se joue déjà sur la rentrée de septembre, où les écoles mettront en œuvre les mesures d’économies et les réformes sur le terrain. En particulier, les deux heures supplémentaires « face classe » dans le degré supérieur du secondaire. Quel degré d’organisation les établissements et les enseignants concernés pourront-ils atteindre ? Le gouvernement estime que ce mouvement est pour une grande part émotionnel et que cette émotion s’apaisera lorsque les mesures seront appliquées. Il mise donc sur l’épuisement du mouvement social.

Des grèves comme en 1996

Un précédent existe : les grèves de 1996, qui ont marqué la plus longue grève du secteur éducatif francophone, avec plusieurs semaines de conflit entre février et début juin. Le gouvernement PS/PSC avait adopté des mesures d’économie fermes. Après de longues semaines de lutte, les syndicats avaient suspendu la grève fin mai, officiellement pour permettre les examens, mais officieusement car les perspectives de négociations s’étaient amenuisées et la mobilisation s’était affaiblie. À la rentrée de septembre, malgré les promesses des dirigeants syndicaux, le mouvement n’a jamais repris.

Ce contexte historique pourrait laisser penser que la détermination du gouvernement et le calendrier des vacances pourraient porter leurs fruits. Cependant, 1996 marquait la fin d’un long cycle débuté en 1990. Nous en sommes ici plutôt au début d’un cycle. Pour éviter l’enlisement, le gouvernement devra faire preuve d’une plus grande volonté d’écoute et de concertation qu’actuellement, notamment sur le dossier du CDI pour les enseignants ou la réforme du qualifiant.

De plus, post-1996, les deux partis au pouvoir, le PS et le PSC, avaient tous deux subi de lourdes défaites lors des élections subséquentes. Miser sur l’épuisement sans mettre en place un plan pour rétablir des relations avec le secteur éducatif s’avérerait donc un pari hautement risqué pour le MR et les Engagés.