L’Europe ne mise pas sur l’open source pour sa souveraineté, budget minuscule.
La Commission européenne a dévoilé le 3 juin 2026 sa stratégie pour les logiciels libres, dans le cadre d’un grand paquet sur la souveraineté numérique, affirmant que l’UE dépense 264 milliards d’euros par an en produits et services informatiques, principalement américains et propriétaires. L’enveloppe prévue pour l’open source tourne autour de 2 milliards d’euros sur sept ans, représentant moins de 1 % de la facture annuelle pour des logiciels propriétaires.

Le 3 juin 2026, la Commission européenne a présenté sa stratégie pour les logiciels libres, s’inscrivant dans un ensemble plus vaste sur la souveraineté numérique. Le constat initial est sévère : d’après la Commission, l’UE consacre 264 milliards d’euros par an à des produits et services informatiques, principalement américains et propriétaires. En d’autres termes, l’Europe dépend d’entreprises sur lesquelles elle n’a pas de contrôle pour son infrastructure numérique.
Les logiciels open source sont ceux dont le code est accessible à tous : il peut être lu, modifié et réutilisé. Cela représente, en pratique, le fonctionnement de presque toute l’infrastructure d’Internet en arrière-plan. Selon la Commission, entre 70 et 90 % du code de l’économie numérique repose sur des composants libres. Le problème en Europe ne réside donc pas dans un manque de talents, mais dans un déficit de bénéfices : une grande partie de la valeur générée par les développeurs européens se retrouve dans les mains de géants étrangers.
Soutenir toute la chaîne, pas juste les bonnes idées
Alors que les initiatives précédentes de l’UE se limitaient à améliorer son fonctionnement interne, cette stratégie ambitionne de prendre en compte toute la chaîne de valeur : recherche, développement, commercialisation, et surtout maintenance à long terme. Ce dernier aspect a toujours constitué un frein. Un projet open source peut briller tant qu’il bénéficie de financements de recherche, mais se retrouve souvent soutenu par quelques bénévoles épuisés lorsque les subventions cessent. Bruxelles entend également promouvoir l’open source dans les marchés publics et encourager ses institutions à l’adopter, à le partager et à y contribuer.
Cette volonté de souveraineté n’est pas nouvelle. On l’a constatée avec Qwant, conçu comme moteur de recherche alternatif à Google, ou dans des scénarios où l’Europe serait vulnérable si Washington interrompait l’accès aux GAFAM. Le paquet annoncé le 3 juin va plus loin : il s’accompagne d’un nouveau Chips Act sur les semi-conducteurs et d’un Cloud and AI Development Act qui classe les services cloud selon leur niveau de souveraineté.
Deux milliards face à un trou de 264
Voici où l’euphorie rencontre la dure réalité budgétaire. Le budget alloué à l’open source s’élève à environ 2 milliards d’euros sur sept ans, selon les estimations de la Commission. À mettre en perspective avec les 264 milliards dépensés chaque année en logiciels propriétaires : il ne représente pas même 1 % de la facture annuelle, étalé sur sept ans. Le think tank cep considère cette somme insuffisante pour une stratégie censée pallier une telle dépendance. Il est difficile de les contredire.

