Disparition de Lyhanna : « On pense que ça n’arrive qu’ailleurs » à Fleurance
Près du lac de Fleurance, une collégienne de 11 ans, Lyhanna, a disparu depuis vendredi après-midi, et les recherches impliquent plus de 170 militaires et un hélicoptère. Dimanche, un homme de 41 ans a été interpellé et a reconnu avoir pris l’adolescente devant le collège à 15h05, mais a déclaré l’avoir déposée à la piscine de la commune, pourtant fermée, entraînant l’ouverture d’une information judiciaire pour enlèvement et séquestration de mineur.
Près du lac de Fleurance, une petite commune de 6.300 habitants située dans le Gers, quelques enfants s’amusent sur l’aire de jeux, sous le regard attentif de leurs parents ou grands-parents. Depuis ce lundi, la vigilance de ces adultes est particulièrement accrue. Depuis le week-end dernier, les gendarmes, soutenus par des dizaines de bénévoles, s’efforcent de retrouver Lyhanna, une collégienne de 11 ans disparue depuis vendredi après-midi.
Bien que certaines familles continuent de profiter du beau temps, la zone de la base nautique, où se concentrent les recherches, est presque déserte. L’atmosphère y est lourde : à quelques mètres de l’aire de jeux, le grand plan d’eau est interdit d’accès, comme l’indiquent des rubans jaunes estampillés : « Gendarmerie nationale, zone interdite ». Plus de 170 militaires, assistés par un hélicoptère, des équipes en moto-cross et des chiens de recherche, ont parcouru la région du bourg toute la journée.
« Les recherches se poursuivent avec toujours plus de moyens », a déclaré ce lundi soir devant la presse le colonel Philippe de Laforcade, commandant du groupement départemental de gendarmerie du Gers. « Nous maintenons l’effort, c’est ce que l’on doit à Lyhanna, à sa famille, aux habitants ». Il a ajouté : « Le temps est contre nous. Le temps rend les choses plus compliquées. »

« On est flippés »… la jeunesse locale sous le choc
Arthur, Robin et Éloïse, assis à une table de pique-nique près du lac, ont fréquenté le même collège que Lyhanna. Aujourd’hui, l’angoisse s’est installée dans leurs foyers. « J’ai cinq sœurs. Mes parents et moi on est flippés, alors ils ne les ont pas mises à l’école aujourd’hui », témoigne Arthur, à peine majeur. À l’entrée du collège Hubert-Reeves, où est scolarisée la collégienne, plusieurs parents ont choisi d’aller chercher leurs enfants à la sortie des cours plutôt que de les laisser rentrer seuls. « Ça fait peur, c’est calme ici d’habitude », souligne Éloïse, entre deux cours de son CAP.
Dimanche, un homme de 41 ans a été interpellé et placé en garde à vue. Il a reconnu avoir pris l’adolescente dans sa voiture, devant le collège vers 15h05, mais affirme l’avoir déposée à la piscine de la commune, qui était pourtant fermée. Ces déclarations ont été « jugées incohérentes et imprécises », selon le parquet d’Auch, qui a transféré l’affaire au parquet d’Agen, où se trouve un pôle criminel. Une information judiciaire pour enlèvement et séquestration de mineur de 15 ans a été ouverte.
« C’est extrêmement bizarre qu’il se passe quelque chose comme ça ici. C’est le Gers, on est en sécurité d’habitude », confie Anaïs, 19 ans, en stage à Fleurance. « Se dire qu’il y a peut-être un fou qui rôde, ça fait vraiment bizarre. Ma mère est tout le temps sur les réseaux sociaux, depuis vendredi. Elle est paniquée parce que ça aurait pu être nous », raconte la jeune femme blonde, assise sur un banc devant l’aire de jeux entre la piscine et le lac.
L’attente interminable des proches et la solidarité citoyenne
Tout le monde ici se sent mobilisé. Mathieu, 17 ans, a participé aux recherches de son côté, accompagné de quatre amis, lors d’une battue non officielle, arpentant les moindres recoins de la commune pour essayer de retrouver la collégienne. En vain. Partout dans le village, les visages sont fermés, les regards tournés vers les téléphones portables pour obtenir des informations au compte-gouttes.
La municipalité essaie d’organiser cet élan de solidarité. Le maire (sans étiquette), Grégory Bobbato, est présent sur tous les fronts : « Nous avons mis en place une cellule de crise pour canaliser les informations. On écoute les gens, on prend des notes, on fait des listes et on transmet tout aux gendarmes. Des administrés viennent régulièrement proposer leur aide. Nous devons rassembler et apaiser les choses », explique l’édile.
Il est également nécessaire de rassurer les parents, d’accompagner les habitants et de gérer les médias. « Derrière l’émotion, il y a la responsabilité », souligne le maire, qui ne connaissait la famille de Lyhanna que depuis quelques jours. Il appelle également à la retenue : « La moindre des choses, c’est de respecter la famille. On voit ça à la télévision, normalement, c’est tragique. On pense toujours que cela n’arrive qu’aux autres et ailleurs. »

