Hôpital : Explosion de 10 ans des temps d’attente aux urgences ?
En 2023, la moitié des patients ont passé plus de 3h10 dans les services d’urgences pour une prise en charge complète, alors qu’en 2013, cette durée n’était que de 2h15. Environ 9 % des patients sont admis en Unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) pour de la surveillance ou en attendant un lit, et la moitié d’entre eux y passent plus de 17h30, soit une augmentation de 2h40.

Patience est de mise. Si vous devez vous rendre aux urgences aujourd’hui, vous passerez vraisemblablement beaucoup plus de temps qu’il y a dix ans. C’est ce constat alarmant établi par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).
Dans deux études publiées ce mardi 2 juin 2026, l’organisme public a examiné le parcours des patients dans toute la France. Le résultat montre qu’indépendamment de la gravité de l’état ou des soins reçus, le temps d’attente s’allonge de manière significative dans des services hospitaliers proches de l’asphyxie.
En 2023, lors d’une journée d’activité moyenne, la moitié des patients a passé plus de 3h10 aux urgences pour une prise en charge complète. En 2013, cette durée n’était que de 2h15, soit près d’une heure de perdue en dix ans.
Pour obtenir ces résultats, la Drees a mené une enquête nationale sur 24 heures en collaboration avec des professionnels de santé, offrant une image précise de la réalité sur le terrain, à dix ans d’intervalle de l’édition précédente.
Une attente plus longue pour tous, sans exception
L’étude de la Drees révèle que cet engorgement n’est pas réservé aux cas complexes : il affecte l’ensemble des circuits de soins, du petit bobo à l’hospitalisation lourde. Le constat est clair, le temps passe moins vite à l’hôpital :
- Pour une consultation simple : Cela concerne près d’un patient sur cinq et représente un parcours court, sans examen technique ni soin particulier, et sans hospitalisation à la sortie. Comptez désormais 1h35 en moyenne pour la moitié d’entre eux, soit 20 minutes de plus qu’en 2013.
- Pour un parcours avec examens : Pour un patient sur trois, la prise en charge nécessite un recours au plateau technique (radiographie, scanner, analyses biologiques). Ici, le temps d’attente grimpe considérablement et atteint 3h55 minimum pour la moitié des patients, soit une hausse d’1h15 en dix ans.
- Pour les cas les plus graves (admissions en unité de courte durée) : Environ 9 % des patients sont admis en Unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) pour de la surveillance ou en attendant un lit. La moitié d’entre eux y passe plus de 17h30, soit une augmentation de 2h40.
- Pour les patients hospitalisés dans un autre service à la sortie : La durée totale de passage dépasse désormais les 6h30 pour la moitié d’entre eux, soit 1h45 de plus qu’il y a dix ans.
L’enfer de la « recherche de lit » et des pics d’affluence
Pourquoi une telle détérioration ? La Drees a minutieusement analysé chaque étape du parcours d’un patient, de l’enregistrement administratif à la sortie effective. Bien que le « tri » initial – l’évaluation par l’infirmier pour prioriser les urgences selon la gravité de l’état du patient – soit globalement rapide (moins de 8 minutes pour la moitié des arrivants), c’est après que la situation se complique.
Entre ce tri et le début effectif de la prise en charge médico-soignante, la moitié des patients attend moins de 16 minutes, mais un sur dix doit patienter plus de deux heures. Au total, entre le moment où vous présentez votre carte Vitale et le premier soin, plus de 2h30 s’écoulent pour les 10 % de patients les moins favorisés. Ce démarrage des soins est particulièrement retardé pour ceux qui arrivent en début d’après-midi, période où les services connaissent des pics de fréquentation, ainsi que dans les points d’accueil surchargés.
Le véritable goulet d’étranglement se situe à la fin du parcours : trouver un lit disponible pour hospitaliser le patient. Bien que la recherche prenne moins de 15 minutes pour la moitié des patients (un chiffre stable par rapport à 2013), la situation s’est considérablement détériorée pour les autres. Pour un patient sur dix, il faut désormais plus de 6h10 de démarches et d’attente pour qu’un lit se libère enfin dans l’hôpital, soit 2h20 de plus qu’il y a dix ans. Une double peine logistique qui s’intensifie le matin et affecte de manière particulièrement sévère les services surchargés, surtout ceux qui accueillent des personnes âgées.

