L’Enquête nationale 2026 : pessimisme et nostalgie chez les Belges
Antoine Gobert, employé âgé de 30 ans, déclare : « J’ai un salaire, mais il n’est pas mirobolant. Aujourd’hui, ce n’est pas vivre que nous faisons, c’est survivre. » En 2026, 69% des Bruxellois, 75% des Wallons et 64% des Flamands expriment un fort sentiment de crise concernant les perspectives économiques.
**Un sentiment de déclin économique et de régression sociale**
Sur le marché de Soignies, nous rencontrons Antoine Gobert, un employé de 30 ans qui travaille depuis l’âge de 15 ans. « J’ai un salaire, mais il n’est pas mirobolant. Aujourd’hui, ce n’est pas vivre que nous faisons, c’est survivre. Quand je discute avec mon papa, alors bien sûr l’époque n’est pas la même, mais il me disait qu’il travaillait, pouvait mettre de l’argent de côté et profiter de la vie. Ils savaient vivre à l’époque. Moi, je dois tous les mois aller piocher dans mon compte épargne pour payer mon loyer, mes factures et manger correctement. Honnêtement, c’est compliqué », confie-t-il.
Comme Antoine, de nombreux Belges ressentent ce même déclin économique. 61 % des Wallons et 57 % des Bruxellois estiment que la situation économique des gens comme eux s’est détériorée. En Flandre, plus de la moitié des sondés (52 %) partagent cet avis.
**Plus de 70 % des francophones estiment que la situation économique s’est détériorée**
Ce pessimisme s’est accentué depuis 2025, notamment en ce qui concerne le pouvoir d’achat. En 2026, 69 % des Bruxellois, 75 % des Wallons et 64 % des Flamands expriment un fort sentiment de crise. Dans chaque région, au moins deux tiers des personnes interrogées estiment que l’économie s’oriente dans la mauvaise direction.
« Auparavant, les gens comme moi étaient davantage intégrés à des communautés soudées », observe un nombre significatif de répondants. À cette affirmation, 63 % des Wallons et 55 % des Bruxellois estiment que les communautés se désagrègent et qu’eux-mêmes ainsi que leurs semblables en sont les victimes. Ce sentiment de régression sociale est légèrement moins développé en Flandre, où il atteint 54 %.
L’indice socio-économique des interrogés joue un rôle dans ces résultats : les personnes à faibles revenus se sentent beaucoup plus laissées pour compte que celles à revenus plus élevés, et ce dans tous les domaines.
**Un pessimisme ambiant qui mine l’avenir**
L’Enquête nationale révèle que la nostalgie renvoie à une perception d’un passé meilleur, alors que l’optimisme et le pessimisme concernent les attentes pour l’avenir. Comment les Belges envisagent-ils l’avenir ? Une majorité significative de la population a une vision sombre. 65 % des Flamands sont pessimistes, et ce chiffre atteint même les trois quarts chez les Bruxellois (74 %) et les Wallons (78 %).
Les Belges jugent que la situation actuelle est moins bonne qu’auparavant sous de nombreux aspects (nostalgie), mais beaucoup pensent que cela continuera de se détériorer à l’avenir.
« Ce qui nous marque dans cette enquête cette année, c’est cette impression que les gens ont. ‘Ça allait beaucoup mieux avant’, mais aussi qu’il n’y a pas de perspectives que ça va aller mieux à court terme. Donc nous ne sommes pas du tout dans un tableau très rose, tant en regardant en arrière qu’à présent ou vers l’avant. Plus les gens sont pessimistes, plus ils vont avoir tendance à affirmer qu’ils voteront probablement pour des partis qui critiquent radicalement le système, qu’il s’agisse du PTB au sud du pays ou du PVDA et du Vlaams Belang au nord du pays », explique Jean-Benoît Pilet, professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles, qui dirige l’Enquête nationale côté francophone.
Au total, les résultats sur le passé et l’avenir peignent un tableau sombre de la perception qu’ont les Belges de leur environnement.

