FranceSport

Roland-Garros 2026 : Moïse Kouame réussit une première épopée révélatrice

Moïse Kouame quitte Roland-Garros après sa défaite en quatre manches contre Alejandro Tabilo. À la fin du tournoi, Kouame sera classé autour de la 214e place mondiale.

De notre envoyé à Roland-Garros,

Comment qualifier un adolescent de 17 ans capable de sauver quatre balles de match au 3e tour d’un Grand Chelem en affichant un sang-froid impressionnant devant 10 000 personnes en effervescence ? Insouciant ? Inconscient ? Inébranlable ? Sans doute un peu tout cela. Moïse Kouame quitte Roland-Garros après sa défaite en quatre manches face à Alejandro Tabilo, mais il laisse derrière lui l’image d’un joueur dont la précocité impressionne déjà les meilleurs de son sport.

Il suffisait de voir le Chilien se laisser aller à la joie sur le dernier point du match, comme s’il venait de remporter le tournoi, pour comprendre à quel point Moïse Kouame a rendu la tâche difficile à son adversaire. Que serait-il arrivé si Tabilo avait entamé ce match avec plus de 1h53 de jeu à son actif, lui qui avait bénéficié de l’abandon de Vacherot au tour précédent ?

Kouame ressent un regret de ne pas avoir emmené Tabilo dans un 5e set

Mettre le 36e joueur mondial à l’épreuve sur le court Suzanne Lenglen à un si jeune âge n’est pas anodin. « J’avais vraiment envie d’essayer un autre match en cinq sets, surtout que je sentais que le public commençait à m’encourager de plus en plus. J’essayais de capter leur énergie positive. Ça n’a pas fonctionné, mais c’est une bonne leçon pour l’avenir, » a-t-il déclaré.

Dans les coulisses du court Suzanne Lenglen, Ivan Ljubicic, responsable du haut niveau à la FFT, est impressionné par la solidité de Kouame. « La façon dont il a géré l’expérience, les moments critiques, c’est vraiment très difficile. Normalement, il faut du temps pour apprendre à jouer dans ces situations. Mais lui, il possède déjà cette expérience, » a-t-il affirmé.

On avait promis de ne pas s’emballer au début du tournoi, mais ces qualités de résistance nous rappellent 2017 et l’émergence d’un jeune footballeur de Bondy, passé par l’AS Monaco. L’entraîneur de Kouame, Liam Smith, a évoqué récemment le « talent mental » de son protégé, et ce dernier en est bien conscient. « J’ai toujours su que j’étais quelqu’un de mentalement fort, que je ne renonçais jamais et que j’avais souvent réussi à renverser des matches dans ma jeunesse. Je savais que je pouvais le refaire à Roland-Garros. Ça n’a pas été loin. Je sais que c’est un atout que je peux utiliser, » a-t-il précisé.

Cette base solide est sans doute la plus importante au très haut niveau, mais elle n’exonère pas le jeune homme du travail. Contre Tabilo, entre un bon départ et une fin héroïque, il a connu des erreurs techniques préjudiciables, avec peu de premières balles (61 %) et encore moins de points gagnés derrière sa seconde (45 %), ainsi que trop de doubles fautes (11). « Mon service a peut-être été défaillant à certains moments du match. Mon coup droit aussi a fait des fautes qu’il ne fallait pas, » a-t-il reconnu. Ivan Ljubicic partage ce constat. « Il peut améliorer son déplacement, son service. Ce sont des éléments qu’il va apprendre et améliorer. »

« Passer de Roland-Garros à Lyon ne sera pas difficile »

Moïse Kouame aurait aimé se qualifier pour le deuxième semaine de Roland-Garros, mais il se contentera de ce troisième tour qu’il n’entend pas ruminer. Son esprit est déjà tourné vers le challenger de Lyon, où il disputera son prochain tournoi, sans craindre une baisse de forme après l’énergie qu’il a mobilisée sur le Lenglen. « Quand je suis passé de Monaco à un tournoi à 25 000 €, on m’avait demandé si la transition n’était pas difficile. J’avais dit que non, et j’ai gagné. Passer de Roland-Garros à Lyon ne sera pas compliqué car je joue chaque match comme si c’était le dernier, » a-t-il expliqué.

À la fin de ce tournoi, le Val-d’Oisien devrait se classer autour de la 214e place mondiale. Il ne serait pas surprenant d’apprendre dans les semaines à venir que son calendrier pourrait évoluer, étant donné tous les enseignements physiques (capacité à enchaîner deux matchs de quatre heures en 48 heures), techniques et psychologiques qu’il a tirés de son expérience à Roland. « Sa carrière est en train de prendre son envol, et je pense qu’il le comprend, » conclut Ljubicic. « Il a compris qu’il en est digne et qu’il fait partie de ce circuit. » Bienvenue Moïse. Nous sommes là pour t’accompagner.