« La chevelure, symbole des luttes féminines, selon la société »
Dans son autobiographie La Femme en moi, Britney Spears évoque sa décision de se raser le crâne comme un rejet des clichés associés à la féminité. Le recueil de nouvelles Chevelures, dirigé par Jessica Cymerman, aborde les luttes des femmes à travers le prisme de leur chevelure, avec un euro reversé à l’association « 125 et après » pour chaque livre acheté.
« J’ai été scrutée tellement souvent en grandissant. […] Me raser le crâne et agir de la sorte a été ma façon de rejeter ça ». Dans son autobiographie *La Femme en moi*, Britney Spears aborde les clichés qui ont fait le tour du monde, notamment ceux où elle se débarrasse d’un symbole largement associé à une féminité exacerbée : sa longue chevelure blonde. Ce moment marque également le début de la nouvelle fictive *Baby One More Time*, tirée du recueil *Chevelures*.
Ce livre est le résultat d’un projet collaboratif réunissant douze autrices, dont Adèle Bréau, Tonie Behar, Alix Girod de l’Ain et Jessica Cymerman. Elles explorent à travers leur écriture diverses luttes des femmes, souvent orientées vers l’émancipation, tout en s’intéressant à leur chevelure. Ce sujet, bien que léger en apparence, illustre en réalité de nombreuses injonctions sociétales et politiques imposées aux femmes, jalonnant chaque étape de leur vie.
### La romance pour faire passer un message fort
« Un jour, j’ai entendu une énième actualité sur une Iranienne qui avait été arrêtée à cause d’une mèche de cheveux, et je me suis dit qu’on marchait vraiment sur la tête », raconte la journaliste et écrivaine Jessica Cymerman, qui a supervisé l’écriture de ces nouvelles. Ce constat a inspiré la création de ce recueil, principalement fictif. « J’ai pensé qu’il y avait un truc à faire autour des cheveux des femmes, et j’ai eu envie d’aborder ce sujet par le biais de la romance. »
Bien que le choix du genre puisse surprendre, toutes les nouvelles s’ancrent « dans une réalité possible ». Trois d’entre elles s’inspirent même d’événements réels, à commencer par *Femme. Vie. Liberté* de Sarah Barukh, qui met en lumière le courage d’une Iranienne affichant sa chevelure en public. Pour Jessica Cymerman, la romance était un choix évident. « Par la fiction, on peut faire passer beaucoup de messages, parfois plus qu’à travers une enquête. Il y a des romans qui changent les points de vue. »
### « Une zone de contrôle du corps des femmes »
Les injonctions à la féminité sont nombreuses, ce qui amène à se demander pourquoi les aborder au travers des cheveux. « C’est assez curieux, les cheveux cristallisent les injonctions, plus que les seins, les fesses, ou la bouche d’une femme », estime l’écrivaine. « On les voit directement, et de loin, et c’est un langage. On les coupe, on les colore, on les cache, on les montre, on les lisse, on les boucle… C’est une zone de contrôle du corps des femmes, mais aussi de liberté. » Ce contrôle s’exerce dès le plus jeune âge, dicté par certaines normes sociales — les filles portent des cheveux longs et les garçons des cheveux courts.
À travers ces nouvelles, le cheveu est tour à tour symbole de rébellion, d’émancipation, de réappropriation, de désir ou d’aversion. Ainsi, on trouve une femme horrifiée à l’idée d’aller à une fête sans avoir teint ses racines dans *La Blancheur du Temps* de Dominique Dyens. Une autre est moquée pour sa chevelure flamboyante dans *Rousse* d’Alix Girod de l’Ain. De même, une femme choisit de couper sa longue chevelure, changeant sans le vouloir la vie d’un inconnu dans *Les Cheveux de Clara* d’Adèle Bréau. Toutes ces histoires montrent la volonté de ces femmes de briser les codes et les normes imposées.
### Pour la lutte contre les violences intimes
*Chevelures* vise à montrer que « la société essaie de tenir les femmes par les cheveux », même si les choses évoluent, lentement mais sûrement. « La société évolue et nous libère progressivement de ces injonctions, mais c’est un long chemin », explique Jessica Cymerman. L’écrivaine précise que si le recueil peut faire évoluer les mentalités, « tant mieux », mais cela n’est pas son objectif principal. Toutes les autrices participent de manière bénévole à ce projet pour une cause juste.
Pour chaque livre vendu, un euro est reversé à l’association « 125 et après », qui lutte contre les violences intimes. « L’association a été fondée par Sarah Barukh, qui a écrit l’une des nouvelles, et je trouve que c’est un prisme intéressant de parler des femmes sans réaliser un recueil uniquement sur les violences faites aux femmes », indique Jessica Cymerman, précisant que le sujet est abordé de manière détournée.

