Roland-Garros 2026 : Le tennis féminin français ne traîne-t-il plus sa peine ?
À Roland-Garros, les Bleues ne sont que deux à être sorties du premier tour, le plus faible total depuis 44 ans. Lois Boisson, blessée, va reculer aux alentours de la 150e place après sa défaite d’entrée mardi.
À Roland-Garros,
Pour être totalement transparent, cet article était prévu l’année dernière, alors qu’il ne restait qu’une seule joueuse française qualifiée après le deuxième tour de Roland-Garros. Mais comme cette dernière, Lois Boisson pour ceux qui ne l’ont pas suivie, a su nous faire vibrer jusqu’en demi-finale, il n’avait jamais été publié. Nous ne voulions pas gâcher l’ambiance.
Ce n’est pas grave, et c’est bien là le grand drame du tennis féminin français qui est toujours d’actualité pour cette édition 2026. En fait, la situation est même plus préoccupante : seules deux Françaises ont franchi le premier tour, le plus faible total depuis… 44 ans, à une époque où le tableau principal comptait 96 joueuses (contre 128 aujourd’hui).
Pour aggraver les choses, les éclaircies qu’apportent Elsa Jacquemot (67e) et Diane Parry (92e) auront fort à faire ce jeudi sur le Central pour atteindre le troisième tour. La mission est particulièrement difficile pour la première, qui fait face à Aryna Sabalenka, la numéro un du circuit ; la seconde a davantage de chances contre l’Américaine Ann Li (29e), sans pour autant être favorite.
Le fossé entre les juniors et le grand circuit
Si la logique devait malheureusement s’appliquer, cette édition 2026 rejoindrait celles de 1981, 1986, 2019 et 2023 dans les pires bilans de l’histoire du tournoi. Une récente acceleration du phénomène est à signaler. Les Françaises à Roland-Garros, c’est un peu comme la météo, ce qui était exceptionnel devient désormais la norme. Le fameux « trou dans la raquette » évoqué par Gilles Moretton lors de l’état des lieux de l’an dernier reste toujours d’actualité.
Une fois ce constat établi, que peut-on faire ? Depuis plus de dix ans, cette question se pose à chaque édition. Les dirigeants de la Fédération parlent de réformes, assurent que la relève est en route, et qu’il faut laisser le temps. Les résultats chez les jeunes ont toujours été bons – Clara Burel, Diane Parry et Elsa Jacquemot ont remporté le titre de championne du monde junior en 2018, 2019 et 2020, respectivement. Ksenia Efremova, une pépite de 17 ans, a remporté l’Open d’Australie junior en début d’année. C’est souvent lors du passage sur le circuit WTA que les difficultés apparaissent.
Question de maturité
Parmi les raisons de cette situation, il y a celles dont le fossé est trop grand sur le plan physique, celles qui ont des difficultés sur le plan mental, et celles qui se blessent au mauvais moment. « Quand on perd un match, on se fait fracasser par l’extérieur, » a illustré Jacquemot en début de tournoi. « Ce n’est pas évident. Chaque semaine, on encaisse une défaite, parfois avec très peu de victoires pendant certaines périodes. C’est un sport vraiment dur, vraiment ingrat. » L’année dernière, une « cellule expert » a été mise en place, dirigée par Ivan Ljubicic. Cette structure vise à aider les meilleurs espoirs à bénéficier de l’expérience de grands joueurs fraîchement retraités dans leur parcours vers le très haut niveau.
Pour la formation des filles, c’est Alizé Cornet qui s’en occupe. « Nous avons des joueuses super prometteuses et encore jeunes, » affirmait-elle récemment lors d’une conférence de presse. « J’entends souvent dire que le tennis féminin va très mal, mais donnons le temps à ces joueuses de s’épanouir. Le temps de maturité n’est pas le même pour chacune. Je vois l’investissement qu’elles mettent chaque jour dans leur carrière. »

Actuellement, il y a quatre Françaises dans le top 100 mondial. Cependant, malchance pour elles, les deux meilleures ont rencontré de sérieux problèmes de santé. Lois Boisson, blessée après son impressionnant parcours à Roland-Garros, a dû se résoudre à une coupure totale de sept mois, ne pouvant pas bénéficier des opportunités qui lui étaient offertes grâce à son ascension au 44e rang. Après sa défaite récente, elle va reculer aux environs de la 150e place.
Bien qu’elle puisse bénéficier d’un classement protégé sur huit tournois jusqu’en avril 2027, cette chute n’est pas sans conséquences pour sa progression. Pour rivaliser au plus haut niveau, il est essentiel d’accumuler les matchs dans les grands tournois, de consolider ses points forts et d’identifier ses points faibles.
Les incantations ne suffiront pas
Le même constat s’applique à Varvara Gracheva, frappée par une rupture des ligaments croisés fin mars, alors qu’elle était la numéro 2 française et 59e mondiale. Huitième de finaliste à Roland-Garros en 2024, quart de finaliste au Masters 1000 de Cincinnati l’année précédente, la joueuse d’origine russe mettra beaucoup de temps avant de retrouver une place dans le haut du classement. C’est aussi ce qu’a vécu Clara Burel, victime de la même blessure en avril 2025. Elle vient à peine de reprendre, et devra se battre pour remonter de sa 1483e place mondiale, elle qui avait intégré le top 50 fin 2024.
Il ne s’agit pas de dresser la liste de toutes celles qui ont connu des blessures, mais ces trois exemples illustrent qu’il est nécessaire d’avoir un enchaînement de facteurs favorables pour qu’une joueuse puisse s’imposer durablement. Peut-être que le prochain espoir se nomme Sarah Rakotomanga, 20 ans, qui a frappé un grand coup en septembre dernier en remportant son premier titre sur le WTA 250 de Sao Paulo, après un parcours atypique chez les juniors. Cornet exhorte :
« Il faut les pousser, rester positives, dans le bon état d’esprit. Ce n’est pas en les enfonçant, en répétant que le tennis féminin va mal qu’il va s’épanouir. Soyons dans un cercle vertueux. »
Cela peut aider, c’est vrai, mais les paroles seules ne suffiront pas non plus. L’année dernière, la jeune Carole Monnet (23 ans) nous avait impressionnés par la profondeur de sa réflexion sur ce sujet après son élimination au premier tour. Concernant ce qu’il faudrait améliorer, elle a évoqué quelques points :
L’accès aux courts
« À l’étranger, par exemple aux États-Unis, il existe des endroits avec des allées où huit courts sont accessibles au public, où chacun peut jouer à sa convenance. Chez nous, tous les clubs sont fermés. Il faut une licence, réserver un créneau. C’est très compliqué. »
L’éveil des vocations
« À Roland, on n’a pas le droit de filmer les coulisses, on ne peut rien montrer, et donc on ne peut pas créer de l’inspiration. Je trouve cela dommage pour les enfants, car dans n’importe quel autre sport, ils partagent ces moments, les coulisses, et comment cela se déroule. De manière générale, il manque de posters dans les clubs. On affiche toujours les mêmes personnes, les grands anciens. Ce serait bon de montrer la jeune de 10 ans qui a remporté le tournoi à côté. En fait, on ne valorise pas bien le tennis. »
Le développement de la pratique
« Aujourd’hui, on vante le padel. La Fédération en profite pour prétendre qu’elle attire des licenciés, mais si l’on ne compte pas le padel, je ne pense pas que ce soit le cas. Il y a de nombreux courts qui nécessitent des rénovations, mais on préfère construire des terrains de padel. C’est très bien le padel, mais c’est un sport différent. Il faut mieux prendre soin du tennis. »
Son propos pourrait presque servir de programme pour la présidence de la FFT. En attendant, le président a annoncé lors de la présentation du tournoi un vaste plan pour la terre battue, visant à permettre à un plus grand nombre de jeunes d’apprendre à jouer sur cette surface spécifique beaucoup plus tôt que ce qui se fait actuellement. Progressivement, les 5 000 courts en béton poreux construits dans les années 80 et 90 vont être transformés, augmentant le nombre de courts en terre à près de 10 000 (sur 31 000 au total en France).
Concernant la formation proprement dite des jeunes, le directeur du haut niveau Ivan Ljubicic a aussi pris la décision de dissocier la formation des garçons et des filles. « Nous faisions à peu près la même chose pour les deux, et cela ne fonctionnait pas très bien parce que les besoins sont différents, » a-t-il expliqué à nos confrères de L’Equipe. « Les filles sont plus precoces. »
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« Dans sept à dix ans, les choses devraient porter leurs fruits, » souhaite croire Gilles Moretton. « Il y a cinq ans, 240 filles étaient détectées dans nos territoires, avec parfois un niveau régional et non national. Aujourd’hui, nous en avons détecté près de 460, toutes d’un niveau national. » Encore un peu de patience, donc. Cela n’empêchera pas de garder un œil sur le Central tout au long de l’après-midi avec l’espoir d’assister à une belle surprise.

