Pourquoi les États-Unis épargnent-ils Volvo malgré leur blocage contre la Chine ?
Volvo a obtenu une dérogation officielle lui permettant de continuer à vendre ses modèles sur le marché américain, malgré le durcissement des réglementations des États-Unis sur les technologies chinoises dans les voitures connectées. En 2025, Volvo Car USA a écoulé 121 607 véhicules aux États-Unis, soit une baisse de 2,9 % par rapport à 2024.
Alors que les États-Unis renforcent leur réglementation sur les technologies chinoises dans les voitures connectées, Volvo a obtenu une dérogation officielle pour continuer à vendre ses modèles sur le marché américain. Comment le constructeur suédois, contrôle par le chinois Geely, a-t-il réussi cet exploit ?
Depuis le 17 mars 2025, sous l’administration Trump et poursuivant les actions initiées par le gouvernement Biden, le département américain du Commerce a imposé des restrictions sur l’importation de véhicules connectés intégrant des composants logiciels ou matériels d’origine chinoise (et russe, mais cela concerne moins l’industrie automobile).
L’objectif déclaré : réduire les risques associés à des équipements considérés comme exploitables par des gouvernements étrangers, que ce soit pour la collecte de données ou, dans les scénarios les plus préoccupants, pour prendre le contrôle à distance de flottes entières.
Ces restrictions s’appliquent aux logiciels pour les voitures commercialisées à partir de 2027 et aux composants matériels à partir de 2030.
Cependant, comme toute réglementation, celle-ci prévoit quelques adaptations. Volvo, la marque suédoise détenue par le groupe chinois Geely depuis 2010, a engagé un processus auprès de l’Office of Information and Communications Technology and Services (ICTS) pour obtenir une autorisation spécifique, qui lui a été accordée.
Le cas de Volvo est intéressant car il illustre plusieurs tensions simultanées. Bien que la marque présente un héritage scandinave et, par conséquent, européen, elle appartient depuis 15 ans à un groupe basé à Hangzhou. Deux de ses modèles vedettes (le XC60, son best-seller mondial, et le XC40) sont fabriqués en Chine. La marque dispose également d’un centre de design à Shanghai.
En d’autres termes, Volvo est structurellement ancrée en Chine. Sans cette dérogation, ses ambitions de développement aux États-Unis, un marché qu’elle cherche à solidifier, auraient été gravement compromises.
Volvo a su maintenir une image très européenne, se distanciant de l’étiquette « Made in China » qui peut encore nuire à certains fabricants.
La réglementation vise clairement les technologies chinoises pour des raisons de sécurité nationale. Toutefois, elle laisse également la possibilité d’exceptions au cas par cas, ce qui entraînera sans doute des demandes similaires de la part d’autres constructeurs.
On pense à Lotus, qui fait également partie du groupe de Volvo, ou à Stellantis, qui a établi plusieurs partenariats avec des entreprises chinoises comme Leapmotor et Dongfeng, dont les technologies pourraient éventuellement être intégrées dans ses marques américaines telles que Chrysler ou Dodge.
Il est à noter que les règles ne ciblent pas toutes les fonctions connectées : les systèmes d’aide à la conduite dits « simples » (régulateur de vitesse, maintien dans la voie, etc.) ne sont pas inclus, contrairement aux modules de conduite autonome et aux connectivités cellulaires, Wi-Fi ou satellitaires. Le périmètre présente encore de nombreuses zones d’incertitude.
Pour Volvo, cette autorisation est une véritable bouffée d’air : les États-Unis ont toujours été l’un de ses principaux marchés, bien que les volumes aient diminué ces deux dernières années. Selon Volvo Car USA, le constructeur a vendu 121 607 véhicules aux États-Unis en 2025, soit une baisse de 2,9 % par rapport à 2024.
La situation demeure cependant fragile : les règles définitives ne sont pas encore pleinement en vigueur, et le contexte géopolitique des relations sino-américaines ne favorise pas une ambiance sereine, même si la rencontre de fin octobre 2025 entre Xi Jinping et Donald Trump à Busan s’est déroulée sans tensions majeures.

