France

Annabelle piégée par son voisin lors d’un rendez-vous.

Annabelle emménage à Metz en septembre 2020 et ne connaît pas la ville ni personne sur place. Lors d’un dîner organisé par son voisin, elle réalise qu’il n’y a pas d’autres invités et qu’il tente de la manipuler.


Lorsqu’elle s’installe à Metz en septembre 2020, Annabelle vit des moments difficiles. À 21 ans, l’étudiante vient de rompre avec son petit ami avec qui elle était en couple depuis quatre ans. Elle ne connaît pas la ville où elle débute son master et n’a, pour l’instant, aucun ami.

Quelques jours après son installation, elle rencontre un jeune homme dans les escaliers de son immeuble. Ce jeune homme lui demande où elle habite. Ils réalisent qu’ils sont voisins de palier. Le lendemain, l’étudiant frappe à sa porte et l’invite à une soirée qu’il organise le vendredi suivant pour accueillir les nouveaux arrivants de la résidence. « Je n’avais aucune envie de sortir mais je me suis dit que je n’allais pas rester à me morfondre pendant des mois », se remémore Annabelle, six ans plus tard. « Alors je me suis donné un coup de pied aux fesses et j’ai accepté l’invitation. »

La soirée arrive. Elle sort de son appartement, fait quelques pas et frappe à la porte de son voisin. « Il m’ouvre et j’ai encore l’image en tête. Je vois deux chaises autour d’une table avec les couverts pour deux personnes. L’ambiance est très tamisée. Un dîner aux chandelles. Un cliché. » Annabelle se demande si elle ne s’est pas trompée de date, mais son voisin lui explique que tous les autres invités ont annulé et la remercie d’être venue.

« Quand il a fermé la porte, j’ai eu l’impression de rentrer dans la gueule du loup. Je n’avais plus la possibilité de faire marche arrière. » Au début, l’étudiante ne pense pas que son voisin puisse mentir, mais ses paroles commencent rapidement à éveiller ses soupçons. Le jeune homme dit avoir cuisiné toute l’après-midi : entrée, plat, fromage et dessert. Il porte une chemise blanche et un pantalon à pinces. « J’ai compris que c’était un traquenard. »

Le jeune homme a cuisiné pendant des heures, et Annabelle n’ose pas quitter les lieux. « En tant que femme, on nous apprend à être polie et à ne pas faire de vagues alors je me suis dit que je devais rester. » Elle s’assoit sur la chaise, mais la panique s’empare d’elle. « J’ai pensé qu’il avait pu glisser quelque chose dans mon verre et je me suis demandé s’il n’allait pas m’arriver quelque chose de grave. » Annabelle envisage plusieurs stratégies, refuse de boire de l’alcool et tente d’envoyer des messages à ses nouvelles camarades de master. « J’étais tellement conditionnée que je n’osais même pas utiliser mon téléphone devant lui, de peur de le froisser. »

« Foutue pour foutue », elle décide de faire connaissance avec son voisin qui s’avère être « très centré sur lui ». « Il essayait de m’apprendre la vie et se mettait beaucoup en avant. C’était mi-maladroit mi-macho. Bref, le dîner a été très long. » Au bout de deux heures de supplice, Annabelle essaie de partir, mais son voisin lui propose de regarder un film. Elle ne sait « pas quoi dire » et se retrouve sur le canapé.

« J’ai eu l’impression que ça durait une éternité. » Elle se recule au bout du canapé, le plus loin possible de son voisin. L’homme utilise alors des stratagèmes. « Il allait chercher un verre d’eau et s’asseyait plus près de moi lorsqu’il revenait. À l’inverse, je m’enfonçais encore plus dans le canapé. » Plus insistant, il glisse sa main sur la cuisse de sa voisine, qui la retire immédiatement. Une tentative qu’il renouvellera. « Au bout d’un moment, je suis allée aux toilettes juste pour réfléchir à comment sortir de cette situation. J’ai eu l’impression que ça durait une éternité. » Quand le générique de fin apparaît enfin, Annabelle, soulagée, quitte l’appartement.

« À peine la porte de chez moi franchie, je reçois un pavé de sa part par texto. Il avoue qu’il n’avait pas organisé de soirée, me déclare sa flamme et me dit qu’il a adoré ce moment. » Cordiale, Annabelle décide de « stopper le truc direct » et lui répond que ses sentiments ne sont pas réciproques.

Les invitations à goûter, boire un verre ou se promener s’accumulent. « Malgré mes refus, il réessayait à chaque fois quelques semaines plus tard. » Un soir, elle le croise avec une femme dans la cage d’escalier. Elle reçoit immédiatement un message lui indiquant “ce n’est pas ce que tu crois. Je ne suis pas en couple”.

Avant de sortir de chez elle, Annabelle vérifie parfois que la porte de son voisin n’est pas entrouverte. Elle jette un œil par le judas lorsqu’elle entend du bruit sur le palier, « plus par gêne que par peur », assure-t-elle. « Je me suis rendu compte qu’il n’était pas méchant ou agressif, mais maladroit et malhonnête. » Lorsqu’elle le croise sur le campus, elle voit surtout un « pauvre type ».

« Avec le recul, je trouve ça dégueulasse d’avoir imposé un rendez-vous au lieu de demander avec le risque de recevoir un refus. » Désormais engagée dans le féminisme, la jeune femme estime que c’est à cause, ou grâce, à ce type d’épisodes qu’elle s’est impliquée.