France

Procès en appel du financement libyen : Nicolas Sarkozy ne lance pas son ultime cri du cœur.

Le procès en appel de Nicolas Sarkozy s’est achevé ce mercredi, après trois mois d’audience. La décision a été mise en délibéré au 30 novembre prochain.

A la cour d’appel de Paris,

Dans l’atmosphère lourde de la première chambre de la cour d’appel de Paris, la tension est palpable. Les avocats de Nicolas Sarkozy se sont succédé pour défendre l’ancien président, dont le procès en appel s’est terminé ce mercredi. À 17h30, le président de la cour, Olivier Géron, l’invite à prendre la parole une dernière fois. Vêtu d’un costume sombre, d’une chemise blanche et d’une cravate noire, l’ex-président se lève et s’avance vers la barre. « Cette affaire du prétendu financement libyen de ma campagne a commencé dans le mensonge et dans le complot. Elle doit finir dans la vérité, dans la transparence », déclare-t-il.

« Depuis 14 ans, j’ai répondu sans relâche, à en devenir fou, à toutes les questions, à toutes les investigations, à toutes les enquêtes », poursuit Nicolas Sarkozy, qui souligne s’être « battu » et avoir dépensé beaucoup d’« énergie » pour prouver son innocence. « J’ai assumé, j’ai argumenté, ma vie a été scrutée, mais rien n’a été trouvé. Mais ce n’est pas suffisant. » Le prévenu, condamné en première instance à cinq ans d’emprisonnement ferme, a vécu ces trois mois d’audience comme « une nouvelle épreuve ». « Il y a eu des moments difficiles, insiste-t-il, lui qui a déjà passé une vingtaine de jours en détention à la prison de la Santé. Ce n’est pas un procès historique, ce n’est pas un roman, c’est ma vie. »

« Maintenant je vais attendre »

Nicolas Sarkozy saisit cette occasion pour s’en prendre aux avocats généraux qui ont requis, le 13 mai dernier, une peine de sept ans de prison contre lui. S’adressant à ces magistrats qui l’ont « blessé », il assure que son élection n’était pas « biaisée » : « J’ai rassemblé plus de 53 % des 37.350.000 Français qui se sont déplacés pour voter à la présidentielle en 2007. Je sais qu’ici on ne fait pas de politique mais je me permets de répondre. » Il jure n’avoir jamais « trahi la confiance des Français » et ne pas avoir été un « président sous influence étrangère ».

Par moments, sa voix trahit son émotion. « C’est le combat de ma vie », martèle Nicolas Sarkozy, qui ne « demande qu’une chose » : « être traité comme n’importe qui, être jugé pour ce que j’ai fait, pas ce que je suis ». Puis il se tourne vers le président de la cour d’appel. « Je vous le dis droit dans les yeux, je tiens à mon pays et je ne peux pas croire que dans la France de 2026, un homme soit condamné à sept ans de prison pour des faits qu’il n’a pas commis et contre lesquels, après 14 ans d’enquête, il n’y a aucune preuve. »

Pour Nicolas Sarkozy, ces 11 semaines d’audience n’ont pas été une simple routine. « Je ne suis pas venu ici comme au bureau, je suis venu ici comme on va à un chemin de croix », confie-t-il, assurant avoir tout fait pour « essayer d’être digne et d’être vrai ».

« Des hypothèses bancales »

En à peine dix minutes, Nicolas Sarkozy s’est montré plus percutant que ses propres avocats. Dans la matinée, Me Christophe Ingrain a tenté de démontrer que le dossier était un « échafaudage d’hypothèses » et un « roman grotesque » contre l’ancien président. « En l’absence de toute preuve, on ne condamne pas sur une hypothèse », a-t-il plaidé. Son confrère, Me Tristan Gautier, a critiqué les flux financiers suspects révélés par l’enquête. « Pas un centime d’argent libyen n’a alimenté la campagne de 2007 et rien ne peut le contredire », a-t-il répété.

Dans l’après-midi, Me Sébastien Schapira a qualifié les réquisitions du ministère public de « fondées sur des hypothèses bancales ». « Et le mot est faible, pour un prétendu pacte scellé il y a 20 ans. » L’avocat a affirmé que « quand on est aux portes de l’Élysée et qu’on se met dans un pacte faustien entre les mains d’un fou furieux – on est d’accord pour dire qu’au-delà d’être un dictateur sanguinaire, M. Kadhafi est incontrôlable, alors il faut être fou soi-même. »

La décision a été mise en délibéré au 30 novembre prochain. « C’est émouvant pour moi, car maintenant je vais attendre », confie l’ex-président. « Pas comme un ancien président de la République mais un homme qui va se demander tous les jours en se réveillant, tous les soirs en se couchant : est-ce que je vais y retourner ? »