Procès des violences sexuelles à l’école Baudin : mille façons dont les enfants « parlent »
Jean, âgé de 4 ans, n’a pas formellement désigné d’agresseur lors de son audition par la brigade des mineurs. David G., âgé de 36 ans, est mis en cause pour des agressions sexuelles sur cinq enfants entre septembre 2024 et avril 2025, et a été suspendu à ce moment-là.
Il pleurait dès qu’il devait rester au périscolaire et souffrait de maux de ventre si intenses qu’ils ont nécessité des passages aux urgences, selon son avocate. Pourtant, le petit Jean*, âgé de 4 ans, n’a pas désigné formellement d’agresseur lors de son audition par les enquêteurs de la brigade des mineurs. Convoqué suite aux plaintes accumulées contre son ancien animateur scolaire pour agressions sexuelles sur des élèves qu’il encadrait à l’école maternelle Alphonse-Baudin, à Paris, entre septembre 2024 et avril 2025, Jean a simplement déclaré qu’il « n’aimait pas le goûter à l’école, car il n’aimait pas que son zizi devienne tout dur ». Toutefois, son corps a exprimé des souffrances, tout comme ceux de huit autres enfants dont les témoignages ont été présentés ce mardi après-midi au tribunal judiciaire de Paris, à l’occasion du premier procès public depuis l’éclatement du scandale de violences sexuelles dans le périscolaire de la capitale.
David G., âgé de 36 ans et journaliste free-lance, est accusé d’agressions sexuelles sur cinq enfants ainsi que de harcèlement sexuel à l’encontre de deux de ses collègues animatrices. Quatre familles l’accusent également d’agressions sexuelles sur leurs enfants et ont demandé à comparaître par citation directe. Les faits se seraient déroulés entre la rentrée de 2024 et avril 2025, date à laquelle David G. a été suspendu. Les enfants témoignent pêle-mêle que l’homme leur aurait « touché le sexe malgré un refus », fait des « guillis sur le zizi » à la cantine, une autre évoque qu’il lui a touché les fesses avec une cuillère dans la bibliothèque, et une autre encore qu’on lui a touché la « foufoune » et les « fesses ».
Au-delà de leurs mots, qui désignent pourtant clairement l’animateur, c’est leur corps qui s’exprime. Anne, selon sa mère, éprouve des difficultés à aller aux toilettes. Elle fait des crises pour s’y rendre et a développé de l’encoprésie et de l’énurésie, se déféquant et urinant régulièrement sur elle-même alors qu’elle était propre auparavant. Ces symptômes sont souvent liés à des facteurs psychologiques, notamment aux violences sexuelles. Concernant l’encoprésie, l’enfant touché dans son intimité se retient d’aller à la selle, puis finit par tout « lâcher » sans contrôle.
Lorsque sa mère a appris que l’animateur était suspecté, elle a interrogé tranquillement sa fille dans le bain, posant « des questions ouvertes » : « Je lui ai juste demandé si elle l’aimait bien. Elle m’a dit « il fait des caresses à moi ». Elle a ajouté qu’il lui faisait des « boutons », partout, sur la zézette, des bisous sur la bouche, qu’il l’aimait, qu’elle l’aimait. Elle a dit à sa psy qu’il avait « touché à sa zézette. » » Plus tard, il a été révélé que David G. savait très bien ce que signifiait « bouton ». En audition, il a répondu : « ah oui elle veut dire « poutou » », souligne l’avocate de la petite fille, Rebecca Royer, durant sa plaidoirie.
L’avocate a également mis en avant la souffrance des enfants : l’état de « tristesse incontrôlable » de Béatrice, une enfant qui était auparavant joyeuse. La « rétention d’urine » d’Amélie et les « infections urinaires » d’Anne. Les « crises de colère » soudaines chez Mirza, qui se met en position fœtale sous la couverture et hurle après les révélations. Le « sexe rouge et irrité » d’Aurélie, qui « s’essuie de manière frénétique, refuse brusquement de se doucher, a des cauchemars constants, une perte d’appétit, ce qui l’amène chez un médecin, des crises de larmes incessantes, une fatigue extrême, et un comportement très sexualisé ».
« Monsieur le président, ce que vous venez d’entendre, ce sont leurs voix », déclare Rebecca Royer, exhortant le magistrat à « croire » ces enfants, car « à leur âge, un enfant ne fabrique pas un mensonge judiciaire : il ressent, il subit, et parfois il exprime. Et ce qu’ils expriment converge. David G. a commis durant plusieurs mois des agressions sexuelles sur des enfants de maternelle. » Elle ajoute : « Cela ne peut pas être le fruit du hasard, cette convergence est la marque d’une réalité commune. »
En face, David G. s’est souvent enfermé dans ses contradictions, clamant qu’il n’était « pas concerné par les faits ». « J’ai toujours eu ma limite, malgré ma maladresse d’animateur », avoue-t-il. Lorsque le juge l’interroge sur le fait de savoir s’il a déjà « aidé un enfant à faire pipi », le rassurant sur le fait qu’un tel acte n’était pas une agression sexuelle, il répond : « Cela peut être mal interprété. La moindre chose peut paraître comme déplacée. »
Tous ces symptômes d’enfants peuvent-ils être totalement indépendants du comportement de David G. ? Le juge ne perd pas de vue cette hypothèse, qu’il pèse sans cesse. À une mère, il reprochera d’avoir dit qu’on ne dit pas à son enfant que « c’est très grave ce que cet animateur a fait » : « il est important de présenter la chose avec la présomption d’innocence, sinon cela peut influer sur l’enfant. »
David G. ne semble regretter que ses agissements envers ses deux collègues, dont il est aussi suspecté d’avoir agressé sexuellement. Les deux femmes animatrices ont décidé de porter plainte après avoir pris connaissance des accusations contre leur ancien collègue au sujet des enfants.
« Quand j’ai appris, c’est tout un iceberg qui m’est tombé dessus », avoue l’une d’elles. « Je me suis dit que si je ne le faisais pas pour moi, je le faisais pour les enfants. »
Peu de temps avant, rassemblés devant le tribunal, l’une des porte-parole du collectif MeTooEcole demandait un « électrochoc national ». « Les prédateurs changent d’école plus vite que les procédures n’avancent », était écrite sur la pancarte d’un des parents.
Trois ans de prison, dont un an ferme sous bracelet, ont été requis contre David G. pour des faits concernant trois enfants, le parquet considérant que les agressions sexuelles n’étaient pas établies pour les autres. « Nous sommes évidemment déçues » par ces réquisitions, ont déclaré à 20 Minutes Rebecca Royer et son associée Hannah Kopp. La décision est attendue le 7 juillet.
*Tous les prénoms des enfants ont été modifiés

