Les enquêtes de l’Iace : « Reprise économique en période d’incertitude »
L’Institut arabe des chefs d’entreprises (Iace) dresse un état des lieux des principaux défis économiques auxquels la Tunisie est confrontée, mettant en lumière les limites de la résilience tunisienne et les conditions indispensables pour relancer durablement la croissance. Selon l’Iace, la Tunisie demeure confrontée à un déficit courant persistant, aggravé par le ralentissement des exportations dans certains secteurs stratégiques.
Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, une volatilité des marchés mondiaux et des fragilités internes persistantes, l’Institut arabe des chefs d’entreprises (Iace) évalue les principaux défis économiques auxquels la Tunisie fait face. Entre pressions sur les finances publiques, ralentissement de l’investissement, vulnérabilités extérieures et nécessité de réformes structurelles, l’étude met en avant les limites de la résilience tunisienne et les conditions indispensables pour relancer durablement la croissance.
L’économie mondiale traverse aujourd’hui une phase de mutations profondes, avec une aggravation des tensions géopolitiques, une fragmentation du commerce international et une forte volatilité des marchés financiers et énergétiques. Selon l’analyse récemment publiée par l’Institut arabe des chefs d’entreprises (Iace), cette nouvelle configuration mondiale exerce une pression croissante sur les économies vulnérables, dont celle de la Tunisie.
L’étude souligne que les tensions persistantes au Moyen-Orient, la volatilité des marchés énergétiques et le durcissement des politiques monétaires internationales ont profondément modifié les équilibres économiques mondiaux. La hausse des coûts de financement, la volatilité des prix de l’énergie et les perturbations des chaînes logistiques internationales affectent directement les économies importatrices, dépendantes des marchés extérieurs.
Pour la Tunisie, ces évolutions exacerbent des déséquilibres déjà existants. Le pays reste fortement dépendant des importations d’énergie et de produits alimentaires, ce qui expose ses finances extérieures aux fluctuations internationales.
L’Iace estime que l’économie tunisienne continue de fonctionner dans un environnement macroéconomique fragile. Malgré quelques signes de résilience, plusieurs indicateurs restent préoccupants, notamment le déficit commercial, les pressions budgétaires et la faiblesse des investissements. Les réserves en devises sont sous pression dans un contexte de hausse des importations et de besoins de financement extérieur importants. L’Institut rappelle également que la Tunisie fait face à un déficit courant persistant, aggravé par le ralentissement des exportations dans certains secteurs stratégiques.
La hausse des coûts énergétiques constitue un facteur de vulnérabilité majeur. Les tensions géopolitiques dans certaines régions stratégiques, notamment au Moyen-Orient, pourraient engendrer une nouvelle flambée des prix du pétrole et alourdir la facture énergétique du pays. À cela s’ajoutent les contraintes liées au financement de la dette publique et à la mobilisation des ressources budgétaires. Dans un contexte d’accès limité aux marchés financiers internationaux, la gestion des finances publiques devient de plus en plus complexe. L’enquête de l’Iace met toutefois en évidence une certaine capacité de résilience du secteur privé tunisien. Malgré un environnement difficile, une part significative des entreprises interrogées affirme avoir atteint ses objectifs de rentabilité, traduisant une certaine résilience du tissu économique. Cependant, cette résilience demeure fragile. Les dirigeants interrogés soulignent un climat d’incertitude, marqué par des lourdeurs administratives, une instabilité réglementaire et un manque de visibilité économique.
Selon l’Iace, cette situation pousse de nombreuses entreprises à adopter des stratégies prudentes, favorisant l’optimisation des activités existantes plutôt que les investissements dans la diversification ou l’innovation. Les investissements sont principalement concentrés sur le renouvellement des équipements existants, tandis que les projets d’innovation et de diversification restent limités dans un contexte d’incertitude persistante. L’Institut souligne également que plusieurs obstacles structurels continuent de freiner l’investissement privé, notamment les difficultés d’accès au financement, la concurrence du secteur informel, la complexité administrative et l’insuffisance de certaines infrastructures.
L’étude insiste aussi sur les limites de l’écosystème économique tunisien en matière d’innovation et de productivité. Malgré l’existence de compétences et d’un tissu entrepreneurial relativement diversifié, les mécanismes de soutien à l’innovation restent encore insuffisants. L’Iace note qu’il existe une articulation encore limitée entre les universités, les centres de recherche et les entreprises. Cette situation freine le développement des technologies à forte valeur ajoutée et limite les capacités de transformation productive de l’économie tunisienne. Le manque de visibilité économique et réglementaire réduit également la capacité des entreprises à engager des projets à moyen et long terme. Dans ce contexte, les stratégies de montée en gamme et de diversification restent limitées. L’économie informelle constitue un frein important à l’amélioration de la compétitivité. Selon l’Institut, cette concurrence parallèle pèse sur les marges des entreprises formelles et réduit les incitations à investir dans l’innovation ou l’amélioration de la qualité. Face à ces défis, l’Iace plaide pour l’accélération des réformes structurelles afin de renforcer la résilience de l’économie tunisienne et restaurer la confiance des investisseurs. L’Institut recommande notamment de stabiliser le cadre réglementaire et fiscal pour offrir davantage de visibilité aux acteurs économiques. La simplification administrative et la réduction des délais liés aux procédures figurent également parmi les priorités mises en avant.
Le développement des mécanismes de financement productif apparaît comme un enjeu central. L’Iace insiste sur la nécessité de faciliter l’accès au crédit pour les entreprises innovantes et les projets à forte valeur ajoutée.
Par ailleurs, l’Institut appelle à renforcer les investissements dans les infrastructures, la modernisation technologique et la transition énergétique afin d’augmenter la compétitivité du tissu économique.
L’amélioration de la gouvernance économique et la digitalisation de l’administration figurent également parmi les leviers identifiés pour réduire les coûts de conformité et fluidifier l’environnement des affaires.
Pour l’Iace, la Tunisie conserve plusieurs atouts importants, comme la diversification relative de son économie, sa proximité avec le marché européen et certaines compétences industrielles et technologiques reconnues. Cependant, l’Institut estime que la reprise économique dépend étroitement de la capacité du pays à engager des réformes cohérentes et à restaurer la confiance des acteurs économiques. Dans un environnement mondial de plus en plus instable, la résilience économique ne pourra reposer uniquement sur des mesures conjoncturelles. Elle nécessite une stratégie de transformation plus profonde, centrée sur l’investissement productif, l’innovation, l’amélioration de la compétitivité et le renforcement des capacités institutionnelles. L’Iace considère ainsi que les prochaines années seront déterminantes pour la Tunisie, qui devra arbitrer entre la gestion des urgences économiques immédiates et la création des conditions pour une croissance plus durable et inclusive.

