International

Italie : le pape confronté au « Triangle de la Mort » pollué

Le pape Léon XIV s’est rendu le samedi 23 mai à Acerra, près de Naples, au cœur de la « Terre des feux », territoire ravagé par des décennies de décharges illégales contrôlées par la mafia. Cette visite intervient au 11e anniversaire de l’encyclique Laudato Si’, un manifeste historique du pape François sur la protection de l’environnement.


Le pape Léon XIV s’est déplacé le samedi 23 mai à Acerra, près de Naples, au cœur de la « Terre des feux » (également désignée comme le « Triangle de la mort »), une région éprouvée par des décennies de décharges illégales contrôlées par la mafia, entraînant une pollution massive qui nuit aux habitants.

Située entre Naples et Caserte, cette zone du sud de l’Italie, avec près de trois millions d’habitants, doit son surnom aux nombreux sites d’incinération à ciel ouvert de déchets industriels (souvent importés du nord de l’Italie) qui y prospèrent. Depuis des décennies, les sols, les nappes phréatiques et l’air y sont contaminés par des métaux lourds, des dioxines et des particules fines. Les conséquences sur la santé sont particulièrement préoccupantes, avec des taux de cancers dépassant la moyenne nationale. Dans un premier discours, le pape a dénoncé « un mélange mortel d’intérêts obscurs et d’indifférence envers le bien commun, qui a empoisonné l’environnement naturel et social ».

« Le pape est peut-être le seul capable de réveiller un peu la conscience de toutes ces personnes qui ont fait du mal à ce territoire », a déclaré Giuseppina De Francesco, 60 ans, une fidèle de ce diocèse, auprès de l’AFP.

Cette visite revêt une importance particulière, car elle coïncide avec le 11e anniversaire de l’encyclique Laudato Si’, un manifeste historique du pape François sur la protection de l’environnement. La « Terre des feux » est utilisée comme décharge et site d’incinération illégale depuis la fin des années 1980. Au lieu de payer des sommes exorbitantes pour le traitement légal de leurs déchets toxiques, des entreprises ont versé à la mafia locale de la Camorra une part du coût pour se débarrasser de tout, des plaques d’amiante brisées aux pneus de voiture en passant par des conteneurs de colle industrielle.

Depuis 2013, plusieurs enquêtes parlementaires ont mis en lumière la négligence des autorités et, dans certains cas, leur complicité. « Dans la vie, nous comprenons que plus une beauté est fragile, plus elle exige d’attention et de responsabilité », a déclaré le pape. « Voilà, mes très chers, la raison principale de ma présence aujourd’hui à Acerra : confirmer et encourager ce sursaut de dignité et de responsabilité que tout cœur honnête ressent lorsque la vie naît et se trouve aussitôt menacée par la mort », a poursuivi Léon XIV devant les fidèles.

« Cette terre a payé un lourd tribut, elle a enterré nombre de ses fils, elle a été témoin de la souffrance d’enfants et d’innocents », a ajouté le pape américain devant une foule estimée à environ 15 000 personnes par les autorités locales. Léon XIV a enfin souhaité « remercier ces pionniers qui, grâce à leur engagement courageux, ont été les premiers à dénoncer les maux de cette terre et à attirer l’attention sur la réalité occultée et niée de son empoisonnement : je pense en particulier aux membres des associations écologistes ».

Depuis son élection en mai 2025, Léon XIV a montré un intérêt particulier pour les questions environnementales, suivant les traces de son prédécesseur argentin. Cette visite fait partie d’une série de déplacements estivaux en Italie, incluant une étape sur l’île méditerranéenne de Lampedusa en juillet.