L’administration Trump dénonce une justice « instrumentalisée » et crée un fonds embarrassant.
Le ministère américain de la justice a rendu public un projet visant à créer « un processus systématique pour examiner et réparer les préjudices subis par les personnes victimes d’instrumentalisation de la loi et de harcèlement judiciaire ». Dans ce cadre, Todd Blanche, procureur général des États-Unis par intérim, a déclaré que « l’appareil d’État ne doit jamais être instrumentalisé contre aucun Américain, et le ministère entend réparer les injustices commises et veiller à ce que cela ne se reproduise plus jamais ».
C’est une publication émanant du ministère de la Justice des États-Unis qui a rendu public ce projet en début de semaine. Le document est clair : il vise à établir « un processus systématique pour examiner et réparer les préjudices subis par les personnes victimes d’instrumentalisation de la loi et de harcèlement judiciaire ».
Todd Blanche, procureur général des États-Unis par intérim depuis avril, déclare que « l’appareil d’État ne doit jamais être instrumentalisé contre aucun Américain, et le ministère a l’intention de réparer les injustices commises et de veiller à ce que cela ne se reproduise plus jamais ». Todd Blanche est un proche de Donald Trump, ayant été son avocat personnel dans plusieurs affaires pénales, notamment celle des paiements à l’actrice de films pour adultes Stormy Daniels.
Ce fonds doit être alimenté à hauteur de 1,776 milliard de dollars, une référence à l’année de la déclaration d’indépendance des États-Unis : 1776. En somme, cette somme est destinée à « réparer » ce qui est perçu comme des « préjudices » subis par des partisans de Donald Trump poursuivis par la justice durant la présidence de Joe Biden.
Beaucoup d’indices dans la définition de ce fonds laissent penser que des émeutiers du Capitole pourraient demander à être indemnisés. Le 6 janvier 2021, des milliers de partisans de Donald Trump ont pris d’assaut le siège de la Chambre des représentants et du Sénat des États-Unis avec une violence inouïe pour tenter d’interrompre la validation de la victoire du démocrate Joe Biden.
Cette semaine, le vice-président des États-Unis, JD Vance, a déclaré que « les personnes qui recevraient cet argent sont des individus qui ont été poursuivis de manière tout à fait disproportionnée par rapport aux crimes qu’ils ont commis ». Or, peu après sa prestation de serment, Donald Trump avait accordé le pardon présidentiel à environ 1500 personnes impliquées dans cette attaque, arguant qu’elles avaient été condamnées de manière injuste. Lors de sa campagne électorale, Trump avait souvent désigné ces émeutiers comme des « otages ».
Certains de ces insurgés ont exprimé leur intention de demander une « indemnisation ». C’est le cas d’Enrique Tarrio, le leader des Proud Boys, un groupe néofasciste pro-Trump dont des membres étaient présents au Capitole. Condamné à 22 ans de prison pour « conspiration séditieuse » dans le cadre de l’attaque, il a déclaré à CBS News qu’il allait solliciter le fonds, affirmant : « Je n’étais pas là ce jour-là. J’ai été pris pour cible. Et je crois fermement que ce fonds me concerne ».
Daniel Goldman, représentant démocrate de New York à la Chambre des représentants, a réagi en déclarant : « Créer un fonds opaque pour les accusés du 6 janvier qui ont participé à l’émeute, envahi le Capitole et blessé gravement environ 140 policiers, est une atteinte à toutes nos valeurs ». Selon lui, « Ils savent très bien qu’ils peuvent recourir à la violence en soutien à Donald Trump sans être punis ». Il a souligné qu’il y avait maintenant « une sorte de milice en attente, prête à intervenir si nécessaire, peut-être dès novembre 2026 », lors des élections de mi-mandat aux États-Unis.
Quelques policiers de Washington, ayant participé le 6 janvier 2021 à la protection du Capitole, jugent inacceptable l’idée que les assaillants puissent bénéficier d’argent public. Harry Dunn et Daniel Hodges, qui ont porté plainte contre Trump, s’interrogent : « Pourquoi devrions-nous payer des gens pour avoir attaqué le Capitole, menacé de tuer le vice-président et tenté d’empêcher le transfert du pouvoir ? ». Ils critiquent également la composition du comité chargé de gérer le fonds, notant qu’il sera composé de cinq membres nommés par le procureur général, dont l’un sera choisi en concertation avec les dirigeants du Congrès. Dunn souligne que ce comité ne sera pas neutre et que Blanche agit sur ordre de Trump, ce qu’il considère comme « une incitation à la violence ».
La création de ce fonds suscite également l’ire de certains élus républicains, notamment de Thom Tillis, qui déclare : « Ces gens ne méritent pas d’indemnisation. Beaucoup d’entre eux méritent d’être en prison ». Susan Collins, sénatrice du Maine, s’est montrée prudente : « Je ne pense pas que des personnes reconnues coupables d’actes de violence contre des policiers le 6 janvier aient droit au remboursement de leurs frais juridiques ».
D’après le New York Times, des sénateurs républicains ont exprimé leur colère face à ce fonds lors d’une confrontation avec Blanche, indiquant que cette question provoquait une fronde au sein de leur parti. Plus de la moitié des républicains du Sénat s’opposeraient à ce projet, mettant en lumière une possible crise au sein du camp républicain.
La position de Donald Trump, qui a proposé ce fonds, pourrait en conséquence le placer en difficulté même parmi ses alliés, notamment après que les sénateurs aient reporté un vote sur un projet de loi visant des allocations à l’immigration, rendant la situation encore plus instable pour sa démarche.

