France

Ces relous ne cessent d’obtenir tout ce qu’ils veulent

Marc n’aime pas le sud de la France, « il fait trop chaud », et il n’aime pas la Normandie, « il pleut tout le temps ». Sylvie*, 28 ans, déteste les cuisines japonaise, coréenne et chinoise, et estime que « ça plombe les plans de certains ».


Ce sportif qui ne se rend jamais à la salle sans son trépied pour se filmer. Cet ami qui ne se déplace jamais sans sa compagne, même lorsque l’on avait convenu de ne pas inviter de +1. Ces parents qui vous inondent de photos de leurs enfants…

L’idée centrale est simple : s’intéresser à ces petits gestes qui nous agacent au quotidien. À ce « sentiment de toute-puissance qui nous amène à penser « si je ne le fais pas, l’autre le fera, donc autant le faire moi » », comme l’explique le psychologue Robert Zuili, auteur du livre *Pouvoir des liens* (éd. Mango, sept. 2023). Ces comportements agaçants sont nombreuses et, surtout, ils nous concernent tous. En fin de compte, « nous sommes tous le relou de quelqu’un ». Aujourd’hui, nous allons examiner cette catégorie de relous qui parviennent à obtenir tout ce qu’ils veulent, simplement parce qu’ils sont suffisamment insistants pour nous faire céder.

### Le fait relou

Chaque fois que vous planifiez des vacances, la même histoire se présente. Il faut faire attention à Marc. Marc n’apprécie pas le sud de la France, « il fait trop chaud », n’aime pas la Normandie, « il pleut tout le temps », et n’aime pas la plage, « le sable, ça colle ».

Pour éviter les remarques désagréables, voire les critiques, vous le laissez décider. En fait, comme il a des exigences bien précises sur lesquelles il ne transige JAMAIS, il finit toujours par avoir gain de cause. Le compromis, Marc ne connaît pas.

### Pourquoi c’est relou

C’est clairement agaçant, car si cette situation avantage Marc, elle se fait au détriment des autres. Afin d’éviter les confrontations ou les débats sans fin, c’est vous qui faites preuve de souplesse, en laissant de côté votre confort et vos préférences. Arthur* est régulièrement concerné lorsqu’il organise des vacances avec ses amis, notamment avec Paulin*, qui « ne propose jamais rien, n’a aucun esprit d’initiative, est tout le temps fatigué, et se plaint du programme ». Ainsi, « nous sommes forcés de nous plier à ses désirs et à sa volonté car si nous ne faisons pas un effort, la situation tourne au drame », explique-t-il.

Au travail, cela peut se traduire par une tâche que personne n’aime effectuer, mais qu’il faut bien réaliser pour le bon fonctionnement de l’entreprise. Vous finissez donc par vous sacrifier. Travailler le week-end, suivre des horaires décalés, faire des déplacements ou des tâches ingrates. Vous ne le faites pas par plaisir, mais parce que vous avez le sens du collectif, un peu d’empathie et une certaine dose d’altruisme. Mais au final, vous en pâtissez.

### Que disent les relous ?

Aussi insupportable que Marc puisse être, il n’est pas toujours le seul responsable. Par exemple, si Marc est vegan, c’est un choix de vie qui complique parfois les repas en groupe, mais il est difficile de lui en vouloir. Si Marc est père et impose des restaurants adaptés aux poussettes ou proposant des menus enfants à ses amis, on ne peut pas lui en tenir rigueur indéfiniment. D’ailleurs, même si Paulin fatigue son entourage, « on l’aime beaucoup », nuance Arthur.

Quant à Sylvie*, elle déteste la cuisine japonaise, coréenne et chinoise. En revanche, elle est une exception parmi ses amis. Si cela la « met mal » et lui donne l’impression de « déranger », tout en « plombant les plans de certains », la jeune femme de 28 ans sait que céder signifierait passer un mauvais moment. « J’ai du mal avec l’idée d’aller au restaurant, qui est censé être un moment de plaisir, et de payer pour manger quelque chose que je n’aime vraiment pas… Alors qu’il existe plein d’autres cuisines qui conviennent à tout le monde », souligne-t-elle.

### Ce que dit la Science

Ces personnes ne choisissent pas toujours d’être reloues. Ce comportement peut être lié à des peurs sous-jacentes : « si je lâche, on ne m’aimera plus, on va me considérer comme faible », analyse Kelly Larranager, psychologue. Il peut également être difficile pour elles de se mettre à la place des autres, voire manifester une forme de manipulation, sans en être forcément conscientes, ajoute l’experte.

Cette attitude s’explique aussi par des comportements d’autrui qui cherchent à éviter le conflit. « C’est plus confortable de céder que d’insister », résume-t-elle. Cela peut créer une « dette émotionnelle » et, à force de vouloir tout contrôler, une personne « reloue » peut finalement se retrouver seule, « parfois même sans comprendre pourquoi », conclut Kelly Larranager.

### Comment dire au relou qu’il est relou ?

Si la relation devient trop difficile à supporter, la communication est essentielle. Avec tact. Essayer de faire comprendre qu’il serait souhaitable de rééquilibrer les rapports de force et de laisser, parfois, les autres gagner. « Il est important de ne pas entrer dans le jeu de la personne, sinon, cela va engendrer un schéma récurrent », prévient Kelly Larranager.

Cependant, avant d’indiquer à quiconque qu’il ou elle est relou, il est crucial de garder à l’esprit que vous êtes probablement, à certains égards, le ou la relou de quelqu’un d’autre. Personne n’est parfait.

*Les prénoms ont été modifiés.*