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Israël : « Les images choquent le monde entier »… Stratégie contre la « flottille de Gaza » ?

Mercredi, le ministre de la sécurité nationale Itamar Ben Gvir a publié une vidéo humiliant les militants d’une flottille pour Gaza. La Knesset (le parlement israélien) a voté un projet de loi visant à dissoudre l’Assemblée, ce qui devrait ouvrir la voie à des législatives anticipées.


La campagne électorale a-t-elle commencé en Israël avec la flottille de Gaza ? Mercredi, le ministre de la sécurité nationale Itamar Ben Gvir a diffusé une vidéo humiliante pour les militants d’une flottille à destination de Gaza. On y voit ces militants à genoux, le front contre le sol et les mains attachées dans le dos, après leur arrestation en mer. Une jeune femme qui crie « Libérez la Palestine » est maintenue au sol par les services de sécurité. Les 430 militants ont été expulsés jeudi suite à l’indignation suscitée par ces images, notamment à l’international. Même la dirigeante italienne d’extrême droite a qualifié ces actes « d’inadmissibles ».

Giorgia Meloni a demandé des excuses, comme plusieurs dirigeants mondiaux concernés par le traitement de leurs ressortissants sur ces images. Toutefois, « Ben Gvir ne cherche pas à séduire sur la scène internationale, mais à faire du buzz et attirer un électorat plus jeune, plus à droite que l’ensemble du corps électoral, afin de consolider son socle », souligne Jérôme Sesquin, journaliste et coauteur du documentaire diffusé sur Arte, *Israël, les ministres du chaos*, consacré à Ben Gvir.

Cette vidéo est également un moyen pour le ministre d’envoyer un message de fermeté à sa base. « Ça peut paraître surprenant vu de France, mais une partie de son courant, les Kahanistes, lui reproche de s’être quelque peu adouci », ajoute Jérôme Sesquin.

Le membre du gouvernement a pourtant fait de l’outrance sa marque de fabrique. En mars dernier, il a célébré au Parlement israélien l’adoption d’une loi instaurant « la peine de mort pour les terroristes », ciblant spécifiquement les Palestiniens avec une bouteille de champagne. Pour Alain Gresh, fondateur d’*Orient XXI* et auteur de *Palestine : Un peuple qui ne veut pas mourir*, cette séquence s’inscrit dans une tendance plus profonde, marquée par « une dérive vers l’extrême droite de l’électorat israélien, accentuée par le 7 octobre ».

Cette provocation a cependant causé des remous au sein du gouvernement. Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a accusé Ben Gvir d’avoir « sciemment nui » à l’image du pays. Benyamin Netanyahou lui-même a jugé ces images « non conformes aux valeurs d’Israël ». Jérôme Sesquin explique que « les Israéliens réalisent que ces images choquent à l’international. Certains sont gênés pour des raisons morales, d’autres pour des motifs d’image, car ils estiment que Ben Gvir nuit gravement à l’image d’Israël ».

Pour l’instant, un limogeage de Ben Gvir semble peu probable. Le Premier ministre a encore besoin des sièges de son parti, sans quoi la coalition serait en danger. Mais cette dernière « est déjà finie » et ses membres « sont tous déjà dans l’après », selon Alain Gresh. Mercredi, la Knesset a voté un projet de loi pour dissoudre l’Assemblée, ouvrant ainsi la voie à des élections anticipées.

« La campagne électorale a commencé aujourd’hui », a déclaré mercredi le chef de l’opposition Yaïr Lapid. Cet enjeu pourrait se révéler difficile pour Benyamin Netanyahou. Après 18 ans au pouvoir depuis 1996, il est décrit comme « un véritable animal politique avec une personnalité très mobilisatrice ». Cependant, Alain Gresh note qu’il « exaspère et que son aspect illibéral, proche de Viktor Orbán, est très clivant ».

L’opposition s’est structurée autour de l’alliance Bennett-Lapid, stimulée par le fait que de nombreux Israéliens tiennent le Premier ministre responsable des événements tragiques du 7 octobre et de ses conséquences. Alors que le scrutin initial était prévu au plus tard en octobre 2026, Benyamin Netanyahou souhaite gagner du temps et négocier une date qui soit le plus éloignée possible de l’anniversaire de ce traumatisme national.

« Il se peut que l’ère Netanyahou prenne fin dans quelques mois, mais il est également possible que le résultat ne permette pas de dégager une majorité », prévient Jérôme Sesquin. Le scrutin se jouera sur quelques sièges et pourrait modifier le paysage démocratique pour les Juifs israéliens. Alain Gresh souligne que le résultat sera similaire pour les Palestiniens : « Lorsque l’opposition était au pouvoir en 2022, elle a appliqué une politique similaire sur la question palestinienne, avec une accélération de la colonisation et de nombreux morts en Cisjordanie. » Pour les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, la couleur du prochain gouvernement importe peu, le comité d’accueil restera le même.