Le « spygate » coûte 230 millions d’euros à Southampton.
Le Southampton FC a été disqualifié de la finale des play-offs et commencera la saison 2026-2027 en Championship avec un retrait de quatre points. L’agent repéré aux abords du centre d’entraînement de Middlesbrough le 7 mai s’appellerait William Salt, qui travaille comme analyste stagiaire à Southampton.

Quelle est la distinction entre un bon espion et un mauvais espion ? C’est une question que le Southampton FC aurait dû examiner de près. Le club du sud de l’Angleterre a été pris en flagrant délit d’espionnage des entraînements de plusieurs équipes adverses ces derniers mois. Cela se traduira par un coût élevé pour le club, environ 230 millions d’euros, montant correspondant aux droits TV qu’il aurait perçus en accédant à la Premier League. La Ligue a adopté une position ferme : les Saints, qualifiés pour la finale des play-offs, ne disputeront pas cette rencontre et resteront donc une saison supplémentaire en Championship.
L’espionnage pour les nuls
« Malin, curieux de l’âme humaine, et puis, quand même, modeste et prudent. Et je rajouterai le sang-froid, cette capacité à ne pas pousser trop loin son avantage, cette capacité à ne pas réaliser une opération dès lors qu’il existe un infime doute sur le fait qu’elle puisse échouer. » Telles sont les qualités d’un bon espion, selon les propos de Nicolas Lerner, directeur général de la DGSE, sur LCI l’année dernière.
L’« agent secret » engagé par Southampton n’avait manifestement pas bien assimilé ces conseils : il n’était pas en lunettes de soleil ou en long imperméable pour rester discret ; il était simplement à moitié caché derrière un arbre, filmant avec son téléphone… S’il avait cherché à se faire remarquer, il ne s’y serait pas pris autrement.
Il a été repéré le jeudi 7 mai, deux jours avant la demi-finale aller des play-offs, aux alentours du centre d’entraînement de Middlesbrough. Selon la BBC, lorsqu’un membre du personnel s’est approché, il a refusé de se présenter, a supprimé certains fichiers de son téléphone et s’est précipité dans les toilettes du club de golf voisin pour changer de vêtements et quitter discrètement les lieux.
C’est raté, la presse anglaise l’a rapidement identifié : il s’agirait de William Salt, un analyste stagiaire travaillant à Southampton. En plus d’avoir été vu en train de filmer l’entraînement de Middlesbrough, l’espion a utilisé sa carte bancaire pour acheter un café au Rockliffe Hall Golf Club, situé juste à côté du centre d’entraînement, d’après le Daily Mail.
Saints mais pas exemplaires
Southampton aurait également espionné des séances d’entraînement d’Oxford United et d’Ipswich Town. La commission de discipline de la Ligue de football anglaise (EFL), chargée de statuer, a rendu son verdict mardi après-midi : le club est disqualifié de la finale des play-offs, cédant ainsi sa place à Middlesbrough, qui affrontera Hull City samedi à Wembley pour tenter d’accéder à la Premier League. Les Saints débuteront également la saison 2026-2027 en Championship avec un retrait de quatre points.
Le club n’a pas publié de message sur les réseaux sociaux depuis deux jours. Pas même un communiqué sur son site officiel. Du côté de Middlesbrough, en revanche, c’est la fête. Ce jugement « envoie un message clair pour l’avenir de notre sport en matière d’intégrité et de conduite sportives », se réjouit le club, désormais tourné vers sa finale.
Cependant, Southampton conserve une (petite) chance, qu’il s’efforce de saisir. Le club a fait appel et l’EFL a confirmé ce mercredi qu’il y avait deux options possibles : soit une finale Hull-Middlesbrough samedi à 15h30, soit une finale Hull-Southampton à 16h30, selon « le résultat du processus d’appel en cours ».
Le football anglais a déjà été le théâtre d’autres affaires d’espionnage : en 2019, Leeds, alors dirigé par Marcelo Bielsa, avait été épinglé pour avoir espionné Derby County. L’Argentin avait admis avoir chargé un membre de son staff d’observer un entraînement adverse. Avec des jumelles, l’espion avait été arrêté par la police. Leeds s’en était sorti avec une amende de 230 000 euros de l’EFL. Southampton s’appuie justement sur ce précédent pour espérer obtenir une sanction plus clémente, en jurant, mais peut-être un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

