Trafic divisé par trois, agents inactifs : Google I/O 2026 signe la fin d’une époque
Google a annoncé un Search qui code, répond et réserve à votre place. Selon le Reuters Institute, le trafic envoyé par Google vers les sites d’éditeurs a chuté de 33 % à l’échelle mondiale entre novembre 2024 et novembre 2025.

Pour situer le contexte, Liz Reid a dévoilé hier soir, à Mountain View, la nouvelle version de Google Search. Vous posez une question, et Google vous répond. Vous demandez une réservation, et Google appelle pour vous. Vous souhaitez voir un concept, et Google crée l’interface en direct. Dans la plupart des cas, il ne vous demande pas de quitter sa page.

Lorsque présenté de cette manière, c’est une révolution dans l’usage. Mais vu sous un autre angle, cela marque la fin programmée de la promesse initiale du moteur de recherche, qui était de vous rediriger ailleurs.
Les chiffres sont révélateurs. D’après le Reuters Institute, le trafic dirigé par Google vers les sites d’éditeurs a diminué de 33 % à l’échelle mondiale entre novembre 2024 et novembre 2025. Aux États-Unis, où AI Overviews est pleinement opérationnel depuis son lancement, la baisse est de 38 %. En Europe, où le déploiement est partiel, la diminution est encore de 17 %.
Les responsables des grands médias, interrogés en début d’année, prévoient en moyenne une perte supplémentaire de 43 % au cours des trois prochaines années, et un sur cinq s’attend à des pertes de plus de 75 %. Tout cela se produit avant l’arrivée des agents annoncés cette semaine, qui ne se contentent plus de résumer une page, mais accomplissent la tâche complète. Un agent qui réserve votre salle de karaoké ne génère aucune impression publicitaire, aucun abonnement, aucun avis utilisateur. Il consomme l’information et s’en va.
Le sursis français, et l’illusion qu’il dure
En France, la situation est observée de loin. AI Overviews et AI Mode sont disponibles dans plus de 200 pays, mais pas encore ici, bien que des tests aient été signalés sur Google.fr.
Le blocage n’est ni dû au RGPD, ni au DMA, ni au DSA. Il est spécifiquement français : les droits voisins. La loi de 2019, qui impose à Google de rémunérer les éditeurs pour l’utilisation d’extraits, n’a jamais été conçue pour des IA qui synthétisent de nombreux articles en une réponse unique. Tant que la négociation reste ouverte, Google préfère temporiser.
Pour aller plus loin
« Cet été, aux États-Unis » : la phrase qui résume la Google I/O pour nous en Europe
Les éditeurs français bénéficient d’un répit, tout comme l’Europe entière observe ce Google I/O en différé. Ce répit n’est cependant pas une stratégie. Lorsque AI Overviews arrivera, et il arrivera, l’impact sera compressé en quelques mois, contrairement aux médias américains qui ont eu deux ans pour s’adapter. Pendant cette période de répit, de nombreux groupes ne préparent pas vraiment de changements. Le SEO traditionnel se poursuit, et l’on parle de « GEO » comme on évoquait « mobile first » il y a quinze ans, sans en être convaincu.
Cependant, une donnée plus préoccupante que la baisse du trafic Google mérite d’être examinée : ce que ChatGPT génère déjà pour les médias français.

Une étude de l’INA, publiée la semaine dernière, indique que ChatGPT a généré 9,9 millions de visites vers la presse française en 2025. Le Monde, le seul média français ayant signé un accord avec OpenAI en mars 2024, a attiré 2,56 millions de visites, représentant 25,9 % du total. Le Guardian, autre partenaire historique, revendique 8,8 %. Reuters obtient 3,3 %. Quant à 259 sites, ils se partagent les miettes, représentant 11 % du total. Le coefficient de Gini de cette distribution atteint 0,80, un niveau de concentration habituellement observé dans les plus grandes inégalités de revenus mondiaux.
La conclusion est claire : dans le monde des LLM, il y a ceux qui ont un accord et ceux qui ne l’ont pas. Entre les deux, il y a peu de place.
La question que personne ne pose vraiment
Cette semaine, en fait en mars dernier, Google a discrètement ajouté un nouveau user-agent à sa documentation, intitulé « Google-Agent ».
Il ne s’agit ni d’un robot d’indexation, ni d’un navigateur. C’est une nouvelle catégorie : une machine pilotée par un humain, consultant votre page pour le compte de quelqu’un qui ne la visitera jamais. Aucun outil d’analyse n’a été conçu pour cela. Aucune régie publicitaire ne sait comment cela peut être monétisé. Aucun fichier robots.txt ne prévoit ce cas. Le navigateur affiche votre page, tandis que l’agent l’absorbe. Le commerce en ligne n’est pas mieux loti. Lorsque Vidhya Srinivasan a présenté hier l’AP2 et l’univers de Google Shopping, elle proposait un confort pour l’utilisateur. Elle décrivait également, sans le dire, un futur où les e-commerçants devront négocier leur visibilité avec des agents IA, tout comme les éditeurs ont dû le faire avec OpenAI. Le client final ne visitera plus leur site. Il définira ses critères, et l’agent se chargera de la recherche, de la comparaison et de l’achat.
Que reste-t-il alors à faire pour les éditeurs, commerçants et services qui peuplent encore ce qu’on appelle le web ouvert ?
Trois pistes se dégagent, mais aucune n’est agréable. La première consiste à posséder quelque chose à vendre qui ne puisse pas être répliqué par une synthèse. Une enquête, une expertise, une voix, un accès. Un contenu interchangeable peut être fourni par une IA à votre place. Un contenu unique conserve une raison d’exister.
La deuxième consiste à accepter le rapport de force et à aller négocier. Le Monde l’a fait, et capte aujourd’hui un quart du trafic IA français. Les médias qui attendent que le marché se régule tout seul ne recueilleront que des miettes.
La troisième, plus structurelle, consiste à envisager dès maintenant un modèle économique où le contenu est facturé à la machine plutôt qu’à l’humain. Cloudflare et Google travaillent justement sur un protocole d’authentification cryptographique pour les agents IA.
Il sera bientôt techniquement possible de dire : voici mon prix par requête d’agent. Reste à vouloir et savoir s’en servir, dans un écosystème où Google se positionne déjà comme le garant de la transparence de l’IA.
Google n’a pas annoncé hier la mort du web ouvert. Il a simplement, avec le sourire, annoncé une transition vers quelque chose de nouveau. Un web où l’utilisateur reste chez Google, où les sites deviennent des matières premières pour des agents, et où le gain ira à ceux qui signent tôt et fort.
Pour la France, le répit est précieux, à condition d’en tirer parti. Cependant, beaucoup de temps a déjà été perdu. Espérons qu’il n’y en ait pas davantage à perdre.
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