Belgique

Manifestation des aides-ménagères à Bruxelles : crise des titres-services

Maria Madialo travaille depuis 8 ans pour le compte de la coopérative Acelya, effectuant vingt heures par semaine de ménage et de repassage chez ses clients d’Auderghem. En Wallonie, il y a environ 293.000 utilisateurs et près de 45.000 travailleurs dans le secteur des titres-services, qui a permis à de nombreuses femmes d’exercer légalement un travail rémunéré.


Maria Madialo est employée depuis huit ans par la coopérative Acelya. Elle consacre vingt heures par semaine à faire le ménage et le repassage pour des clients à Auderghem, qui varient entre familles, colocataires et personnes âgées dans différentes maisons.

Après une décennie d’intérim dans le secteur du nettoyage, où elle a été constamment changée d’un employeur à un autre, elle bénéficie désormais d’un contrat à durée indéterminée. « Ce qui me plaît, déclare Maria Madialo, c’est que j’ai un contrat fixe et je suis également beaucoup formée. Par exemple, je ne savais absolument pas repasser. C’est chez Acelya que j’ai appris et perfectionné mon travail, au point de former moi-même des stagiaires. »

Maria apprécie cet accompagnement professionnel, mais également le soutien personnel qu’elle reçoit : « Personnellement, je me sens tellement à l’aise que je n’ai pas de syndicat. Je considère Acelya comme ma famille tellement je me sens bien. Par exemple, je ne savais pas utiliser ‘Itsme’. C’est ici qu’ils me l’ont installé. » Céline Laurent, gestionnaire chez Acelya, vient en aide à Maria : « Encore la semaine prochaine, j’ai des rendez-vous avec deux personnes pour les aider à compléter leur déclaration fiscale », explique-t-elle.

La coopérative Acelya dépend en grande partie des aides publiques. Sans ces ressources, Céline Laurent voit une issue préoccupante : « Mettre la clé sous le paillasson. En tout cas, nous ne pourrons plus assurer cette mission d’accompagnement de nos travailleuses. […] C’est une utopie de penser qu’elles pourront toutes retrouver un emploi. Et même si elles y parviennent, je ne suis pas convaincue qu’elles pourront s’y maintenir. Ce sont majoritairement des femmes d’origine extra-européenne, sans aucun diplôme, souvent mères célibataires ou chefs de famille. »

Les syndicats représentant ces travailleuses à Bruxelles partagent également cette inquiétude. Ils reprochent au ministre bruxellois de l’Emploi et de l’Économie, Laurent Hublet, de ne pas avoir proposé de solutions lors d’une réunion qui s’est tenue le 6 mai dernier. « Le ministre ne propose aucune solution et laisse des centaines de femmes vulnérables sans perspective et au bord de la précarité », déplorent les organisateurs.

Ces travailleuses ont besoin d’un accompagnement renforcé et de conditions adaptées pour garantir une intégration durable sur le marché du travail, insiste le secteur. « Si la Région leur tourne le dos, c’est un retour au point de départ qui s’annonce. » C’est pourquoi les aides-ménagères manifesteront ce mercredi après-midi à Bruxelles.

Le lendemain, jeudi, le ministre Laurent Hublet doit présenter au gouvernement bruxellois un nouvel appel à projets relatif au mandatement des entreprises sociales d’insertion. Actuellement, ce dispositif exclurait les titres-services du financement de l’insertion, selon les organisations concernées, qui demandent la suppression de cette menace. Si aucune solution n’est trouvée, 735 personnes pourraient perdre leur emploi.

En Wallonie, le secteur des titres-services est également en proie au questionnement et au doute. Le ministre régional de l’économie et de l’emploi, Pierre-Yves Jeholet, estime que « l’on est arrivé à la fin du modèle actuel » et qu’il est nécessaire de le transformer.

Quels sont les enjeux de ce secteur en Wallonie ? Environ 293 000 utilisateurs et près de 45 000 travailleurs, majoritairement des femmes souvent éloignées du marché de l’emploi. Le système des titres-services leur a permis d’obtenir un emploi légalement rémunéré. On note également que 28 600 000 titres ont été remboursés en 2024.

Cependant, malgré ce succès, il convient de constater que l’utilisation des titres-services est en baisse et que le nombre de travailleuses diminue. En revanche, la moyenne d’âge des travailleuses augmente, maintenant plus de cinquante ans, alors que le métier est physiquement éprouvant et que le revenu reste modeste.

Le secteur a également connu des restructurations : des entreprises ont disparu, été absorbées ou se trouvent en difficulté. De plus, le prix unitaire du titre-service a augmenté ces dernières années, s’élevant désormais à 10,40 euros, auxquels s’ajoutent souvent 1 ou 2 euros de frais administratifs, variables selon les entreprises de titres-services.

En réalité, le coût d’une heure de travail dépasse 30 euros, avec les pouvoirs publics prenant en charge la différence ; la Région wallonne couvre les deux tiers de cette facture, soit près de 600 millions d’euros par an. Ce montant est jugé élevé par le gouvernement wallon, qui cherche à réduire le déficit de la région et à freiner la croissance inquiétante de son endettement.

Dans ce contexte, le gouvernement wallon envisage de réformer le système des titres-services, sans que les contours de cette réforme soient encore précisés. Les députés wallons prévoient prochainement d’auditionner des employeurs et des représentants des travailleurs. La réforme devrait entrer en vigueur l’année prochaine, mais pour l’instant, toutes les parties se disent insatisfaites.