Les documents de Vincent Dujardin innocentent le roi Baudouin du meurtre de Patrice Lumumba.
Une lettre du roi Baudouin à Moïse Tshombé, président de la région indépendantiste du Katanga, évoque que « Une association de 80 années comme celle qui a uni nos deux peuples crée des liens affectifs trop étroits pour qu’ils puissent être dissous par un seul homme ». Le professeur d’histoire contemporaine de l’UCLouvain, Vincent Dujardin, remet en cause la version officielle qui qualifiait « d’accablante » la correspondance du Roi, sans parvenir à établir avec certitude la responsabilité de Baudouin.
Une lettre du roi Baudouin à Moïse Tshombé, président de la région indépendantiste du Katanga, est au centre des débats. « Une association de 80 années comme celle qui a uni nos deux peuples crée des liens affectifs trop étroits pour qu’ils puissent être dissous par un seul homme« . Ces mots ont été interprétés par la commission d’enquête parlementaire de 2001, chargée d’établir la responsabilité de l’État belge dans l’assassinat de Patrice Lumumba, comme une approbation royale implicite de l’idée de neutraliser le Premier ministre congolais en 1961.
Le professeur d’histoire contemporaine à l’UCLouvain, Vincent Dujardin, remet aujourd’hui en question cette version officielle, qui qualifiait cette correspondance du Roi de « d’accablante« , sans parvenir à prouver avec certitude la responsabilité de Baudouin.
Pas de politique parallèle entre le roi Baudouin et les adversaires de Patrice Lumumba
« Tshombé avait écrit le 6 octobre une lettre au roi Baudouin, l’appelant en fait à l’aide, parce qu’il sent qu’au fond il y a un risque pour l’écroulement du Katanga. Cette lettre a été retrouvée dans les archives, les historiens ne la connaissaient pas, donc ils ne savaient pas que c’était à celle-ci que le Roi répondait« , explique Vincent Dujardin. Une erreur de temporalité qui, selon lui, « change la donne. »
D’autres éléments concernant cette correspondance pourraient innocenter le Roi. « Cette lettre a été écrite par Robert Rothschild, le ‘monsieur Katanga’ du ministère des Affaires étrangères, et elle était contresignée par le Premier ministre – ce qui engage le gouvernement – et par le ministre des Affaires africaines« , contrairement à l’idée d’une « politique étrangère parallèle » évoquée par la commission parlementaire. « Voilà un élément nouveau qui change ces recommandations, si le document est contresigné plusieurs fois« .
L’arrestation de Lumumba, une idée très vite abandonnée au Palais royal
L’enquête menée par Vincent Dujardin clarifie la chronologie des échanges au Palais royal durant octobre 1960. « L’interprétation qu’on peut donner à cette phrase change complètement si elle avait été écrite trois jours après. Surtout qu’au moment où le Roi envoie la lettre, le 28 octobre, son chef de cabinet reçoit des informations montrant que l’intégrité physique de Lumumba est beaucoup moins en danger que par le passé« .
La diplomatie royale dans les semaines suivant cette correspondance semble conseiller une approche modérée à la situation congolaise : « Le même Robert Rothschild informe le Roi qu’il faut appeler Tshombé à la modération. Puis, un mois après la lettre, un major de la maison militaire du Roi déclare que l’arrestation de Lumumba n’est plus d’actualité« .
Alors que le dernier témoin de cette période, Étienne Davignon, est décédé, et que les archives du Palais royal sont désormais fermées, établir les faits concernant l’assassinat de Patrice Lumumba s’avère plus difficile que jamais.
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