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« Cet été, aux États-Unis » : résumé de la Google I/O pour l’Europe

Google a présenté à l’I/O 2026 des fonctionnalités d’IA qui ne seront pas disponibles en Europe dans l’immédiat. En 2023, l’arrivée de Bard en Europe avait déjà été repoussée en raison de questions soulevées par le régulateur irlandais concernant la protection des données.

Lors de l’I/O 2026, Google a présenté sa vision d’une intelligence artificielle qui agit à notre place, mais cette vision semble être principalement destinée aux États-Unis. En Europe, la situation est différente, ce qui représente un réel problème.

Il existe une petite habitude que nous avons lors des grandes conférences d’entreprises américaines. Nous assistons à la démonstration, quelques instants d’enthousiasme s’installent, puis nous scrutons la diapositive de fin. Celle qui affiche les dates et les pays. Et presque systématiquement, le même constat : « US only », « this summer », « more countries to come ». L’I/O 2026 n’a pas dérogé à cette tendance. Un futur prometteur nous a été présenté, tout en laissant entendre poliment qu’il faudrait revenir ultérieurement.

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Passons en revue les annonces. Les « information agents » qui surveillent un sujet en arrière-plan seront d’abord disponibles cet été aux États-Unis pour les abonnés Pro et Ultra. La réservation agentique, où Google contacte un commerce en votre nom, sera également disponible cet été mais seulement aux États-Unis. Les mini-applications intégrées dans Search arriveront dans les mois suivants, mais exclusivement pour les abonnés américains. Quant à Gemini Spark, l’assistant personnel disponible 24h/24, il sera en phase bêta pour les abonnés Ultra américains. En ce qui concerne Personal Intelligence, présenté comme étant accessible « dans près de 200 pays et 98 langues », cette affirmation nécessite une clarification. Ce « près de 200 pays » exclut l’Espace économique européen, la Suisse et le Royaume-Uni, ce qui donne une définition plutôt restreinte du terme « mondial ».

Un décalage qui perdure

Il serait facile de crier au mépris, mais la réalité est plus complexe et remonte à plusieurs années. Déjà en 2023, Google avait repoussé le lancement de Bard, l’ancêtre de Gemini, en Europe après que le régulateur irlandais ait soulevé des questions sur la protection des données.

En 2024, Apple a également gelé Apple Intelligence sur le Vieux Continent lors de son lancement. AI Overviews, le résumé généré en tête des résultats Google, a fait son apparition aux États-Unis début 2024 mais n’a touché que huit pays européens un an plus tard, la France n’étant même pas incluse au départ. Les raisons sont généralement les mêmes : l’incertitude réglementaire. Avec le RGPD, le DMA, le DSA et l’AI Act, l’Europe a accumulé des régulations, et les entreprises américaines, qu’il s’agisse de prudence ou de mauvaise foi, ajustent leurs lancements en conséquence.

Le sujet devient délicat, car il n’y a pas de véritable bon ou mauvais. Ces régulations, nous les avons demandées, souvent pour de bonnes raisons. Un agent capable de lire vos e-mails, de surveiller votre agenda et de passer des appels en votre nom n’est pas une fonction anodine ; c’est le genre de fonctionnalités que l’on préfère voir régulées avant leur introduction. Le DMA et le RGPD ne sont pas des caprices administratifs, mais soulèvent des questions légitimes concernant le consentement et le traitement de nos données. De son côté, Google a tout intérêt à présenter chaque report comme dû à Bruxelles, car cela lui évite surtout de devoir adapter ses produits, ce qui est coûteux. La réalité se situe sans doute dans cet entre-deux peu glorieux.

Reste la question qui nous touche directement, nous, utilisateurs français. Que pouvons-nous faire face à ce décalage ? À court terme, peu de choses : la barre de recherche repensée et la fusion entre AI Overviews et AI Mode seront bien disponibles partout, y compris chez nous, et c’est positif. Cependant, les fonctionnalités qui marquent réellement le tournant agentique, celles qui font les gros titres aujourd’hui, ne seront pas testées avant plusieurs mois, voire un an.

Le risque ne se limite pas à rester passifs en observant d’autres profiter des innovations. C’est de finir par considérer ce retard comme normal, d’accepter de devenir des citoyens de seconde zone dans le domaine de l’intelligence artificielle grand public. Or ce phénomène n’est pas naturel. C’est le résultat d’un bras de fer entre des régulateurs qui protègent un cadre juridique et des entreprises qui protègent leurs profits.

Ainsi, l’I/O 2026 fut impressionnant. Toutefois, pour l’Europe, il s’agissait d’une simple bande-annonce, pas d’un véritable lancement. Et la question centrale n’est pas « quand aurons-nous accès à ces innovations », mais bien « voulons-nous de ce futur tel qu’il est proposé, ou selon nos propres conditions ? ». Le retard est frustrant, mais il nous laisse au moins le temps de réfléchir.

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