Belgique

Janez Jansa, ultraconservateur, pourrait-il devenir l’Orban slovène ?

Janez Jansa a déjà dirigé la Slovénie à trois reprises, y compris durant son dernier mandat entre 2020 et 2022. Le programme de son parti reste conservateur et illibéral, avec des propositions telles que la réduction des impôts et l’arrêt du financement de certaines ONG jugées trop politisées.

Le retour d’un populiste

Janez Jansa, qui a déjà dirigé la Slovénie à trois reprises depuis le démantèlement de la Yougoslavie, est familier avec le parcours législatif qui l’attend.

Durant son troisième mandat, entre 2020 et 2022, il a marqué les esprits par sa politique très conservatrice. « Il a occupé le pouvoir en menant une politique illibérale, très critique vis-à-vis de l’Union européenne« , indique Jean-Michel De Waele, professeur en science politique à l’Université libre de Bruxelles, ajoutant qu’il a « multiplié les attaques contre la presse, contre la société civile, et a été très agressif vis-à-vis des minorités sexuelles, de toutes les minorités d’ailleurs« .

Le programme actuel de son parti reste conservateur et illibéral, « un programme souverainiste« , résume De Waele. « Il faut défendre l’identité slovène, attaquée de toutes parts. Il faut mettre fin à cette société civile qui a trop de pouvoir. Il faut contrôler la presse. Il faut résister à cette Union européenne qui nous impose des règles et des normes en termes d’État de droit, en termes d’environnement, ce qui ne nous va absolument pas« .

Ce programme inclut également des baisses d’impôts, la décentralisation des services de l’État, et l’arrêt du financement de certaines ONG jugées trop politisées. Il est donc comparable à la politique mise en œuvre par l’ancien premier ministre hongrois Viktor Orban.

Jansa s’inspire aussi fortement du président américain Donald Trump. « Répétez plusieurs fois un mensonge et ça devient du journalisme« , a-t-il affirmé, en plus d’avoir posté de nombreuses publications agressives sur les réseaux sociaux. Son profil avait suscité des inquiétudes parmi des élus européens, et il avait été invité à s’expliquer devant le Parlement européen durant son premier mandat, mais n’avait jamais répondu à cette invitation.

« Monsieur Jansa est vraiment un mélange de Monsieur Trump et de Monsieur Orban« , ajoute Jean-Michel De Waele, « il a la rigueur des déclarations assurées de Trump, qui ne font pas toujours sens, tout en reprenant les politiques de Monsieur Orban« .

Une coalition à l’avenir peu certain

Comment la Slovénie a-t-elle basculé vers l’illibéralisme ? Cela va-t-il causer des tensions au sein de l’Union européenne ?

Jean-Michel De Waele explique que pour ces « pays qui ne vont pas si mal sur le plan économique, en tout cas pour l’Autriche et la Slovénie, c’est une sorte de défense des riches qui ne veulent pas contribuer au budget de l’Union européenne. C’est donc un populisme des riches, qui ne souhaitent plus participer à une redistribution et à un État social« , en plus des questions d’identité qui traversent la majorité de ces nations en Europe centrale.

Il est cependant difficile de croire que la Slovénie, avec son faible nombre d’habitants, puisse susciter autant d’inquiétudes en Europe qu’un Viktor Orban ou un Roumen Radev en Bulgarie.

L’ex-Premier ministre slovène, Robert Golob, au sommet européen du 19 mars dernier, à Bruxelles. © Markus Lenhardt/picture alliance via Getty Images

Le parti de Robert Golob, GS, a critiqué l’accord de coalition en affirmant : « C’est un gouvernement pour lequel les électeurs n’ont pas voté. C’est le résultat de la tricherie, des promesses non tenues et de manipulations« , a déclaré Borut Sajovic, le chef du groupe parlementaire de GS.

« On ne peut pas dire que M. Jansa a gagné les élections. Mais il n’y a pas de partenariat avec d’autres partis, et donc l’ancien gouvernement pro-européen, beaucoup plus ouvert à la société civile et à la qualité de la démocratie, défendant l’État de droit, n’a pas trouvé de partenaire« , analyse Jean-Michel De Waele, ajoutant que « il faut souligner la responsabilité de la droite slovène, qui préfère s’allier avec M. Jansa, au risque d’attaquer à nouveau l’État de droit, plutôt que de s’allier avec des libéraux progressistes pour tenter de trouver des compromis« .

Cela est d’autant plus préoccupant, car Janez Jansa est reconnu pour sa gestion autoritaire. C’est suite à cette politique, en pleine pandémie de Covid-19, que des milliers de personnes sont descendues dans les rues. Ce mécontentement a conduit à la victoire de Robert Golob en 2022, qui venait juste d’entrer en politique.

Une figure de Janez Jansa dans une manifestation devant le parlement slovène le 20 mars dernier. © Tous droits réservés

Aujourd’hui, une large coalition a accepté de soutenir Janez Jansa : le parti démocrate-chrétien Nova Slovenija (NSi), le parti Les Démocrates d’Anze Logar, ainsi que les cinq députés de Resnica, un parti antisystème ayant réussi à entrer au Parlement lors des élections de mars.

L’analyste politique Aljaz Bitenc Pengov prédit toutefois que cette coalition ne sera pas stable longtemps, car elle « dépend de Resnica et du degré de satisfaction des Démocrates« , deux partis aux positions diamétralement opposées.