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Hongrie : des oligarques proches d’Orbán ne visent-ils pas l’étranger ?

Moins de deux semaines après la victoire de Péter Magyar, la Hongrie voit une partie de son élite économique se préparer à un changement de cycle politique. Selon plusieurs médias, des oligarques ayant bâti leur fortune durant les seize années de pouvoir de Viktor Orbán organisent la mise à l’abri de leurs capitaux et, pour certains, leur départ du pays.


Moins de deux semaines après l’élection de Péter Magyar, nouveau chef de gouvernement conservateur et pro-européen, une partie de l’élite économique hongroise se prépare à un changement de cycle politique. D’après plusieurs médias, des oligarques ayant accumulé leur richesse durant les seize années de pouvoir de Viktor Orbán organisent la protection de leurs actifs et, pour certains, leur départ du pays.

Suite à la débâcle électorale du 12 avril pour le Fidesz de Viktor Orbán, Péter Magyar a déjà alerté la communauté internationale via son compte sur X, le 26 avril dernier : « Des préparatifs sont en cours en coulisses pour quitter le pays et évacuer les avoirs volés. Les oligarques d’Orbán transfèrent des dizaines de milliards de forints (la monnaie hongroise, ndlr) vers les Émirats arabes unis, l’Uruguay, les États-Unis et d’autres pays lointains. »

L’ex-ministre polonais de la Justice, Zbigniew Ziobro, ciblé par des poursuites pour abus de pouvoir, a quitté la Hongrie pour les États-Unis, bien que son passeport lui ait été retiré. M. Ziobro a annoncé en janvier 2026 avoir obtenu « l’asile » en Hongrie, pour lui et son épouse.

Varsovie, qui espérait son extradition après la défaite de Viktor Orbán et l’arrivée au pouvoir de Péter Magyar, demandera des explications aux autorités hongroises et américaines concernant les documents ayant permis ce départ.

L’ex-ministre de la Justice, architecte des réformes judiciaires polonaises controversées et accusé de détournements de fonds ainsi que d’implication dans l’achat illégal du logiciel espion Pegasus, a confirmé sa présence aux États-Unis. Une chaîne proche du PiS, le parti national-conservateur polonais, affirme qu’il y est employé comme commentateur politique.

À Budapest, depuis l’accession au pouvoir de la nouvelle équipe politique, le gouvernement met en avant les dépenses somptuaires de l’ancien gouvernement. Des visiteurs se pressent à l’ancien bureau de Viktor Orbán, au monastère des Carmélites, ouvert au public le 16 mai 2026. Ce bâtiment, qui avait été rénové pour accueillir Orbán à partir de janvier 2019, est désormais accessible gratuitement à la population, Péter Magyar souhaitant en faire un symbole de rupture avec l’ère Orbán.

Le Guardian, qui reprend également ces enquêtes en cours, mentionne un message de Péter Magyar indiquant avoir appelé le procureur général, le chef de la police et le directeur du fisc à « arrêter ces criminels » et à « les empêcher de fuir » vers des pays sans accord d’extradition avec la Hongrie. Les médias décrivent un « vent de panique » au sein du clan Orbán, évoquant le bruit de jets privés décollant de Budapest ou de Vienne, emportant des familles entières, des liquidités et des objets de valeur.

Certains proches de l’ancien Premier ministre auraient retiré leurs enfants de l’école avant de partir pour Dubaï, Singapour, l’Uruguay, l’Australie ou les États-Unis, présentés comme un refuge.

Le site du Grand Continent indique que plusieurs proches d’Orbán cherchent à obtenir des visas pour les États-Unis, souhaitant s’intégrer à des cercles liés au mouvement MAGA, la droite trumpiste. Ce rapprochement idéologique entre Budapest et certains milieux conservateurs américains est souligné par des visites comme celle de JD Vance, le vice-président américain, apportant son soutien à Viktor Orbán à quelques jours des élections législatives.

La presse internationale évoque également des « possibilités de visa américain » explorées par des personnalités influentes, visant des institutions proches de ce courant politique. Des exemples régulièrement cités incluent le gendre de Viktor Orbán, István Tiborcz, qui s’est installé à New York dès 2025, ainsi que d’autres proches comme le ministre Antal Rogán, suspectés d’organiser leur départ vers des destinations considérées comme sûres.

Pour Péter Magyar, ces déplacements soulèvent des questions de justice et de crédibilité démocratique. Le futur gouvernement s’engage à lutter contre ce qu’il présente comme un « système » de capitalisme de connivence, où un petit groupe d’entrepreneurs proches du pouvoir a dominé les marchés publics et contrôlé une grande partie des médias.

Actuellement, les sources indiquent un double phénomène : une fuite accélérée de capitaux vers l’étranger et le départ de quelques familles influentes, sans qu’il s’agisse d’un exil de masse bien documenté. Les destinations mentionnées, allant du Golfe aux Amériques en passant par l’Asie-Pacifique, montrent une recherche de pays jugés protecteurs, pour des raisons fiscales, politiques ou de sécurité juridique.

Les semaines à venir détermineront si ces départs resteront limités à l’entourage proche d’Orbán ou s’ils marqueront le début d’un mouvement plus large de recomposition des élites hongroises à l’étranger.